Roman : Ce qu’il faut perdre pour se sauver


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Roman : Ce qu’il faut perdre pour se sauver
Par Christel VISÉE
Publié le - Modifié le
2 min

Dans Feu saint Antoine, Bruno Messina propose à notre monde post-Covid l’histoire d’un médecin citadin parti vivre dans un village du Vercors. Un lieu où autrefois des moines-médecins pratiquaient l’amputation…

Saint-Antoine-l’Abbaye: c’est dans ce village du Vercors qu’Hugo choisit de s’établir. Épuisé de Paris où il a soigné les malades pendant toute la crise sanitaire, le médecin y retrouve Manon, qui a déserté il y a longtemps la fac. Hugo se passionne pour l’histoire de l’abbaye dont le village porte le nom. Elle a par le passé abrité des moines-médecins qui s’occupaient des malades d’une autre épidémie, une intoxication par un champignon (l’ergot) du seigle. Pour les guérir de ce "mal des ardents" ou "feu de Saint Antoine", les moines prescrivaient le pain blanc au froment, mais aussi… l’amputation des membres gangrenés, et l’invocation du saint.

Saint Antoine, dont l’abbaye abrite quelques reliques, devient le compagnon de route d’Hugo, qui s’improvise médecin de campagne pour divers maux quotidiens. Un saint dont on ne sait pas grand-chose, qui serait né en Égypte en 251 et, comme François à Assise, aurait abandonné ses biens aux plus pauvres avant de consacrer sa vie à Dieu. "Antoine est saint pour ce qu’il a été et non pas pour ce qu’il a fait. Toute sa vie, au contraire, a été passée à se défaire."
Se défaire: c’est aussi ce à quoi Hugo est appelé malgré lui à Saint-Antoine-l’Abbaye. Un jour, un patient différent se présente à son cabinet. Bechara, pianiste libanais, ne souffre d’aucun mal physique, mais il est rongé par une histoire traumatique. Il ne pense trouver la rédemption qu’à travers l’amputation. Ce nouvel ami fascinant poussera Hugo à suivre à sa façon la voie des moines du passé. Et il aura bien besoin dans sa quête d’un guide comme Antoine…

Fable écologique

Feu saint Antoine est avant tout une fable écologique contemporaine qui questionne le rapport de notre monde malade à la perte et à la guérison. A travers le récit et les réflexions de ce "citadin repenti", Bruno Messina renoue aussi avec une histoire où guérir peut encore procéder du miracle.
Ce roman à la fois léger, grave, lucide et réjouissant nous surprend jusqu’à la dernière page. Et il nous laisse finalement l’espoir de "nous défaire" pour guérir, "comme on gratte le gui, comme on coupe les branches, comme on libère d’un poison […] avant de repartir, renaissants et reconnaissants, continuant la route".

Christel VISÉE

Bruno Messina, Feu saint Antoine. Actes Sud, 2024, 256 pages

Catégorie : Culture

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