La spirale de la violence dans la province musulmane autonome du Xinjiang semble ne plus pouvoir s’arrêter. Une nouvelle série d’explosions a fait au moins deux morts et "de nombreux blessés" dans cette région musulmane chinoise, en proie à de vives tensions interethniques.
Selon le site gouvernemental d’informations Tianshan, les explosions se sont produites ce dimanche 21 septembre dans trois sites distincts, dont un centre commercial dans le district de Luntai dans le sud de la province, a-t-on précisé de même source.
Elles interviennent à la veille du verdict que doit rendre la justice chinoise dans le procès intenté à un éminent intellectuel ouïgour, le professeur Ilham Tohti, qui a répondu la semaine dernière devant un tribunal d’Urumqi, la capitale du Xinjiang, d’accusations de "séparatisme". Cet économiste, considéré comme un modéré, risque une lourde peine de prison.
Tensions interethniques et répression chinoise
Une frange de la population de cette région aux confins occidentaux du pays, notamment les Ouïgours qui en forment la première ethnie, (8 millions sur 22 millions dans la province) s’est radicalisée ces dernières années et rejette la tutelle chinoise. Les autorités qualifient les auteurs de violences endeuillant le Xinjiang de "terroristes" ou "séparatistes".
Nombre de Ouïgours s’estiment "colonisés" par les nouveaux arrivants de l’ethnie majoritaire en Chine, les Han. "Les politiques de la Chine poussent la population ouïgoure à résister avec acharnement, au nom de sa dignité", a commenté Dilxat Raxit, le porte-parole du Congrès mondial ouïgour, une organisation exilée de défense des Ouïgours.
Stratégique et riche en ressources naturelles, le Xinjiang a bénéficié des efforts d’investissements du gouvernement central, mais les Ouïgours se disent exclus de la vigoureuse croissance et entravés dans la pratique de leur religion et de leur culture.
Cette situation a entraîné une vive répression de la part du gouvernement chinois. Avec en ligne de mire la religion musulmane. Au cours du week-end, les plus hautes autorités judiciaires et policières du pays ont publié au cours du week-end des directives nouvelles pour lutter contre le "terrorisme". Sont notamment visées des activités favorisant "l’extrémisme religieux". Pékin a lancé ces dernières semaines une vaste campagne de répression, qui s’est traduite par une vingtaine d’exécutions annoncées officiellement, des centaines d’interpellations, des condamnations de masse suivant des procès expéditifs et des exhibitions publiques de "terroristes". Pour de nombreux experts, dont certains universitaires chinois, cette politique risque d’exacerber encore plus les tensions.
Avec La Croix
