Scrutins électoraux en RD Congo: cap maintenu malgré un titanesque défi d’organisation


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Scrutins électoraux en RD Congo: cap maintenu malgré un titanesque défi d’organisation
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Comment organiser un scrutin électoral dans un pays dont les frontières dépassent celles de l'Union européenne et dans un contexte politique de méfiance généralisée et absolue ? Un défi énorme que doit relever la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Petit tour d'horizon de cette opération d'envergure.

La République Démocratique du Congo (RDC) aurait dû organiser des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales en décembre 2016. Depuis, la majorité présidentielle et les partis d'opposition au président Joseph Kabila, ont signé un accord le 31 décembre 2016, sous l'égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Un accord dont la mise en œuvre ne se fait pas facilement. Au milieu des deux "clans", il y a un arbitre: la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui travaille d'arrache-pied pour que les différents scrutins aient bien lieu le 23 décembre prochain, date que l'organisme indépendant en charge de l'organisation de ces élections a fixé dans la foulée de l’accord dit de la Saint-Sylvestre.

Malgré une campagne menée pour tenter de torpiller l'action de la CENI, cette dernière a travaillé dans la discrétion, et finalement réussi à concrétiser toutes les étapes préparatoires indispensables pour que les scrutins soient apaisés, crédibles et transparents. Une des premières étapes a été l'établissement d'une cartographie électorale. C’est sur la base de cette cartographie qu'a été déterminé le découpage électoral : 26 provinces, 32 villes, 138 communes urbaines, 2815 quartiers, 145 territoires, 470 secteurs, 173 communes rurales et quelque 88.000 villages! Les agents de la CENI ont ensuite parcouru l'ensemble du territoire pour enrôler près de 40,3 millions d'électeurs.

Fichier fiable et transparent

L'opération a démarré fin juillet 2016 dans la province du Nord-Ubangi pour se poursuivre dans les différentes aires opérationnelles. Englobant les vingt six provinces du pays, y compris les régions où se posent des problèmes de sécurité comme le Nord Kivu, l'Ituri ou les Kasaï. L'ensemble des données ont été transmises de façon sécurisée afin d'établir une base de données fiable, d'autant que la population en âge de voter s'est accrue depuis le dernier scrutin de 2011. Il fallait aussi éviter que des électeurs soient inscrits deux fois, de par le principe de l’unicité de chaque électeur dans le fichier électoral. A titre d'exemple, dans la province du Haut-Lomami qui compte 1,6 million de votants, la CENI a relevé 210.497 "doublons", soit 17,42% du nombre d'électeurs. Les "doublons" ont bien évidemment été supprimés. A Kinshasa, qui compte 4,8 millions d'électeurs potentiels, ces "doublons" portaient sur 348.794 personnes, soit 7,25%. Les agents de la CENI ont ainsi repéré des doubles inscriptions d'électeurs dans toutes les provinces, mais surtout au Kwango (21,54%), en province de Lomami (22,04%), au Kasaï (19,81%), au Maniema (15,96%) et dans la province de l'Equateur (17,96%).

Aujourd'hui, après des mois de travail acharné, l'organisme chargé d'organiser les élections peut se targuer d'avoir un fichier complet, transparent et fiable. Reste maintenant à convaincre les électeurs d'aller voter. Au 24 avril dernier, la CENI a aussi procédé aux calculs des sièges attribués par province en fonction du nombre de circonscriptions qu'elle compte.

Compte tenu de cette situation, l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) s’est donc avéré indispensable. A noter que dès 2004, les TIC ont été utilisées, sous l'impulsion des bailleurs de fonds également fournisseurs de ces technologies, faisant de la RDC le premier pays africain à avoir utilisé la biométrie dans l’opération d’identification et enrôlement des électeurs. Mais le fichier ainsi constitué a constamment rencontré la méfiance des acteurs politiques, qui font peser sur lui des soupçons de pouvoir servir à la fraude électorale.

Des chiffres à donner le tournis

Le 23 décembre 2018, les Congolais éliront leur nouveau président de la République, parallèlement à deux scrutins législatifs, l'un national, l'autre provincial. Une pléthore de candidats est attendue à cet effet estimés à plus de 64.000 au total, dont 35 pour la présidentielle, 28.000 pour les législatives nationales et 35.965 pour les provinciales. Au total, la RDC compte 603 partis politiques et le scrutin devrait se dérouler dans quelques 90.000 bureaux de vote. Bref, organiser des élections en RDC, c'est beaucoup plus compliqué qu'en Belgique!

Face à ces chiffres qui donnent le vertige, la CENI et son président Corneille Nangaa (photo) ont donc planché sur les moyens d'éviter les fraudes, de pouvoir donner rapidement une estimation et des tendances. Car il faut rappeler qu'en 2011, le bulletin de vote dans certaines circonscriptions comptait… 53 pages format A3 ! Avec ce que cela entraîne comme coût important en impression et en transport, avec en prime un risque élevé de fraudes.

Raison pour laquelle, la CENI a trouvé une solution qui, bizarrement, est décriée par certains milieux financiers qui, pour n’avoir pas eu l’opportunité de gagner le marché de livraison des machines à voter, pourfendent sans ménagements cette innovation en alimentant, dit Corneille Nangaa, "un tissu de mensonges à son sujet et en agitant une certaine classe politique convoquée en renfort pour la campagne de sape". Et d'ajouter: "Heureusement que toutes les femmes et tous les hommes honnêtes qui expérimentent ladite machine à voter, découvrent et reconnaissent que les accusations qui sont portées contre cette machine n’ont rien à voir avec ce qu’elle est réellement". En réalité, il s'agit d'un dispositif d’impression in situ du bulletin de vote par l’électeur lui-même.

Jean-Jacques Durré

 

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