Quel avenir pour la sécurité sociale ?


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Quel avenir pour la sécurité sociale ?
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

Face à l'aggravation annoncée du déficit de la sécurité sociale en Belgique, se pose la question de son financement. Près de 2/3 de la protection sociale vient des cotisations sociales. Mais la part financée par l'Etat (+/-10%) fait toute la différence. Enjeux des perspectives actuelles.

Dans les situations de la vie quotidienne, nous pouvons nous exercer à repérer toute trace de la protection sociale. Cette institution fondée à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale a un impact plus ou moins important sur la vie des citoyens: soins de santé, médecins et hôpitaux, mais aussi allocations familiales, pensions, indemnités de chômage et autres revenus de remplacement. Prenons un exemple: grâce à la sécurité sociale, la majorité des médicaments sont vendus à un prix abordable puisque la différence est prise en charge par le système. Quiconque a voyagé dans des pays d'un autre continent - que ce soit aux Etats-Unis régis par des assurances privées ou en Afrique où la sécurité sociale et les mutuelles n'existent presque pas - sait que le système de protection hérité des discussions entre syndicats et patronats est précieux.

Mais les inquiétudes concernant son avenir se multiplient. Le mouvement Vivre Ensemble proposait récemment un temps de débat autour de la question: la sécurité sociale est-elle revalorisable ? D'autres groupes tels que la CSC ou Vie féminine notamment, rassemblés au sein du MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien), mènent actuellement une campagne demandant le renforcement de cette institution tellement précieuse pour protéger chaque homme et femme vivant en Belgique. En tant que conseiller socio-économique au MOC, Patrick Faltesse expliquait lors du rendez-vous débat de Vivre Ensemble: "La sécurité sociale est perçue comme une charge. Or, elle est nécessaire au bien-être de tous, y compris pour les entreprises."

Tendance à la privatisation

Pour comprendre les enjeux auxquels la sécurité sociale permet de faire face, le CNCD 11.11.11 a développé un outil pédagogique présentant plusieurs profils de pays sur une planète appelée Globa. Il y a par exemple Injustoland, un pays où la différence de revenus est criante entre les habitants riches et les plus pauvres de la société. A côté, on retrouve Privatiland dans lequel tout le système de protection sociale repose sur des assurances privées. Plus loin, les pays de type "Pillagie" dont les soins de santé sont financés en grande partie par l'aide internationale et l'argent fourni par les ONG. Dans chaque cas, le participant est invité à imaginer comment se passent les soins pour une jambe cassée ou une grossesse quand on est un habitant riche ou un sans-emploi.

Le contexte sanitaire actuel pose à nouveau la question du financement de la protection sociale chez nous en Belgique, et dans les pays européens. Comment aboutit-on aujourd'hui à ces problèmes de pénurie de lits disponibles pour des soins de pointe dans les hôpitaux ? Pourquoi l'effectif des personnels de santé est-il arrivé à saturation ? Patrick Faltesse, qui a étudié pour le MOC les grandes lignes du programme du nouveau gouvernement fédéral, relève une bonne nouvelle: "il s'est engagé à refinancer les soins de santé…. Mais il ne dit rien des autres branches !" La déclaration de politique fédérale parle certes d'augmenter les minima sociaux, mais sans fixer d'objectif chiffré.

La part de l'Etat

Rappelons que la sécurité sociale est financée en majeure partie par les cotisations sociales prélevées sur le revenu. Dans une analyse menée par deux chargées d'études aux Mutualités chrétiennes en 2015, l'historique de cette gestion du financement est retracée: depuis les années 1970, de nouvelles sources sont apparues comme les subventions de l'État mais aussi de plus en plus les financements alternatifs. Louise Lambert et Pauline Van Cutsem concluent leur analyse en craignant que progressivement, ce changement d'investissement fédéral n'acte "le positionnement de la sécurité sociale comme une variable d’ajustement du budget de l’État".

Au-delà des questions budgétaires, chaque choix est le reflet de la solidarité actuelle et future que le pays veut poser: travailleurs vis-à-vis des chercheurs d'emplois, bien portants vers les malades, jeunes et vieux, etc. Quand une grande entreprise prend le risque de minimiser ses cotisations sociales, c'est aussi la protection sociale qui en est victime puisque cette part du financement sera moindre. Parmi les revendications du collectif regroupé derrière le MOC, il y a juste cette lutte contre la fraude fiscale.

AF de Beaudrap

 

Pour prolonger la réflexion, retrouvez la campagne "La sécurité sociale nous protège. Protégeons-là !"


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