“Les Ukrainiens croient en la liberté donnée par Dieu”: l’Eglise Gréco-Catholique Ukrainienne répond au pape


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“Les Ukrainiens croient en la liberté donnée par Dieu”: l’Eglise Gréco-Catholique Ukrainienne répond au pape
Mgr Sviatoslav Shevchuk, primat de l'Église grecque-catholique d'Ukraine et signataire de cette déclaration. © Олександр Гаврик, CC BY-SA 4.0
Par La rédaction
Publié le
4 min

"Les Ukrainiens ne peuvent pas se rendre, car pour eux reddition veut dire mort". Retrouvez ci-dessous la déclaration du Synode Permanent de l'Église gréco-catholique ukrainienne à la lumière de l'interview du Pape François réalisée par la Radio-Télévision Suisse.

Nous ne disposons pas encore de la version intégrale de l'interview accordée par le pape François à la RTS (Radio Télévision Suisse), qui ne sera apparemment publiée que le 20 mars. Selon le Bureau de presse du Saint-Siège, la référence au "drapeau blanc" dans l'interview est une invitation à la négociation et non à la reddition de l'Ukraine. Dans cet entretien, le Saint-Père parle non seulement de la guerre russe contre l'Ukraine, mais aussi de la guerre entre Israël et le Hamas. Comme il l'a fait à plusieurs reprises, le pape François appelle à un règlement négocié des conflits armés.

À cet égard, nous aimerions réfléchir non pas à la déclaration du pape, mais au point de vue des victimes de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Il est important de comprendre la position de la plupart des Ukrainien

👉 Lire à ce sujet : L’appel du pape François à hisser le “drapeau blanc” provoque l’ire de Kiev

"70 % de la population russe soutient la guerre, dont le patriarche Cyrille"

Pour quiconque se trouve sur le terrain en Ukraine, il est clair que les citoyens ukrainiens sont blessés mais indemnes, fatigués mais endurants. Les Ukrainiens ne peuvent pas se rendre, car pour eux reddition veut dire mort. Les intentions de Poutine et de la Russie sont claires et explicites. Elles ne sont pas le fait d'un seul individu : 70 % de la population russe soutient la guerre génocidaire contre l'Ukraine, tout comme le patriarche Cyrille et l'Église orthodoxe russe. Les objectifs exprimés s'articulent autour d'actions concrètes.

Dans l'esprit de Poutine, l'Ukraine, l'histoire ukrainienne, la langue ukrainienne et la vie religieuse ukrainienne indépendante n'existent pas. Tout ce qui touche à l'Ukraine est une construction idéologique qui doit être éradiquée. L'Ukraine n'est pas une réalité mais une simple "idéologie". L'idéologie de l'identité ukrainienne, selon Poutine, est "nazie".

"Toute occupation russe du territoire ukrainien conduit à l'éradication de l'Église catholique ukrainienne"

En qualifiant de "nazis" tous les Ukrainiens qui refusent d'être russes et d'accepter la domination russe, Poutine les déshumanise. Les nazis (ici les Ukrainiens) n'ont pas le droit d'exister. Ils doivent être anéantis, tués. Les crimes de guerre commis à Bucha, Irpin, Borodianka, Izium et dans d'autres lieux occupés par les forces russes ont montré aux Ukrainiens (et à toutes les personnes de bonne volonté) l'objectif clair de cette guerre : éliminer l'Ukraine et les Ukrainiens.

Il convient de mentionner que toute occupation russe du territoire ukrainien conduit à l'éradication de l'Église catholique ukrainienne, de toute Église orthodoxe ukrainienne indépendante, et à la suppression des autres religions et de toutes les institutions et expressions culturelles qui ne soutiennent pas l'hégémonie russe.

"Avec Poutine, il n'y aura pas de véritables négociations"

Les Ukrainiens vont continuer à se défendre. Ils estiment qu'ils n'ont pas d’autre choix. L'histoire récente a démontré qu'avec Poutine, il n'y aura pas de véritables négociations.

En 1994, l'Ukraine a négocié l'abandon de son arsenal nucléaire, qui était à l'époque le troisième au monde, plus important que celui de la France, du Royaume-Uni et de la Chine réunis. En contrepartie, l'Ukraine avait reçu des garanties de sécurité concernant son intégrité territoriale (y compris la Crimée) et son indépendance, que Poutine était tenu de respecter. Le mémorandum de Budapest de 1994, signé par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni, ne vaut pas le papier sur lequel il a été écrit. Il en sera de même pour tout accord "négocié" avec la Russie de Poutine.

Malgré les suggestions concernant la nécessité de négociations émanant de représentants de différents pays, y compris du Saint-Père lui-même, les Ukrainiens continueront à défendre la liberté et la dignité pour parvenir à une paix juste. Ils croient en la liberté et en la dignité humaine donnée par Dieu. Ils croient en la vérité, la vérité de Dieu. Ils sont convaincus que la vérité de Dieu prévaudra.

Les évêques du Synode permanent de l'Église Gréco-Catholique Ukrainienne, réunis aux États-Unis:

Sa Béatitude Sviatoslav,
Archevêque Majeur de Kyiv-Halych
Primat de l’EGCU

Son Excellence Mgr Borys Gudziak,
Archevêque catholique ukrainien et Métropolite de Philadelphie

Son Excellence Mgr Włodzimierz Juszczak,
Évêque de l’Éparchie de Wrocław–Koszalin

Son Excellence Mgr Bohdan Dzyurakh,
Exarque apostolique d’Allemagne et Scandinavie

Son Excellence Mgr Josaphat Moshchych
Évêque de Chernivtsi

10 Mars 2024

(Titre, chapô et intertitres de CathoBel)


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