“L’Eglise, comme une grande famille”


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“L’Eglise, comme une grande famille”
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min


A l’occasion de l’ordination d’un prêtre, Mgr Harpigny s’est rendu en RDC. Invité par la communauté des religieux barnabites, il en a profité pour visiter les deux régions frontalières et découvert sur place un autre visage de l’Eglise.

L’œil de Mgr Harpigny s’illumine quand il a l’occasion de raconter son voyage récent en Afrique centrale. A peine revenu, l’évêque de Tournai témoigne de sa conversion à une Eglise jeune et dynamique qu’il a pu visiter à Bukavu (dans l’est de la République démocratique du Congo) et à Cyangugu (de l’autre côté de la frontière rwandaise). Dans l’interview qu’il nous a accordée, il retient trois aspects de ce qu’il a découvert: une Eglise au service de la population, une large place consacrée à la pratique religieuse et des célébrations très festives.

Les prêtres et religieux sur place ne sont pas tant là pour parler de Jésus, que pour répondre aux besoins de la population.” L’évêque de Tournai a pu circuler entre plusieurs paroisses congolaises et rwandaises, notamment pour accompagner les Barnabites dans leur travail. A leur contact, il a vu l’implication de l’Eglise dans le domaine de l’éducation d’une part, et des soins de santé, d’autre part. “La population a besoin d’aller à l’école, d’être formée par des enseignants qui sont eux-mêmes bien préparés à leur métier”, explique Mgr Harpigny. “J’ai aussi été surpris de voir des prêtres médecins qui assurent le soin des personnes en plus de leur ministère”, poursuit-il.

Le voyageur belge, qui n’en était pas à sa première visite en Afrique, a aussi apprécié l’implication des chrétiens dans toute la vie religieuse. La fréquentation des messes en semaine, y compris la célébration de 6h du matin, a profondément marqué Mgr Harpigny: “Les gens font la route, parfois plusieurs heures de marche, pour vivre l’Eucharistie avant d’aller travailler. L’église qui comprend plus ou moins 1.500 places, était pleine.” En plus de cette pratique quotidienne, les chrétiens congolais sont très présents aux temps d’enseignement catéchétique donnés chaque dimanche. “En Belgique, compare l’évêque de Tournai, la messe est une activité à caser dans l’agenda. A Bukavu, toute la journée est consacrée à Dieu.” Mgr Harpigny tacle au passage le reproche ordinaire fait aux prêtres belges: “l’homélie doit faire moins de sept minutes dans nos paroisses. Mais quand le Christ prêchait, cela durait davantage. Quand je vois la longueur de certaines paraboles, Jésus prenait certainement davantage de temps pour les expliquer!

Une fête de famille

L’aspect festif des liturgies a également impressionné l’évêque de Tournai. Initialement, il était invité à Bagira, dans la région est du Congo, pour célébrer l’ordination sacerdotale de Patrick Batumike et d’un de ses confrères. Loin d’une célébration austère, Mgr Harpigny a participé à une longue ordination placée sous le signe de la joie. “Toute la communauté chrétienne alentour était concernée”, a-t-il constaté. “Ce sont les familles elles-mêmes qui présentent les candidats à l’ordination”, ajoute-t-il, un peu comme elles le font aussi lors des mariages. En Belgique, la présentation du futur prêtre au début de son ordination sacerdotale revient souvent au responsable de la formation. La liturgie longue de cinq heures était ponctuée de chants et de danses que l’évêque de Tournai a beaucoup appréciés.

Le Père Etienne Ntale, supérieur des Barnabites, qui était l’initiateur de ce voyage en Afrique, était heureux de voir Mgr Harpigny découvrir la réalité congolaise. “Il est venu sans peur”, confirme le père Ntale, malgré la situation instable de cette région. Sur place, des mesures de sécurité étaient évidemment prises pour que l’invité venu de Belgique ne coure aucun danger. L’évêque de Tournai reconnaît par exemple qu’il n’était jamais seul en rue, que beaucoup de personnes armées l’accompagnaient. Mgr François-Xavier Maroy, l’archevêque de Bukavu, expliquait dans un entretien récent à la Croix: “Nous sommes à la frontière de pays voisins, la zone est instable, les milices très présentes. La violence que nous connaissons est liée à la crise que traverse le Congo. Nous sommes un peuple traumatisé, et un rien suffit pour que les gens puissent basculer dans la violence, de manière totalement imprévisible. Ils ne croient plus au lendemain.

Le Père Etienne Ntale confirme l’importance de l’Eglise sur place: “Nos confrères [Barnabites] y vivent avec courage, aux côtés de ce peuple, pour leur donner espoir.” Les prêtres et religieux subissent, comme les autres citoyens, les décisions imposées par le président Kabila. Mgr Harpigny a appris, par exemple, que certains terrains sur lesquels les Barnabites comptaient pour construire un collège, ont été réquisitionnés du jour au lendemain, sans raison. La République démocratique du Congo subit les travers de la mondialisation, où l’argent justifie toutes les prises de contrôle. (…)

Anne-Françoise de BEAUDRAP

 

Catégorie : Diocèse de Tournai

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