L'organisation "Rent a Priest" (littéralement "Louer un prêtre"), active en Flandre, cherche à recruter des volontaires dans la province de Limbourg. Mais que propose-t-elle au juste?

On recherche hommes ou femmes, hétéros ou homos, qui souhaitent devenir volontaires pour Rent a Priest. L'annonce a de quoi faire bondir certain(e)s.
"Nous ne voulons pas que quiconque se sente exclu"
“Nous sommes activement à la recherche de nouveaux collaborateurs dans le Limbourg, ordonnés ou non”, explique Steven D'hoore, président de Rent a Priest, à nos confrères du journal local Het Belang van Limburg.

“Parmi nos vingt volontaires, la moitié sont des femmes. Nous comptons aussi des homosexuels : tout le monde est le bienvenu. Nous regardons surtout les qualités de la personne : comment elle se comporte avec les autres, comment elle gère un groupe, comment elle se présente... On peut s'y consacrer à temps plein mais ce n'est pas obligatoire. Moi-même j'ai commencé alors que je travaillais comme enseignant. Entretemps, c'est devenu mon job principal".
“Pour être tout à fait clair, ajoute encore Steven D'hoore, nous ne voulons pas nous dresser contre l'Eglise, nous nous considérons comme complémentaires. Nous ne voulons pas que quiconque se sente exclu. C'est pourquoi nous bénissons aussi les couples homosexuels comme nous marions des couples hétéros. [...] Nos baptêmes sont reconnus et valides pour l'Eglise catholique romaine".
Les baptêmes de Rent a Priest sont-ils réellement valides?
En réalité, ces baptêmes célébrés - par des personnes non habilitées par l'Eglise - avec de l'eau, selon la formule "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit" avec l'intention de baptiser dans l'esprit catholique, explique le professeur Rik Torfs lors d'une interview en mars 2019, sont "valables" mais non conformes et même interdits par l'Eglise. La difficulté est de pouvoir prouver plus tard que le baptême a bien été célébré, puisqu'il n'en existe aucune inscription officielle dans les registres paroissiaux.
Rent a Priest explique que, dans le cas où les parents souhaiteraient que leur enfant intègre le catéchisme de leur paroisse pour préparer sa première communion, ils leur délivreront un certificat à remettre au prêtre, qui, en cas de doute sur la validité, peut en référer à son évêque. Ce dernier pourra de son côté déclarer "l'assimilation à la pleine communion de l'Église catholique".
Notons que l'Eglise de Belgique ne reconnait pas les célébrations de Rent a Priest et « les évêques en appellent à la responsabilité des membres de Rent a priest pour qu’ils évitent de célébrer indûment en donnant l’illusion aux personnes qu’ils sont dans un contexte de l’église catholique » pouvait-on lire dans Paris Match en 2017. Le magazine soulignait alors le succès de l'entreprise qui présidait entre 1000 et 1500 célébrations par an.
Rent a Priest n'est pas une nouvelle Eglise
C'est en 2000 que l’asbl Rent a Priest a été fondée à Halle par Rudi Borremans, André Brems et Norbert Bethune. Des fondateurs, il ne reste aujourd'hui que Norbert. Parmi ses collaborateurs, Rik Devillé, prêtre pensionné (depuis 2009), qui a officié pendant quarante ans à Buizingen. Il est aussi le co-fondateur de Mensenrechten in de Kerk (1992), il s'est notamment fait connaître par la publication en 1990 de La dernière dictature. Plaidoyer pour des paroisses sans pape. Il a donc un discours très critique envers l'institution catholique.
Les fondateurs de Rent a Priest affirment qu'ils n’ont jamais eu l’intention de fonder une nouvelle Eglise et ne l’ont d'ailleurs jamais fait. "L’organisation est ancrée dans la tradition catholique romaine et veut y rester fidèle" peut-on lire sur le site internet. Mais "nous voulons rompre avec les institutions catholiques qui ont des préjugés et des dogmes".
Les membres de Rent a Priest disent vouloir rester fidèles aux valeurs chrétiennes que sont l’amour inconditionnel, la responsabilité, la justice, l’honnêteté, l’attention et une profonde solidarité avec les pauvres, les petits, les opprimés, les sans défense et les sans-voix de la société. D'où l'ajout en 2013 de la mention Emmaüs.
Des célébrations qui ont un coût
Concrètement, que propose Rent a Priest? D'assurer les grandes célébrations chrétiennes qui jalonnent la vie: baptême, communion, mariage, funérailles... Comme sur un webshop, les candidats peuvent remplir un formulaire en ligne spécifiant la nature de leur demande et leurs envies. Mais ces prestations ont un cout : entre 250 et 500 euros, selon la demande, sans les frais de déplacement et les éventuels "extras". L'organisme justifie ses tarifs par l'absence de subsides, contrairement à l'Eglise.
S.D. avec Het Belang van Limburg et Rent a Priest
