Qu’il est étrange d’avoir le récit de la transfiguration durant le temps du Carême! Les débuts de la vie de Jésus ont permis aux disciples de vivre un véritable moment de paradis: les puissances du mal sont jugulées, les miracles fleurissent sous ses pas… Quand Jésus demande à Pierre: "Qui dis-tu que je suis?", il répond sans hésiter qu’Il est le sauveur merveilleux envoyé par Dieu: "Tu es le Christ." Hélas, les disciples doivent renoncer à cette image du Christ "super héros", pour supporter la troublante révélation et l’expérience douloureuse d’un Messie souffrant, rejeté, mis à mort. Pierre est très mécontent; il assure Jésus que les choses ne se passeront pas de la sorte.
A ce tournant de sa vie, Jésus va emmener ses disciples sur la montagne, loin des tracas et des misères des hommes. Et c’est là que Dieu se révèle. C’est Lui qui revêt Jésus d’un manteau de lumière. Et dans la nuée, la voix divine confirme ce que les yeux voient: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le!". Pourtant la vision cesse tout d’un coup. Nous n’aurons vu la lumière que le temps d’un éclair. Ce n’est que dans l’avenir que nous la verrons pour de bon. Auparavant, tant de choses doivent encore arriver. Cela, Pierre ne le sait pas. Il veut construire trois tentes pour perpétuer à jamais le séjour sur la montagne. Mais non, le temps n’est pas encore là. Il nous reste la parole du ciel: "Ecoutez-le." Or que vient dire Jésus? "Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive." Pourquoi lit-on ce récit de la transfiguration dans le temps du Carême? Sans doute, pour nous fortifier et nous avertir.
Un récit pour nous fortifier
La route qui mène à Jérusalem est apparemment sans issue. Elle conduit à l’échec et à la croix. Tôt ou tard, toute vie humaine a quelque chose de ce chemin de croix absurde. Mais sur la montagne, nous avons pu voir que notre chemin n’est pas sans issue. Jésus triomphera de la mort et nous aussi, à la fin de notre route, nous recevrons le vêtement blanc de la vie nouvelle.
Croire que sous la protection de Dieu, nous avons le droit de nous retirer sur la montagne et d’abandonner le monde à son sort est une erreur. Jésus descend de la montagne, il se sait appelé à servir ses frères. Il faut le suivre. Mais il ne faut pas donner l’impression que la passion et l’échec ne sont qu’un mauvais moment à passer et qu’on les aura vite oubliés quand les choses iront mieux. Dieu nous dit ainsi que c’est dans la vie de cet homme-là, souffrant et abandonné, que s’accomplit la promesse de Dieu.

La transfiguration fait partie de la Bonne Nouvelle. Quand l’amour règne, il transfigure les êtres. L’amour puisé en Dieu fait voir toute chose autrement. Il perce les apparences, traverse les masques, dépasse le sensible pour atteindre le cœur de l’être où Dieu se cache. Nourri d’amour, le regard lui aussi transfigure. Chargé de bienveillance, il apaise, donne confiance et révèle l’autre à lui-même. Un regard créateur. Pour entrer dans la Pâques…
Père Eric VOLLEN, sj
LECTURES DU JOUR
Lecture du livre de la Genèse 22, 1-2.9-13.15-18
"Le sacrifice de notre père Abraham"
En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: "Abraham!" Celui-ci répondit: "Me voici!" Dieu dit: "Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai." Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit: "Abraham! Abraham!" Il répondit: "Me voici!" L’ange lui dit: "Ne porte pas la main sur le garçon! Ne lui fais aucun mal! Je sais maintenant que tu crains Dieu: tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique." Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara: "Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur: parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance."
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains 8, 31b-34
"Dieu n’a pas épargné son propre Fils"
Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous: comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout? Qui accusera ceux que Dieu a choisis? Dieu est celui qui rend juste: alors, qui pourra condamner? Le Christ Jésus est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9, 2-10
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé"
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus: "Rabbi, il est bon que nous soyons ici! Dressons donc trois tentes: une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie." De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le!" Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire: "ressusciter d’entre les morts". Textes liturgiques @AELF, Paris
ÉVANGILE POUR LES ENFANTS
Nous sommes comme Pierre, Jacques et Jean, les trois disciples que Jésus avait amenés avec lui sur la montagne. Nous nous demandons: "Qu'est-ce que cela veut dire, ressusciter d'entre les morts?"
Ce qui se passe après la mort, nous n'en savons rien! Et ce n'est certainement pas comme dans les films ou les BD avec des fantômes, des zombies... La seule chose qu'on sait, c'est que Dieu nous aime tellement qu'après la mort, on sera heureux pour toujours avec lui. Il nous aime tellement qu'après la mort, on retrouvera tous ceux qui nous ont aimés et qu'on a aimés, comme Jésus a retrouvé sur la montagne Moïse et Elie, deux des personnages les plus importants de l'Ancien Testament.
Une prière : Seigneur, je te remercie parce que c'est tellement bon de savoir que tu nous aimes, que nous sommes avec toi sur les chemins de notre vie, quand il y a des hauts et quand il y a des bas.

Une action : Dessiner une montagne. Dessiner que je suis avec Jésus et d'autres personnes qu'il aime. Ecrire sur ce dessin ce que j'ai envie de dire à Jésus.
Diacre Luc AERENS
