Jeudi dernier, 6 août, la caserne Saint-Jean de Tournai était désignée comme lieu d'accueil pour 450 à 790 demandeurs d'asile. Depuis lors, le ton est monté entre, d'une part, le bourgmestre faisant fonction de la ville, suivi du bourgmestre "empêché", Rudy Demotte (PS), et, d'autre part, le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA) et Olivier Chastel (MR).
Les autorités communales de la ville de Tournai ont immédiatement réagi à cette désignation, en disant douter que la caserne Saint-Jean puisse accueillir un tel nombre de demandeurs d'asile. Elles affirment par ailleurs n'avoir pas été consultées dans ce dossier, et estiment que la ville ne saurait assumer une telle charge. "Vouloir concentrer sur Tournai entre 400 et 700 candidats réfugiés politiques revient à ghettoïser des poches entières de populations au statut précaire", a ainsi déclaré Rudy Demotte, par ailleurs ministre-président de la Communauté française. "En tant que socialiste, je ne peux l’accepter. Je l’accepte d’autant moins que Tournai ne connaît pas des indices socio-économiques très favorables. Son CPAS doit déjà faire face à une précarisation importante." a-t-il ajouté. A son tour, Olivier Chastel, président du Mouvement Réformateur, s'est dit "étonné de ce rejet catégorique venant d’un ministre-président socialiste".
Les échanges houleux se sont poursuivis ce dimanche 9 août, par tweets interposés. Monsieur Demotte a repris en "favoris", sur le réseau social, un message comparant Theo Francken à un "primate d'extrême droite"... avant de parler d'une "Erreur de manipulation!!! Sorry"...
Au-delà de cette passe d'armes, qualifiée par de nombreux commentateurs d'excessive et de pathétique, il convient d'adopter "une vision à long terme, cohérente et non-électoraliste", selon l'expression du journaliste Stéphane Tassin (La Libre), sur les questions d'asile et de migration dans notre pays. Eviter une attitude électoraliste, ce serait, par exemple, ne pas s'opposer à l'accueil de candidats réfugiés sur le territoire de sa propre commune, quelle que soit la couleur politique de ses responsables.
Ensuite, il faut une analyse objective et honnête des capacités d'accueil de certains lieux, sans qu'il y ait récupération politique des uns ou des autres. Il s'agit d'accueillir des êtres humains dans la dignité, quel que soit le sort qui sera réservé à leur demande dans le futur. Or, là où il s'agit de dignité humaine, une certaine politique ne devrait pas avoir sa place.
Ce week-end, le journal L'Echo, à l'instar d'autres médias, publiait un éditorial sur la crise des migrants. Vincent Georis n'y évoquait pas la situation belge, mais réclamait, à l'instar de Guy Verhofstadt, "la tenue d'un sommet européen extraordinaire sur l'immigration". "La plupart des dirigeants considèrent cette politique comme étant 'leur' pré carré, et bloquent tout au niveau européen. C'est leur jackpot électoral, celui qui permet de surfer sur les peurs pour engranger des voix en proposant leur 'remède miracle'. La crise de l'immigration dépasse les nations. Vu son aspect d'extranéité, elle ne peut être réglée que par une institution internationale". Ces propos nous paraissent empreints de sagesse politique.
C.H. (avec lalibre.be et L'Echo)

