Espace de vie communautaire, maison de quartier, banque alimentaire, vestiaire, jardin collectif, théâtre, sport, concerts : les idées, activités et initiatives « par, pour et avec » un public précarisé foisonnent dans cette asbl située à Roux, à quelques kilomètres de Charleroi. Rencontre avec l'un de ses piliers, le coordinateur communautaire Claudio Marini.
Tout a commencé avec la démarche diocésaine Chemins d'Église, Chemins des hommes, portée par Mgr Huard et qui donnait notamment la parole et invitait à la réflexion paroisses et laïcs. Le projet a notamment été ponctué par une déclaration de l'évêque, « Avec les pauvres contre la pauvreté ». « Une déclaration qui a retenti chez nous, à Roux, comme un appel à se mobiliser », se souvient Claudio Marini. « C'est à cette époque-là qu'au départ de l'équipe d'entraide paroissiale et du service social privé 'Promotion Famille' on a décidé de créer un espace de développement communautaire qui s'appelle 'La Rochelle', plus communément appelée maison de quartier. »
Une série de services ont ainsi été regroupés en un même lieu : une banque alimentaire, une coopérative d'achat communautaire, différents services d'éducation permanente, le tout à destination de personnes fragilisées. Et le souhait des initiateurs du projet était de permettre aux bénéficiaires de s'approprier ces services et de les créer au départ de leurs besoins. « Dès le départ, les personnes ont été considérées comme actrices, et aujourd'hui on peut même parler d'auteurs/autrices, du projet. Cela nous tenait vraiment à cœur car nous voulions briser la spirale un peu paternaliste où les personnes doivent tendre la main et attendre le bon vouloir des autres pour obtenir de l'aide. »
Un public qui change
Si 'Promotion Famille' a maintenant disparu, l'asbl 'La Rochelle' poursuit son chemin depuis près d'un quart de siècle, toujours soutenue par le « clocher » de Roux, car la précarité est malheureusement loin de reculer. L'association tâche de rencontrer la pauvreté économique, bien sûr, mais aussi la pauvreté culturelle, les exclusions, les inégalités, main dans la main avec les gens qui frappent à sa porte, afin de les remettre en projet, de leur redonner l'envie d'agir, de les replonger dans un tissu social intégrateur.
« Au début on avait des familles, avec une approche très multigénérationnelle, des jeunes, des adultes, des personnes âgées. La plupart des personnes qui viennent ici viennent pour demander une aide d'urgence, au niveau alimentaire mais cela peut aussi être au niveau des vêtements, des meubles, des médicaments. Nous avons évidemment la volonté que cette banque alimentaire ne soit pas une finalité en soi mais un moyen de mieux s'en sortir. Le public a varié, le monde a changé : les pauvretés grandissent, un glissement s'est opéré car maintenant nous rencontrons des travailleurs et travailleuses pauvres, ce qui était très rare il y a 25 ans. »
Le public est toujours aussi fragile économiquement, parfois très éloigné de l'emploi, devant faire face à des problèmes de santé physique mais également mentale, confronté à des dépendances,... « Toutes ces personnes ne sont pas rentables, si je veux utiliser les termes de notre société, et donc sont un peu laissées sur le côté et doivent trouver les moyens de s'en sortir. Le pouvoir d'achat diminue, les factures augmentent, et la banque alimentaire a pris une place énorme dans la maison. »
![]() |
![]() |
Franchir le pas de la participation
Devant des besoins élémentaires toujours plus criants, les institutions publiques envoient de plus en plus de personnes vers des associations comme 'La Rochelle', ce qui signifie pour la maison de quartier plus de difficultés à proposer à ce vaste public une réelle participation. « Est né dans la maison un public à deux vitesses : celui de personnes bénéficiaires qui trouvent leur place dans la maison et s'engagent au service des autres et puis une série de personnes qui malheureusement ne s'impliquent pas dans la maison pour un tas de raisons. Ce public-là est devenu majoritaire. Mais là où on réussit, c'est quand les personnes qui avancent se mettent au service des personnes qui arrivent, et ce sont elles qui sont en première ligne pour essayer de faire franchir le pas de la participation dans la maison. »
A l'heure actuelle, 'La Rochelle' compte ainsi une dizaine de bénévoles-bénéficiaires très investis qui portent réellement le projet, encadrés par des bénévoles-accompagnants. Il y a ensuite une vingtaine de personnes qui s'impliquent dans les divers services, toujours prêts à donner un coup de main, sans toutefois les développer et les construire eux-mêmes. A côté d'eux enfin, des bénéficiaires qui passent parfois pour de courtes périodes par la maison - lors de situations d'urgence par exemple - mais ne s'y engagent pas. A 'La Rochelle', il y a une place pour chacun d'entre eux. Pour traverser les mauvaises passes de la vie et surtout pour (ré)apprendre à vivre ensemble.
-
Retrouvez l'intégralité de l'interview de Claudio Marini sur 1RCF en ligne
|
Du jardin communautaire à la fracture numériqueDepuis sa création, La Rochelle peut compter sur divers soutiens financiers. Il y a les donations privées, bien sûr, mais aussi l'appui de Caritas, de la fondation Solidarité cistercienne (émanation de l'abbaye de Scourmont) ou de Vivre Ensemble. |


