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Rééquilibrer l'usage de l'espace publics entre tous les usagers: un enjeu majeur pour le GRACQ
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
6 min

Rééquilibrer l'usage de l'espace public entre tous les usagers: un enjeu majeur pour le GRACQ -(c)Taxistop

On peut partager des livres, des outils et … une voiture ! L’autopartage est l’une des solutions aux nombreux problèmes liés à la mobilité (voir Dimanche n°4 : partager son auto ?). Mais il faut voir plus large encore: c’est l’espace public qui doit surtout être partagé.

Offrir plus d’espace de circulation aux piétons et cycles en tout genre est essentiel et permet de réduire l’usage de la voiture, C’est d’autant plus important que 60% des déplacements de moins de cinq kilomètres sont effectués en auto. Or, la consommation de carburant et les émissions des véhicules motorisés sont plus élevées lors des premiers kilomètres (quand le moteur est froid). Ces petits trajets usent aussi davantage la voiture. Il vaut donc mieux leur préférer des transports alternatifs – marche à pied, vélo, engins de micro-mobilité (trottinette, gyroroue), transports en commun. Sans compter que les bénéfices sont multiples pour la santé: diminution de la pollution de l’air, des nuisances sonores et augmentation de l’activité physique.

Source: Ecoconso: A New Deal for Mobility in Belgium, Deloitte, mai 2019

Le Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens – GRACQ - prône un usage rationnel de la voiture. Aurélie Willems, porte-parole de l’association, assure que pour développer le vélo et les autres mode de déplacement, il est nécessaire de diminuer l'usage de la voiture. Et ce, en ville comme à la campagne. La place dédiée à la voiture est trop importante, dit-elle. Ce que confirme un rapport du Centre sur la Régulation en Europe (CERRE) sorti en septembre 2019: "Encourager à combiner différents modes de transport doit se faire en offrant des services accessibles et coordonnés. Cela passe aussi par l’aménagement de l’espace public de telle sorte qu’il incite à la mobilité partagée et décourage l’autosolisme" (les conducteurs seuls dans leur voiture).

Or, force est de constater que se déplacer à vélo ou à pied est parfois (souvent?) un parcours du combattant. Ce matin, rien que sur le chemin (1,9 km) entre la gare des bus et le travail, un camion garé sur le trottoir et une voiture arrêtée sur le passage piéton rendaient les passages dangereux. Sans compter le bruit et la pollution générés par le trafic très intense.

Ce sont là des constats que le GRACQ fait quotidiennement. Sa porte-parole relève: "il est interpellant de constater que neuf conducteurs sur dix pointent la pression automobile qui les insécurise. C'est donc normal de demander un équilibrage. Nous sommes tout à fait conscients que la voiture reste utile pour certaines fonctions, mais il faut libérer l’espace public et lui donner une autre fonction – plus vivante - que le tout à la voiture."

Même la Febiac - Fédération Belge et Luxembourgeoise de l'Automobile et du Cycle -, qui représente l’industrie automobile se sent concernée. Elle a créé une section 'We are mobility'. Joost Kaesemans, son directeur de la communication, reconnaît en effet qu’il est important de penser à combiner différents modes de transports en fonction des besoins; ce que l’on appelle 'multimodalité'. Pour la troisième année, au Salon de l’Auto, un palais entier a été dédié aux solutions de mobilité différentes (entre autres l’autopartage entre voisins ou en libre service). En le plaçant cette fois-ci au centre du Salon, les 500.000 visiteurs ne pouvaient le manquer et se sont peut-être laissés interpeller. "Même si il faut bien reconnaître que le visiteur vient avant tout pour voir des voitures", dit Joost Kaesemans, "et que la voiture restera une partie très importante de la mobilité, elle n’est pas la seule solution". Ainsi donc, la Febiac considère en tout cas que la publicité faite pour cette mobilité alternative a été une réussite.

La réflexion sur la mobilité alternative s'invite aussi dans le temple annuel de l'automobile

Un salon de la mobilité?

Si le mot 'cycle' est intégré dans l’acronyme de la Febiac, ce n’est pas pour autant que le vélo y trouve vraiment sa place. Le GRACQ se réjouit qu’il y ait un espace dédié à l’autopartage et à la micromobilité. Cependant il s’avoue sceptique sur la place donnée à la mobilité alternative au Salon de l’Auto. Aurélie Willems regrette, par exemple, que la communication soit floue et n'inclue pas vraiment le vélo.

