Opération Calice : Le Conseil supérieur de la Justice n’a trouvé aucune preuve d’une ingérence de l’Eglise


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Opération Calice : Le Conseil supérieur de la Justice n’a trouvé aucune preuve d’une ingérence de l’Eglise
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Auditionné ce mardi matin par la commission d'enquête parlementaire sur les abus, le Conseil supérieur de la Justice a déclaré ne pas détenir de preuves de pressions de l’Eglise sur la Justice dans le cadre de l'opération Calice. Les évêques de Belgique ont réagi à l'annonce, demandant "que les accusations injustes cessent maintenant".

Ce mardi 16 avril, c'était au tour du Conseil supérieur de la Justice d'être entendu par la commission d'enquête parlementaire chargée d'enquêter sur le traitement des abus sexuels commis au sein et en dehors de l'Église. Devant les députés-membres de la commission, quatre orateurs du CSJ ont dévoilé le contenu de leur rapport consacré au dossier Calice. "Un rapport qu'on attend de pied ferme depuis longtemps" a déclaré la présidente de la commission, la N-VA Sophie De Wit, dans son mot d'introduction.

Première à s'exprimer, Hilde Melotte, présidente du Conseil supérieur de la Justice, a justifié la longue attente quant à la parution du rapport par la complexité de l'enquête. "Nous avons diligenté une enquête spéciale sur l'opération Calice. Pour ce faire, il nous a fallu analyser 104 fardes remplis de dossiers et entendre 35 personnes". Chaque farde faisant à peu près 500 pages, c'est donc pas moins de 50 000 pages qui ont été passées en revue par le groupe de travail "enquête spéciale Calice", mis en place par le CSJ.

Après un rappel des fondements juridiques et une chronologie des étapes-clés de l'opération Calice, Davy Jordens, président de ce groupe de travail, a pris la parole pour présenter en détail les six chapitres de leur rapport. Parmi ceux-ci, un chapitre portant sur une éventuelle ingérence de la part de l'Eglise dans la cadre de l'opération Calice.

"Nous ne pouvons ni prouver, ni exclure" une quelconque pression de l'Eglise

"Je n'ai jamais dû examiner un dossier aussi complexe", commence le magistrat.

Devant les députés, il affirme ensuite que, parmi les 35 personnes entendues au cours de l'enquête portant sur l'opération Calice, "aucun ne nous a dit qu'il ou elle avait été mis sous pression par l'Eglise." "Or, nous avons posé énormément de questions !" assure-t-il.

Davy Jordens, qui présidait cette enquête, n'a toutefois pas un avis tranché et définitif sur la question de l'ingérence de l'Eglise : "Il y a tout de même des indications qui montrent que, potentiellement, il aurait pu y avoir pression exercée par l'Eglise". Pour étayer son propos, il mentionne "une rencontre un mois d'août entre l'avocat du cardinal Danneels et des membres du parquet général de Bruxelles" bien qu'il ajoute dans la foulée "qu'on ne sait pas ce qu'il s'y est dit".

La deuxième indication qu'il cite c'est "le fait que le Ministre de la Justice a tout de même eu des coups de téléphone avec le procureur général à l'occasion des perquisitions". Davy Jordens fait là référence aux perquisitions - spectaculaires - menées en 2010 au domicile du cardinal Danneels, à Malines, et au palais archiépiscopal. Après avoir pris connaissance de ces perquisitions par le biais des médias, le Ministre de la Justice aurait été contacté par le Vatican, l'informant que certains dossiers s'y trouvant relevaient du secret diplomatique. Selon le représentant du CSJ, "le Ministre de la Justice a alors demandé d'être tenu au courant de toute initiative potentiellement prise par le procureur général". Deux indications sur lesquelles le magistrat s'avance "prudemment".

Au long de son enquête, Davy Jordens a entendu toutes sortes d'affirmations de part et d'autre, comme, par exemple, la présence de voitures de l'évêché sur la Place Poulaert, près du palais de Justice, durant l'enquête. Des allégations, des rumeurs que le groupe de travail n'a "pas pu confirmer" dans le cadre de l'enquête.

En conclusion, il estime qu'en ce qui concerne des potentielles pressions de l'Eglise dans ce dossier, le Conseil supérieur de la Justice "ne peut rien prouver, rien exclure". "Nous ne sommes pas un juge d'instruction, nous ne pouvons pas procéder à des écoutes, des perquisitions, à quoi que ce soit", justifie-t-il.

👉 Retrouvez ici le rapport du CSJ dans son intégralité

Le Conseil Supérieur de la Justice reviendra vendredi en commission pour un échange de vues avec les députés.

Les évêques de Belgique demandent un réquisitoire final rapide dans toute cette affaire

Dans un communiqué paru en marge de cette audition, les évêques de Belgique écrivent qu' "après une enquête très approfondie, le Conseil supérieur de la Justice a jugé qu'aucune influence ecclésiastique sur le tribunal dans le cadre de l'"Opération Calice" n'avait été prouvée".

"Ce faisant, le Conseil s'associe à la déclaration du parquet fédéral, qui avait déjà souligné dans un communiqué de presse détaillé à la fin du mois de septembre 2023 qu'il n'y avait pas eu d'ingérence de la part de l'Église", poursuivent-ils.

Pour rappel, le 24 juin 2010, dans le cadre de l'"opération Calice", les autorités judiciaires compétentes ont effectué un certain nombre de perquisitions, qui ont ensuite été déclarées illégales. "Bien entendu, l'Église a défendu ses intérêts légitimes par tous les moyens légaux", rappelle la conférence épiscopale. "Les évêques n'ont jamais refusé de coopérer pleinement à une enquête judiciaire. Le respect du cadre légal est en définitive au service de la recherche de la vérité."

Aujourd'hui, les évêques de Belgique demandent "que les accusations injustes cessent" et espèrent un réquisitoire final rapide dans toute cette affaire.

C.L.


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