Livre : Dans l’antre du Diable


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Livre : Dans l’antre du Diable
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
2 min

Voilà un roman qui tient son lecteur en haleine. Au milieu de l'horreur du propos - des endroits où se construisent des bébés - quelques personnages attachants se détachent. La force de ceux-ci, leur candeur aussi, prêtent force à cette histoire rocambolesque.

On s'en souvient, les nazis étaient épris de la pureté de leur sang. Pour y parvenir, ils étaient prêts à tous les subterfuges, y compris la création de lieux dédiés à la fabrication de cette progéniture idéale. Des lieux où, même en pleine guerre, les génitrices étaient bien alimentées et épargnées des lourdes tâches domestiques. Au plus fort des combats, les instances nazies s'inquiétaient du contenu des assiettes servies aux femmes enceintes. Recevaient-elles suffisamment de vitamines ? Comme si de plus graves préoccupations n'étaient pas en jeu !

Ces lieux, appelons-les des pouponnières, étaient placés sous la responsabilité d'Henrich Himmler, haut-dignitaire nazi. Convaincu que "La maternité est la plus noble mission des femmes allemandes", le nazi n'a cessé d'encourager la procréation d'enfants au sang pur, "de la race des chevaliers nouveaux". L'enjeu n'était pas des moindres dans l'idéologie nazie, soucieuse de s'approvisionner en chair à canon estampillée sans souillure. Et puis, d'un point de vue pragmatique, "Le malheur, c'est qu'il n'y aura pas de maris pour vous toutes, nous avons perdu beaucoup de jeunes hommes, beaucoup des meilleurs. Mais vous pourrez toutes devenir mères, et dans les meilleures conditions", explique le docteur Ebner, responsable d'une maison pour mères et enfants.

En ce temps-là, les baptêmes étaient remplacés par des Bénédictions du Nom, des cérémonies au cours desquelles les adultes présents s'engageaient à "veiller à l'éducation de cet enfant dans l'esprit" de la communauté SS. L'entrée dans les églises était prohibée, tout comme étaient dissimulés les signes de croix et les mariages religieux en Pologne. L'ordre nazi prônait un culte païen, moins risqué pour lui que celui de la chrétienté.

Un trafic d'enfants

Parmi ces femmes se tient une jeune infirmière, rapidement montée en grade dans cette "grande famille" qu'est la pouponnière. Tout au long du roman, les interrogations d'Helga accompagnent la lente prise de conscience qui s'opère parmi le peuple allemand. "Mais les demandes d'adoption sont nombreuses, il faut donc, ces enfants adoptables, les trouver ailleurs. Ou les prendre ailleurs. Les voler. Pourquoi a-t-elle mis autant de temps à comprendre." L'ordre établi ne suscite pas la curiosité. Et puis, ouvrir les yeux ou poser un acte à contre-courant relève quelquefois de l'héroïsme…

"Le malheur et la solitude donnent aux contacts les plus fugaces une profondeur que le bonheur ne connaît pas." Ainsi se clôt la vie d'une jeune mère qui a perdu ses illusions.

Angélique TASIAUX

Caroline De Mulder, La pouponnière d'Himmler. Gallimard, 2024, 288 p.

Catégorie : Culture

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