« Mourir aux portes de l’Europe » : le triste sort de plus de 2.000 personnes depuis janvier


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« Mourir aux portes de l’Europe » : le triste sort de plus de 2.000 personnes depuis janvier
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

migrantsSelon l’Organisation internationale pour les migrants (OIM), plus de 2.000 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie en mer en tentant de rejoindre les côtes italiennes ou grecques depuis janvier ! Un triste « record », mais surtout une situation inqualifiable au XXIe siècle !

La Méditerranée va-t-elle réellement hériter du surnom de « cimetière des migrants » ? Au vu des derniers chiffres publiés par l’OIM, on peut hélas le redouter. Un nouveau sommet a été atteint le week-end dernier avec un total de plus de 2.000 êtres humains décédés en mer, en tentant de fuir la misère, la guerre, les combats dans l’espoir d’une vie meilleure ; des migrants et réfugiés venus pour l’essentiel de Libye, du Soudan, d’Erythrée, de Syrie ou d’Afghanistan. C’est une augmentation de 20% en un an. En effet, sur la même période de l’année dernière, l’OIM avait comptabilisé 1.607 décès de migrants qui tentaient de rejoindre les côtes européennes, a annoncé Itayi Virri, porte-parole de l’OIM dans un communiqué.

Forte hausse des demandes d’asile

L’OIM note une constante : la majorité des décès ont lieu dans le canal de Sicile qui relie la Libye à l’Italie. Là, les passeurs fournissent aux migrants des embarcations de fortune qui ne supportent pas la traversée. L’organisation basée à Genève constate aussi que la route de la Méditerranée centrale, entre l’Afrique du Nord et l’Italie, est bien plus dangereuse que les autres. Si la Grèce et l’Italie ont accueilli cette année un nombre similaire de migrants (90.500 contre 97.000), « seuls » 60 ont péri en tentant de rejoindre les îles grecques, alors que 1.930 sont morts avec l’espoir d’accoster à Lampedusa.

Le directeur général de l’OIM, William Lacy Swing, a dénoncé l’attitude des pays européens face à l’arrivée de ces migrants : « Il est inacceptable qu’au XXIe siècle des personnes fuyant les conflits, les persécutions, la misère et la dégradation des terres doivent endurer ces terribles expériences dans leurs pays d’origine, (…) pour finalement mourir aux portes de l’Europe. » Malgré tout, l’OIM salue les efforts déployés par les forces maritimes présentes en Méditerranée, notamment grâce à l’amélioration de l’opération « Triton » de surveillance en Méditerranée, coordonnée par Frontex, l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Europe. Pourtant, cette opération « Triton » n’a pas pour priorité de sauver les migrants mais bien celle de surveiller les frontières. Le budget qui lui a été alloué par l’Union européenne (UE) est trois fois inférieur à celui de l’opération italienne « Mare Nostrum », et son équipement, est bien plus modeste. De nombreuses ONG ont dénocé cet état de fait.

Notons encore que le bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) a estimé que le nombre de demandeurs d’asile dans les pays de l’Union européennea fait un bond de 68 % au cours des cinq premiers mois de 2015. Près 188 000 migrants ont en effet été secourus en Méditerranée depuis janvier, dont 1.300 à la fin de la semaine dernière au large de la Libye avant d’être débarqués en Sicile.

Reste donc la question de savoir quand les autorités de l’UE prendront des mesures efficaces pour lutter à la fois contre les trafiquants et les passeurs, qui profitent de la misère et de la détresse humaines, mais surtout pour épauler les pays dont sont originaires ces migrants. La dignité humaine est en danger. Poursuivre dans la voie actuelle, c’est risquer de faire de l’Europe une forteresse assiégée.

Stop aux clichés !

Enfin, arrêtons avec les clichés ! Contrairement à ce que bon nombre d’Européens pensent, ce ne sont pas les pays occidentaux qui accueillent le plus de migrants. A ceux qui disent qu’on « ne peut pas accueillir toute la misère du monde », il faut rappeler qu’en raison des restrictions à l’asile et à l’immigration imposées par les pays occidentaux, ce sont les pays voisins d’Etats où sévissent des conflits qui supportent les effets de la guerre ou de la migration. C’est flagrant avec la crise syrienne. La guerre en Syrie a eu un impact direct sur la Turquie, qui accueillait fin de l’an passé près de 1,59 million de réfugiés, un record mondial. Elle dépasse le Pakistan (1,51 million) et devance le Liban (1,15 million) et l’Iran (982 000). A la mi-2014, la Belgique comptait 29.000 réfugiés, tous pays confondus, selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

Ces chiffres se trouvent dans le rapport 2014 du HCR et donnent la mesure des défis auxquels la communauté internationale est confrontée. Faut-il rappeler que nous traversons une période de jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Selon le HCR, près de 59,5 millions de personnes ont dû quitter leurs foyers dans le monde à cause des guerres, des persécutions, et des atteintes aux droits de l’homme en 2014 ! C’est donc bien un problème mondial qui doit se résoudre au niveau de l’ONU notamment.

Face à ces chiffres et à cette douloureuse situation, il nous faut changer notre regard sur la migration et les migrants. Combattre aussi les discours populistes qui ont tendance à se propager, notamment parce que nous sommes en période de crise économique. Nos pays démocratiques sont en mesure d’accueillir ces migrants, mais pour cela il faut mener une réflexion sereine et avoir une vraie vision sur la politique migratoire à adopter. Si nous ne le faisons pas, nous perdrons notre âme et notre humanité !

J.J.D.

Voici la carte publiée par l'OIM, qui reprend la triste réalité vécue en Méditerranée:

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Catégorie : International

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