Commentaire de l’évangile du 4e dimanche de Carême B : “Route de Carême avec Nicodème”


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Commentaire de l’évangile du 4e dimanche de Carême B : “Route de Carême avec Nicodème”
Par La rédaction
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L'évangile de ce dimanche (Jean 3, 14-21), intitulé "Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé", nous emmène sur la route du Carême…

Des comparaisons abruptes, des symboles disparates, et cette logique d’argumentation, tout sauf cartésienne... Pour certains chrétiens, scruter l’Evangile selon saint Jean peut être aride. C’est mon cas, j’avoue. Ce dimanche avec Nicodème (Jn 3), rude épreuve sur le chemin du Carême: avoir pour compagnon de route un homme qui semble lui aussi ne rien comprendre à ce que dit Jésus...

Nicodème avait entendu parler du Rabbi galiléen. En intellectuel consciencieux et ouvert, il désirait échanger avec lui sur de grandes et belles questions. Mais Jésus l’avait déstabilisé, avec parfois une pointe d’ironie, comme pour rajouter à ses interrogations. Très vite, le pauvre Nicodème n’a plus su où donner de la tête et du cœur. Si bien qu’à la fin de la rencontre – ce qui nous est lu aujourd'hui – Jésus parle seul, Nicodème est sans voix...

Scruter les Ecritures, c’est aussi rechercher quand saint Jean reparle de Nicodème. Deux fois. (Jn 7): les Pharisiens veulent la mort de Jésus; Nicodème prend sa défense; il se fait insulter. (Jn 19): le cadavre de Jésus pend sur la croix; certains osent le réclamer aux autorités pour lui rendre un dernier hommage; Nicodème est de ceux-là.

Ferme, audacieux, libre. Tel s’est révélé Nicodème. Le Seigneur lui avait parlé de vie perdue, de jugement. De ténèbres. Et peu à peu, tout endolori pourtant dans son intelligence, il est "venu à la lumière". A-t-il fini par tout comprendre? Sans doute pas, mais il s’est disposé à accueillir de plus en plus la vérité que Jésus avait souhaité lui dévoiler. Surtout, il a accepté que cette vérité ne soit pas une catégorie abstraite, qu’elle soit en lien mystérieux avec l’histoire et le corps de l’homme qu’il avait choisi d’écouter. Un jour, bafouant les préjugés de sa caste religieuse, il a regardé ce corps dressé sur un poteau, comme jadis dans le désert les Hébreux mordus par des serpents avaient regardé "le serpent élevé par Moïse". Comme eux, il a regardé la mort en face, et comme eux, il y a trouvé la vie.

Alors, finalement, quel bon compagnon de route, ce Nicodème! Ou plutôt: comme nous aimerions que son itinéraire soit le nôtre... Se laisser toucher par la personne et les actes de Jésus; l’écouter parler, dans le naufrage éventuel de son propre confort intellectuel; prendre parti pour lui contre la violence des puissants; ne pas se dérober à l’horreur du Golgotha... Vigoureux chemin de Carême, que cette ouverture progressive de l’intelligence et du cœur au mystère de la Croix... Aujourd'hui, les paroles de Jésus ne nous dévoilent encore qu’imparfaitement son secret d’amour et de mort vaincue? Soit. Mais le cheminement de Nicodème semble nous promettre leur fécondité, leurs fruits en nous de courage et de liberté, alors même que l’intellect n’y trouve pas son compte.

Dans quelques jours, nous lirons le récit du lavement des pieds. Cette fois, c’est un geste de Jésus qui reste énigmatique. Et il est dit à Pierre: "Plus tard, tu comprendras." C’est dans l’Evangile de Jean. (Jn 13)

Père Philippe ROBERT, s.j.

LECTURES DU JOUR

Lecture du deuxième livre des Chroniques 36, 14-16.19-23

"La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple"

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie: La terre sera dévastée et elle se reposera durant 70 ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés.

Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit –: "Ainsi parle Cyrus, roi de Perse: Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem!"

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Ephésiens 2, 4-10

"Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés"

Frères, Dieu est riche en miséricorde; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ: c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes: personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 3, 14-21

"Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé"

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème: "De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici: la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière: il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu."

Textes liturgiques : AELF, Paris


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