L’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) publie ce lundi 23 mars une analyse de la gestion de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Cela fait un an que les premiers cas ont été détectés. 24000 personnes ont été infectées et près de10 000 sont morts, dans les différents foyers de Guinée, Libéria et Sierra Leone.
Le rapport intitulé « Poussés au-delà de nos limites » s'appuie sur de nombreux témoignages des équipes MSF partis sur place. L'ONG a investi de nombreux moyens humains pour lutter contre le virus Ebola: MSF a travaillé avec 1.300 expatriés et 4.000 employés locaux, ils ont formé près de 800 volontaires et 250 personnes d'autres organisations, ils ont également mis sur pied plusieurs centres médicaux dont un de 250 lits.
Joanne Liu, Présidente de MSF international explique: «Cette épidémie, par son caractère exceptionnel, a mis en lumière l’inefficacité et la lenteur de la réponse apportée par les acteurs de l’aide humanitaire et médicale lors d’une telle situation d’urgence». Le rapport pointe du doigt la lenteur de réactions des instances internationales, comme l'Organisation mondiale de la Santé, durant plusieurs mois début 2014, période pendant laquelle le virus a disposé de temps pour se propager. Margareth Chan, directrice de l'OMS, reconnaissait en janvier dernier: "L'Afrique de l'Ouest était confrontée à sa première expérience du virus... Le monde, y compris l'OMS, a été trop lent à voir ce qui se déroulait devant nous". Dans les conclusions de cette réunion consacrée à à une restructuration du combat contre la maladie, la directrice de l'Organisation mondiale de la Santé soulignait que "le monde des microbes pouvait réserver des surprises."
Le rapport "Poussés au-delà de nos limites" de Médecins sans Frontières raconte également dans quelles conditions tendues les expatriés devaient travailler : "Fin août 2014, notre centre de d’Ebola d’Elwa 3 à Monrovia était totalement submergé de patients. Le staff a été obligé de renvoyer chez elles des personnes visiblement malades, tout en sachant bien qu’en rentrant dans leurs communautés, elles seraient de nouveaux vecteurs de la propagation du virus." L'ONG voudrait tirer les leçons de cette gestion de crise pour être directement opérationnelle si une situation similaire se présente.
Un an après la prise de conscience de la propagation de ce virus Ebola, le nombre total de cas ne diminue pas. Malgré le succès rencontré par un vaccin expérimental, la stagnation s'explique de manière différente selon les pays: En Guinée, le nombre de patients atteints par Ebola augmente même à nouveau. En Sierra Leone, de nombreux patients identifiés ne figurent pas sur les listes de personnes ayant été en contact avec d’autres personnes contaminées. Le Libéria demeurera une zone à risque tant que le virus sera présent dans les pays voisins. Au-delà des chiffres, Médecins sans Frontières souligne l'impact psychologique: «L’épidémie d’Ebola a aussi ébranlé la confiance que la population a envers le système de santé et démoralisé les travailleurs du secteur. Les gens sont non seulement appauvris et endeuillés. Mais ils sont aussi devenus suspicieux,» constate le rapport.
A.-F. de Beaudrap
Photos: (c)M.S.F.
