Opinion : Quatre pistes concrètes pour orienter l’action pastorale aujourd’hui


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Opinion : Quatre pistes concrètes pour orienter l’action pastorale aujourd’hui
Par André DELBOSSE
Publié le
4 min

Jésus nous appelle à être missionnaires. Mais concrètement, comment faire? Diplômé en éthique à l’UCLouvain et ex-ingénieur d’usine, André Delbosse livre quatre pistes concrètes. Il nous invite à ancrer notre œuvre pastorale dans la recherche de la fraternité.

Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures" (Mc 16, 15). Il s’agit là de la mission de l’Eglise, donc de tous les chrétiens. Elle peut s’exercer en tous lieux, mais elle est organisée en particulier par les communautés paroissiales engagées à une "conversion missionnaire" et à un renouveau pastoral selon les indications de Vatican II et les recommandations du pape François. "L’Eglise veut s’adresser à tous les hommes, pas seulement aux chrétiens" (GS §2.1). Je m’interroge donc quant aux conditions qui peuvent favoriser les échanges et la réception fructueuse du message chrétien dans notre monde. Je formule l’hypothèse suivante: une action pastorale aura d’autant plus de chances de porter des fruits qu’elle s’appuiera à priori sur la réalité des besoins humains pour concevoir son projet ecclésial.

Je l’aborderai en rappelant quatre principes-cadres qu’il me semble important de prendre en compte de manière structurelle pour une pédagogie pastorale mise à jour.

Rencontrer la personne dans sa totalité

L’enjeu est ici de se situer dans la vie réelle, ordinaire. L’approche anthropologique devrait précéder le principe ecclésiologique. La personne que nous accueillons n’est pas d’abord une unité de plus dans les registres paroissiaux. L’Eglise institutionnelle est là pour l’homme, pas pour elle-même. La découverte et l’approfondissement de la relation à Dieu, de la vie chrétienne, passent par la sensibilité humaine et toute situation de vie peut être à l’origine d’une prise de conscience des limites humaines et d’un questionnement sur soi. Il est bon d’écouter et de partager les questionnements existentiels, ils demandent des réponses existentielles avant des réponses religieuses.

La parole est d’abord à la personne et lui faire place permet de laisser "germer" le questionnement religieux en l’accompagnant dans sa singularité, sans le "cadrer" d’emblée dans nos propres vues ou par un dogmatisme autoritaire. C’est là, à mes yeux, l’essentiel du travail pastoral. Cette mission d’accompagnement est exigeante, car l’agent pastoral doit renoncer à "diriger" et même envisager de modifier son point de vue en poursuivant sa propre recherche.

Joindre religieux et profane

La séparation entre la sphère religieuse et la sphère profane est aujourd’hui devenue plus étanche. Pourtant c’est dans sa vie quotidienne, ses activités profanes, que le chrétien doit témoigner de l’Evangile, faire des choix de vie, prendre des décisions. C’est pourquoi la fonction d’"enseignement" en pastorale ne peut se centrer sur un apprentissage de la doctrine et des rites qui serait désincarné, mais doit se rapporter aux réalités du monde. La formation chrétienne doit viser à rendre les fidèles capables de jugement personnel et à mettre en lien la vérité de foi chrétienne avec l’expérience humaine dans les différents domaines de la vie, comme l’estimait le théologien allemand Wolfhart Pannenberg.

Cela rejoint aussi ce que le pape François nous enseignait: "Dans la catéchèse, dans les homélies, nous devons enseigner aux enfants, aux jeunes et aux adultes, le discernement." Et encore, dans Fratelli tutti"Il est important que la catéchèse et la prédication incluent plus directement et clairement le sens social de l’existence..."

Unifier les fonctions pastorales

La mission paroissiale comprend trois fonctions: l’annonce, la célébration et le service charitable. Il me semble utile de rappeler que ces trois tâches ont une source commune et prennent toute leur valeur en étant réunies, en se réalisant ensemble, simultanément, si pas dans le temps, au moins dans l’intention, la volonté, la conscience. "Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre", écrivait Benoît XVI dans l’encyclique Deus caritas est.

Si on imagine chacune de ces fonctions réalisées isolément, sans lien avec les autres, alors chacune souffre d’un déficit de sens. On peut voir ici toute l’importance de concevoir des activités pastorales qui intègrent ces trois composantes d’un christianisme authentique. Et, sur le terrain, on observe que de telles rencontres sont très appréciées par les participants, en particulier lorsqu’elles sont intergénérationnelles.

Etre de vrais témoins

Les personnes auxquelles nous souhaitons annoncer l’Evangile ont besoin de témoignages authentiques. Aller vers elles, c’est d’abord les rencontrer dans la charité. C’est la fraternité qui révèle le mieux la présence de Dieu (Gaudium et Spes, 21, 5). Mieux: sans la fraternité nos pédagogies sont inopérantes.

André DELBOSSE


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