Un projet de maraîchage fondé sur l’encyclique du pape Laudato si’ ! L’idée peut paraître surprenante et… inspirante. CathoBel a rencontré les deux jeunes fondateurs de ‘la Ferme de la Rigaudière’.
Au premier coup d’œil, ce maraîchage biologique situé sur un lopin de terre à Frasnes (Tournai) ne se distingue pas spécialement des cultures voisines. Mais une visite préalable sur le site internet de la ferme annonce déjà la couleur: la biodiversité et l’engagement pour notre maison commune et ses habitants sont mis à l’honneur. Et ce, tant à la production qu’à la livraison.
Jean-Baptiste del Marmol est le maraîcher et à l’initiative du projet qui a vu le jour en 2018. Il explique: "L’état d’esprit dans lequel je cultive, c’est de permettre à la nature et à la création de développer tout leur potentiel. C’est comme un enfant qu’on éduque: on n’est pas là pour forcer la personne qu’il va être mais plutôt pour l’épanouir".
Quant à Lionel Hage, rien ne le prédestinait à vendre des légumes. Pourtant, lorsqu’il étudiait le droit, il s’était déjà senti interpellé par les droits des agriculteurs et la justice. Il a suffi d’une rencontre avec Jean-Baptiste et de trois semaines de réflexion pour se lancer dans l’aventure, tout en combinant encore un temps plein chez un notaire…
Recherche de sens
Tant Lionel que Jean-Baptiste veulent s’épanouir dans leur métier. Et c’est ainsi que l’alimentaire est devenu ‘élemen-terre’. Jean-Baptiste ne considère pas le maraîchage comme son métier mais comme sa vie. Pour Lionel, la rentabilité vient au second plan: "Je préfère travailler toute ma vie pour un truc qui me fait vibrer et me donne envie de me lever le matin! Cela interpellait mes collègues du cabinet notarial." A présent, il se consacre à 100% à la vente. Pour lui, "vendre des produits de qualité ce n’est même pas du boulot: il suffit de faire goûter aux gens et ils achètent ou ils disent : ‘Waouw c’est bon’!".
"Prendre soin des hommes en soignant la terre", comme le dit Jean-Baptiste, est leur leitmotiv. "Planter des haies et des arbres pour compenser leurs émissions de CO2, créer de l’emploi, protéger la biodiversité, prendre soin du sol, c’est tellement gratifiant!" complète Lionel.
En somme, se respecter et respecter les autres sont la clef de voûte d’une vie et d’un travail épanouis.

Lionel Hage et Jean-Baptiste del Marmol.
Nancy GOETHALS
Une source d’inspiration intégrale
En lisant Laudato si’, je me suis dit voilà l’équilibre! C’est une écologie intégrale (prenant en compte les besoins de la terre et des hommes)", indique Jean-Baptiste. Lionel confirme qu’ils retrouvent tous deux leurs valeurs dans l’encyclique du pape François et dans la démarche du saint du même nom. En voici un florilège.
La gratitude Jean-Baptiste: "La nature ne donne pas toujours ce dont on a besoin, mais, si tous les éléments sont réunis, elle peut être très généreuse."
Lionel: "Ce petit détail qui ‘fait’ ma journée: quand, sur le marché, les gens passent et que je leur fais goûter un légume ou que je leur offre une botte de bettes. Je propose d’essayer et je donne. La semaine d’après, ils reviennent et me disent combien c’est incroyable, car ils ont retrouvé le goût de leur enfance. Je l’ai vécu plusieurs fois et c’est trop chouette ! Ces gens repassent toutes les semaines et ils font notre pub."
L’humilité Jean-Baptiste: "On est tous les jours confrontés à des difficultés sur lesquelles on n’a pas de prise car on travaille avec du vivant – le sol, les plantes, la météo… Travailler l’humus – la terre – et aussi l’humilité, c’est travailler avec le réel et pas dans un monde superficiel. Cela rapproche de Dieu, cela m’aide dans ma foi de contempler la création comme elle est, avec les limites de la maîtrise de la matière."
La beauté Jean-Baptiste: "L’esthétique de mon environnement de vie est importante pour moi. La beauté permet d’élever l’âme. Travailler avec des produits sains compte également pour moi. C’est une source de grande satisfaction."
Quant à Lionel, il lui tient à cœur que les légumes soient bien présentés. La beauté c’est aussi la réduction des emballages et la plantation de haies qui viendront abriter une faune et une flore pleines de vie.
Liberté et créativité Jean-Baptiste: "Je souhaite rester le plus libre possible dans mon travail. Je refuse de m’endetter, d’être dépendant par rapport aux produits phytosanitaires, aux semenciers... En favorisant la biodiversité, chaque élément a sa place et sa raison d’être. Par exemple, la fiente des poules fertilise les terres. Les difficultés sont aussi source de créativité. Il y a des pépins chaque jour et on trouve des solutions. Tout cela permet d’être plus libre vis-à-vis de l’extérieur."
A la Rigaudière, les projets foisonnent comme les légumes. Outre la présence sur les marchés et quelques dépôts sur le chemin vers son domicile, Lionel livre désormais les entreprises et les écoles. Et les camps scouts en été! L’objectif est d’aller vers le client tout en compensant les émissions de CO2 en plantant des arbres.
Aimer le vivant et la sobriété La sobriété heureuse est le mode de vie de Lionel.
Jean-Baptiste: "Je pense qu’on y sera contraints, mais il vaut mieux être avant-gardiste. Comme la méditation, cela devient un besoin."
La spiritualité Pour Jean-Baptiste, la spiritualité dans le travail permet de trouver un équilibre qui offre un ressourcement intérieur. Faire une pause prière ou écouter du chant grégorien en cultivant ses tomates donne du rythme au travail. Et travailler la terre est aussi une forme de méditation. Il envisage même créer un pôle spirituel dans son entreprise.
Par ailleurs, dit-il, "mon premier employé c’est Dieu! On a fait bénir les cultures. Le doyen était assez étonné car c’était la première fois qu’il le faisait !" Pourtant, ils ne sont pas les seuls ! En Suisse, Jean-Michel et Christine – un couple de bergers – font bénir chaque année leur troupeau en transhumance.
L’attention au plus faible Mettre l’humain au centre de leurs projets est essentiel pour Lionel et Jean-Baptiste. Accueillir des personnes en difficulté – handicapés, réfugiés, chômeurs - demande de la patience, de l’accompagnement et du temps mais tous deux relèvent le défi.
Jean-Baptiste: "Pour moi, mettre ses mains dans la terre peut vraiment être une thérapie. Par exemple, un employé au chômage tournait en rond chez lui. Il ne connaissait rien à l’agriculture et maintenant il est super content. Du coup, il se sent mieux et l’ambiance à la maison s’est améliorée".
Lionel: "On veut faire du bio et vendre à un prix abordable. Mais le but est aussi d’être rentable."
Ainsi donc Laudato si’ peut être la clef de voûte d’une activité professionnelle. Jean-Baptiste conclut : "dans chaque métier il y a moyen d’apporter sa pierre à l’édifice et de faire preuve de créativité"!
N.G.
