Belgique: Nouvelle polémique sur les migrants


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Belgique: Nouvelle polémique sur les migrants
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Le quotidien flamand De Morgen a révélé qu'une délégation de représentants du Soudan a été accueillie dimanche en Belgique. L'objectif de sa visite: identifier ses compatriotes en séjour illégal dans notre pays.

La collaboration entre la Belgique et le Soudan pour identifier les éventuels ressortissants soudanais présents notamment parmi les migrants du Parc Maximilien à Bruxelles, a crée une nouvelle polémique quant à la politique belge en matière de migration et d'asile.. D'autant que la délégation soudanaise a été reçue par le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Théo Francken avant son départ à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies.

Il n'y aurait peut-être pas de polémique s'il s'agissait d'un autre pays que le Soudan. Mais le "hic" est que le Soudan est loin d'être un modèle de société démocratique. Le gouvernement en place à Khartoum, la capitale, dirige le pays d'une poigne de fer, surtout depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011. La partition du plus grand pays africain a en effet entrainé la perte de ressources financières importantes pour le régime du président Omar El Béchir dans la mesure où l'essentiel des richesses et en particulier celle du pétrole sont tombées dans l'escarcelle du pouvoir sudiste. Dès lors, le régime soudanais est quelque peu fragilisé. L'accord de paix de 2005 qui a mis fin a 20 ans de guerre entre le Nord et le Sud Soudan prévoyait de consulter les populations des territoires périphériques pour leur permettre de définir leurs relations tant avec le Nord qu'avec le Sud mais rien n'a été fait. Les populations de ces Etats sont islamisées mais pas arabes, certaines sont chrétiennes. Elles ont en commun le même ressentiment à l'égard du régime nordiste jugé dominateur. Les forces de Khartoum affrontent des troupes locales qui ont souvent fait la guerre aux côtés des sudistes.

Un pays peu sûr

Bref, la région est loin d'être pacifiée et reste une zone de tensions et de conflits qui ont déjà fait des milliers de morts et des dizaines de milliers de déplacés. Mais, concernant la collaboration avec notre pays, Théo Francken n'y voit aucun problème. Depuis New-York, il a estimé que ce procédé d'identification est nécessaire et qu'il n'est pas exceptionnel puisque notre pays pratique la même chose avec d'autres pays européens et africains. "Le faire avec le Soudan n'a rien d'exceptionnel ", a-t-il déclaré à la RTBF. Précisons qu'à ce stade, aucun des 158 Soudanais arrêtés lors des actions au Parc Maximilien et à la gare de Bruxelles-Nord n'a encore été rapatrié, selon l'Office des étranger; la plupart de ces s migrants arrêtés étant des Soudanais en transit vers le Royaume-Uni.

Si le secrétaire d'Etat ne voit aucun problème potentiel dans cette collaboration, il faut rappeler que le président soudanais Omar El Béchir, est poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Ce dossier a donc entraîné de nombreuses réactions tant de la part d'ONG belges venant en aide aux réfugiés, que parmi le monde politique. Alexis Deswaef, président de la Ligue des Droits de l'Homme s'est dit scandalisé par cet accord passé entre la Belgique et le Soudan, rappelant que les violations des droits de l'homme sont nombreuses dans ce pays. Le groupe PS de la Chambre a réclamé un débat en séance plénière sur les déclarations et initiatives du secrétaire d'Etat à l'Asile. C'est le cas aussi du groupe Ecolo/Groen. Enfin, dans un communiqué commun, Amnesty International, le CIRÉ et Vluchtelingenwerk font part de leurs préoccupations. "Le but de cette démarche serait d’organiser le retour forcé des individus concernés au Soudan, où certains d’entre eux risqueraient de voir leurs droits humains gravement violés", écrivent-ils. Les trois organisations ont exprimé leurs craintes dans une lettre ouverte adressée au Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, dans laquelle ils demandent l'arrêt immédiat de cette collaboration et le respect, par la Belgique de ses obligations internationales, à savoir de ne pas renvoyer chez elles des personnes qui risquent d’y subir de graves violations de leurs droits humains. La porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), Vanessa Saenen, partage les mêmes préoccupations.

Au-delà des aspects humanitaires et de droit international, cette controverse impliquant une nouvelle fois Théo Francken, tombe mal. La Belgique est en effet "en campagne" pour tenter de décrocher un siège non permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, face à deux challengers de poids: l'Allemagne et Israël.

Enfin, rappelons que dans son message du 21 août, pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, qui sera célébrée par l’Eglise catholique le 14 janvier 2018, le pape François a plaidé pour un accueil large et généreux des migrants mais aussi pour leur protection, leur promotion et leur intégration.

J.J.D. (avec agences)

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