Elle relève aussi le problème de la publicité. Les constructeurs automobiles vantent dans tous les médias les mérites de leur marque. Selon le GRACQ, les autorités publiques doivent mieux réguler la publicité et les normes imposées aux fabricants. D’autant plus que la différence de moyens de communication est énorme. Les budgets des petites organisations comme Cozycar (autopartage), Pro Velo ou le GRACQ sont très limités.

Relevons tout de même les efforts menés de part et d'autre. Le GRACQ se dit favorable au dialogue et la Febiac est bien consciente qu'il faut soutenir les petites structures. Même si ces deux interlocuteurs estiment que le volet économique peut être un frein au développement de vraies alternatives de mobilité, la Febiac insiste sur le fait que les constructeurs sont ou seront conduits (sans jeu de mot!) à s'engager sur cette voie. On touche là des enjeux de taille, l’industrie automobile étant pourvoyeuse d’emplois en Belgique. Il faut donc faire preuve d’imagination et c'est ce à quoi ils s'attellent.

Car d’autres enjeux sont aussi à nos portes: la pollution automobile provoque chaque année des problèmes graves de santé et des décès; les embouteillages ont des incidences sur l’économie... Pour promouvoir une mobilité réellement partagée, le mieux ne serait-il pas d’offrir aux visiteurs un panel de toutes les solutions existantes? Et donc se concentrer davantage sur la mobilité que sur l’automobile? La question est cependant: les choses bougeront-elles assez vite?

Même si les mentalités évoluent, les études et analyses démontrent que les autorités doivent instaurer une mobilité plus rationnelle. Or, Joost Kaesemans constate énormément de résistance pour changer toute la fiscalité automobile (taxation au kilomètre ou à l'utilisation). Mais il assure que la Febiac a "l'ambition de faire entendre cette voix [alternative]".

Même avis des trois auteurs du rapport CERRE - Yves Crozet, Georgina Santos et Jean Coldefy: "les politiques publiques doivent privilégier les modes de transport qui optimisent l’utilisation de l’espace public, et non ceux qui offrent aux usagers un gain de temps infinitésimal". Certaines mesures envisagées peuvent paraître radicales aux conducteurs mais elles sont indispensables: les experts évoquent l’élévation des frais de stationnement, les péages urbains ou la réduction des espaces de voiries dédiés à la voiture. Parallèlement, les pouvoirs publics doivent investir dans les transports en commun, la marche et le vélo. » Ainsi, chacun à son niveau de pouvoir, doit contribuer.

Autopartage et multimodalité

La multimodalité est donc la priorité. Le rapport du CERRE insiste sur le fait que la mobilité partagée doit compléter et non se substituer aux transports en commun. "Le partage de véhicules (voitures, scooters, vélos, trottinettes électriques,…), que facilitent les plateformes numériques, peut très bien compléter les transports publics, en fournissant le premier et le dernier kilomètre, en atteignant les zones où les transports publics ne sont pas rentables et où la demande est si sporadique que la fréquence des services doit être faible. Mais s’il se substitue aux transports en commun, il ne pourra en résulter qu’une augmentation des embouteillages, de la pollution et des émissions de CO2", rappelle l’étude.

Pour notre bien à tous, il est donc vraiment nécessaire de réduire l’usage de la voiture. Dès lors, il faut permettre à chacun de se déplacer aisément d’un point à l’autre, à la campagne comme en ville.

Réellement partager la route, c'est possible! A ce titre, il est intéressant de constater les effets induits par le réaménagement de l'espace public à Copenhague. En accordant plus d’espace physique (élargissement des trottoirs et pistes cyclables) aux moyens de déplacement dits 'légers' ou 'doux', elle a implicitement amené les conducteurs à préférer ceux -ci. Résultat, à Copenhague, on circule et on respire! La vi(ll)e est belle!

Nancy GOETHALS

Pour aller plus loin dans la réflexion sur l'autopartage, la multimodalité We are mobility et les actions du GRACQ, en particulier concernant leur demande de régulation de la publicité automobile.

Catégorie : Belgique

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