La nuit du 14 au 15 juillet 2021, la Vesdre est sortie de son lit. Les inondations ont meurtri des milliers d’habitations. Des riverains ont tout perdu. Certains sont morts. Aujourd’hui que la rivière a repris sagement son cours, quels stigmates humains restent-ils?
La pasteure Heike Sonnen, de la communauté protestante Verviers-Laoureux-Spa, et le doyen Stanis Kanda nous ont contactés pour témoigner du vécu des victimes des inondations. Mais à quoi bon? Plus d’un an après les événements, est-ce que la vie n’avait pas repris son cours normal comme la rivière a regagné son lit? Tant de témoignages, par le texte ou l’image, que pouvions-nous apporter de plus?
Partis à la rencontre d’habitants des bords de Vesdre qui acceptaient de nous recevoir, quel étonnement de constater cette colère qui les animait encore: "Non! Rien n’est résolu!". Évidemment, de nombreuses victimes ont retrouvé à se loger ou ont vu leur maison partiellement réhabilitée. Pourtant, il reste une colère. Une colère face à la lenteur, à l’inaction, à des promesses jamais tenues. Une colère parce que jamais aucune responsabilité n’a été reconnue. Une colère parce que ces hommes et ces femmes, à qui il ne reste parfois plus aucun souvenir de leur vie familiale ou professionnelle, ont l’impression d’être entendus mais pas écoutés.
Un sentiment d’abandon
Nous avons perçu un grand sentiment d’abandon. La solidarité de voisins, d’amis, de familles, de citoyens du Nord du pays ou de régions qui n’ont pas été sinistrées ont mis un peu de baume sur leurs souffrances. Pourtant, c’est des autorités, des responsables politiques qu’ils attendent toujours des réponses concrètes. Des réponses qui, souvent, ne viennent pas et leur font dire qu’ils sont oubliés, abandonnés.
Au milieu de leur peine, de leurs luttes, tous et toutes nous ont aussi fait part de leur volonté d’aller de l’avant. Malgré les carences institutionnelles, ils manifestent un désir de rebondir, de (se) reconstruire. Les larmes ont souvent noyé leurs yeux lors des rencontres mais le désir de s’en sortir est plus fort.
Nous pensions que notre rencontre allait les importuner, les obliger à raviver des souffrances que nous croyions guéries. Au contraire, ces victimes nous ont remerciés: "Merci de ne pas nous avoir oubliés! Merci de continuer à témoigner de nos difficultés, de nos espoirs."
Annie DENOËL - Dominique SERVAIS
Exposition des témoignages et des photos de ces rencontres à l’Atelier du Prince, rue du Prince, 26 à Verviers les 14, 15 et 16 juillet 2023.
Photos: © D. Servais