C'est un monument de l'Histoire qui vient de tirer sa révérence. Mikhail Gorbatchev, dernier leader soviétique, est décédé à l'âge de 91 ans. Certains le surnomment le "champion de la paix".

Mikhail Gorbatchev a dirigé la Russie de 1985 à 1991. En 1989, l'Union soviétique s'effondre avec le Mur de Berlin. Peu de temps après cet évènement incroyable pour l'époque, le leader russe se rend en visite officielle au Vatican.
Glasnost et perestroïka
Le 1er décembre 1989, Jean-Paul II, le pape polonais, fervent adversaire du communisme, aux côtés de Solidarnosc, reçoit le secrétaire général du Parti Communiste. Une image inimaginable deux ou trois ans auparavant mais rendue possible par les profonds bouleversements engagés par le leader soviétique.
Le nom de Gorbatchev est irrémédiablement associé à la perestroïka, littéralement « la reconstruction », terme désignant les réformes économiques et sociales engrangées sous sa présidence. Mais aussi à la Glasnost (traduit en français par Transparence), politique qui avait pour but d'autoriser la liberté d'expression.
Gorbatchev met fin à la tutelle soviétique
Après une longue période de répression, Gorbatchev avait fait le choix de laisser les populations d’Europe centrale choisir la forme de gouvernement qu’elles souhaitaient, hors de toute ingérence de l’Armée rouge. Ce positionnement inédit du leader soviétique lui avait valu l’estime du Pape.
La transition démocratique en Pologne fut menée sans heurts grâce à la bonne entente entre le Saint-Siège, l'épiscopat polonais, la dissidence intellectuelle (y compris avec des figures de la gauche laïque comme Bronislaw Geremek et Adam Michnik), la dissidence ouvrière et syndicale autour de Lech Walesa et de Solidarnosc, mais aussi le pouvoir sortant, sous influence de la politique de perestroïka menée par l'Union soviétique.
Ensemble pour construire la "maison commune européenne"
Le souci de Jean-Paul II était naturellement d'encourager une évolution pacifique, sans humilier ses adversaires idéologiques, et en faisant en sorte que la continuité de l'État soit assurée. Le réalisme pragmatique de Gorbatchev fut donc un atout pour développer cette pensée stratégique et encourager ces transformations, même si en URSS même, à l'exception de la Lituanie et d'une partie de l'Ukraine, l'Église catholique pesait bien peu face à l'Église orthodoxe et à l'athéisme. Mais la stature internationale de Jean-Paul II poussa Gorbatchev à se tourner vers le Vatican, un allié nécessaire dans la construction de la «Maison commune européenne» qu'il appelait de ses voeux.
Plus d'un milliard de téléspectateurs ont suivi cette rencontre historique
Peu de temps après sa visite de trois jours au Vatican, Gorbatchev expliquera lors d'une conférence de presse : « Nous avons parlé de politique et de morale, et surtout des valeurs humaines que nous partageons tous ».
Le leader soviétique s’est dit satisfait du « haut niveau » de son entretien avec le pape et de la « large convergence de vues » qui l’a caractérisée. « Nous avons souvent eu recours aux mêmes termes, aux mêmes expressions ». Gorbatchev a relevé que le pape l’avait encouragé dans la voie des réformes. Les deux hommes ont bien entendu échangé sur la future loi sur la liberté de conscience, qui fait partie intégrante de la perestroïka.
Selon une agence de presse italienne, plus d’un milliard de téléspectateurs de 80 pays ont pu suivre la retransmission de la visite historique de Mikhaïl Gorbatchev au Vatican.
Les premiers mots échangés l'ont été en russe, l'entretien entre les deux hommes a duré 1h20 sans traducteur. Lors de la séance des discours officiels, Jean-Paul a exprimé sa confiance accrue pour l'avenir des croyants en URSS avec l'attente d'une liberté de conscience. De son côté, Mikhail Gorbatchev a dit son bonheur d'avoir été simplement compris dans sa volonté de dialogue.
S.D. avec VaticanNews et Cath.ch
