C'est une première en France. Les plus hautes autorités des six grandes religions du pays ont signé un texte dans lequel elles désapprouvent la tenue du débat sur la laïcité tel qu'il est proposé par le président de l'UMP Jean-François Copé et soutenu par le président Nicolas Sarkozy. Elles l'estiment bâclé et dangereux par les temps qui courent.
Créée en automne dernier, la toute nouvelle Conférence des responsables de culte en France vient effectivement de publier un texte dans lequel elle exprime clairement sa désapprobation quant à la tenue, ce 5 avril, d'un débat sur la laïcité et l'islam au siège de l'UMP. Catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes y appellent notamment "à ne pas dilapider ce précieux acquis qu'est la laïcité, et pendant cette période pré-électorale, à bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation". "
Même s'ils réfutent "tout esprit polémique et partisan", les représentants des cultes sont clairs: il faut renoncer à ce débat, car il est bâclé et dangereux par les temps qui courent. "Le devoir de ceux qui sont en 'responsabilité' consiste à éclairer le chemin et à élaborer des solutions conformes au bien de tous", écrivent-ils. "N'ajoutons pas de la confusion dans la période trouble que nous traversons." Ils s'interrogent également sur la pertinence de ce débat, vu le nombre considérable d'études, ouvrages, colloques et séminaires ayant abordé en long et en large cette problématique, ainsi que sur ses modalités d'organisation. "Un parti politique, fût-il majoritaire, est-il la bonne instance pour le conduire seul?" se demandent-ils.
Une stigmatisation de l'islam
En réalité, les responsables religieux n'ont pas attendu à la publication de ce texte pour s'exprimer à titre personnel au sujet de ce débat qui divise le monde politique français. Très vite, en effet, plusieurs représentants du culte musulman ont fait part de leur agacement, estimant que l'islam était trop discrédité par l'UMP. Un point de vue d'ailleurs largement partagé par le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante, pour qui on assisterait à une "stigmatisation" de l'islam "au service d'intérêts électoralistes".
Chez les catholiques, les prises de position officielles étaient également plutôt négatives. Lors d'une conférence de presse, le 23 mars dernier, le porte-parole des évêques, Mgr Bernard Podvin, a notamment fait part de sa "grande inquiétude" devant la montée du populisme en France. "Depuis le début, notre impression est que ce débat est comme trop marqué du sceau d'un calendrier électoral", a-t-il ajouté. "Nous ne comprenons pas pourquoi il doit être accéléré, étant donné la gravité du sujet. Nous n'éludons pas un débat sur la laïcité, mais celui-ci doit être porté par toute la société civile, et non un parti."
Vu le peu s'enthousiasme suscité par ce débat, ses ambitions ont été revues à la baisse: d'une journée complète, il est passé à une demi-journée d'échange entre quelques intervenants au siège du parti, qui devrait déboucher sur une "plateforme" de propositions en vue du projet présidentiel de 2012. Il est toutefois clair pour tout le monde que sans la participation des leaders religieux, le débat est d'ores et déjà vidé de sa substance. Un sale coup pour Nicolas Sarkozy et ses proches. (CtB/PA)
