Les prêtres retraités, victimes d’une Eglise malade


Partager
Les prêtres retraités, victimes d’une Eglise malade
Par André FRIANT
Publié le
4 min

Lorsque les prêtres diocésains prennent leur retraite, ils rendent encore parfois des services auprès de communautés paroissiales. Ce faisant, ils peuvent être invités à maintenir un système en crise – tout en en subissant les douloureux effets. C’est la thèse que soutien André Friant, prêtre auxiliaire à Charleroi.

L’image du prêtre qui a soin (cure) de ses ouailles d’une seule paroisse est encore fort présente dans les mentalités. Elle est tout à fait inadaptée depuis plusieurs décennies. Quand ils furent nommés "par cumul" (et cumul, et en outre, et cumul encore), la vie, les tâches et la personnalité du prêtre ont bougé, plus que ce qu’on imagine. Outre l’augmentation des charges de gestion, le tissu de relations a éclaté. Le prêtre, comme modelé sur l’alliance du Christ et de son Eglise, a été forcé à la polygamie. De plus, ministre d’un culte de plus en plus formel auprès de chrétiens sociologiques, et enfermé par des pratiquants vieillissants, le poids de l’insignifiance, et parfois même du mépris, a pesé sur eux.
Bien sûr, des ouvertures et des tâches pastorales nouvelles sont arrivées. C’était cependant peu de choses par rapport au poids de tout le reste, d’autant que beaucoup de ces choses étaient fortement gangrénées par une autre maladie: la langue de bois.

Triste messe et messe triste

Renaissance, nouvelle évangélisation, cheminement… sont des mots qui résonnent dans toutes les têtes. Ils furent travaillés dans des commissions et documents qui faisaient l’effervescence des hautes sphères mais qui, en pratique, laissaient les piliers et les repères à la même place. On parlait et on ne voulait choquer personne. Ainsi, alignés sur les habitudes, tenant compte du poids énorme des personnes très âgées, on finit par se soumettre au dogme du "on ne quitte rien". Et tant pis si les choses sont vidées de leur sens… Le prêtre en pastorale est à la charnière de ces contradictions et il s’épuise. Oubliant qu’une triste messe est une messe triste, les responsables diocésains ne mesurent pas le poids de la réalité et ne voient pas que le défaitisme s’installe. Comment pourrait-on, dans ce cadre, imaginer des fins de carrière correctes? Elles sont, au contraire, catastrophiques – on recharge encore le vieux curé et il a des loisirs bien sombres: boucher les trous, pallier les manques, ressasser les problèmes.

Maintenir le système

La joie de l’Evangile, ce n’est pas pour nous, car ici, on cherche à maintenir le système. Le Seigneur veut rassembler ses enfants, la pastorale les disperse dans de petits clochers tristes et renfermés. Bien sûr, il y a des germes qui poussent, mais ils sont l’exception. Ailleurs, on ouvre de nouveaux passages – réflexion sur le choix de célébrations pour fêter la naissance d’un enfant, proposition de confirmation pour les parrains, catéchuménat des adultes, articulation messe des familles et communauté chrétienne, animations catéchétiques plus centrées sur les adultes, initiation et accompagnement mieux suivis d’enfants sans courir après un sacrement… Mais il faut remplacer un responsable d’Unité Pastorale de 70 ans. Le trou. Vite un super PDG-Doyen-deux U.P., oui, deux Unités pastorales pour un seul homme. Fini, les nouvelles perspectives d’évangélisation: retour au fonctionnement service public du culte, à la reproduction des modèles anciens. Avec moins de moyens et un souffle qui s’épuise. Dans ce contexte, le prêtre auxiliaire arrive pour renforcer ces défauts: on pourra garder une messe pour dix personnes, et, tant qu’on y est un mariage le Samedi saint puisque les gens veulent cette date. Et vite une messe du samedi soir pour soulager un confrère âgé qui en dit déjà deux – et tant pis pour la soirée avec les amis.

Des remèdes?

Les problèmes des prêtres qui partent à la retraite sont dus à la maladie de l’Eglise. Ils sont peut-être plus marquants parce que les retraités sont à la marge. Ce serait quand même plus tonifiant s’ils pouvaient accompagner les nouveaux passages, aérer la terre autour des nouvelles pousses… Les remèdes? Ils sont connus. En voici quelques-uns.
La foi, à demander et à redemander. La foi à la manière du père des croyants qui a quitté son pays, sa patrie. Cela peut prendre la forme de l’abandon du service public du culte et d’une religion à la mesure humaine.
Le regard vers Jésus-Christ, l’écoute de sa Parole dans l’humilité du partage.
Que les autorités écoutent les gens de terrains (et pas seulement les théoriciens en chambre).
La foi en la résurrection du Christ. Et, mieux: un appui sur lui seul. La foi au service de la charité qui aura la couleur d’une bienveillance envers tout homme – et aussi envers les lanceurs d’alerte et les vieux prêtres – et qui fera passer le souci de l’auto-préservation de l’Eglise loin derrière. Concrètement, oser quitter des petites paroisses, désacraliser quelques églises (notamment pour en aménager une convenable avec WC, accès PMR…). Développer un lieu source, offrir un jardin partagé, chercher de nouvelles collaborations avec des écoles, des mouvements de jeunesse…
Et cette affirmation de Christophe Théobald: "L’essentiel de l’attitude pastorale consiste à se rendre et à rester sensible aux ‘événements qui se produisent parmi nous’ (Lc 1,1) la plupart du temps à l’improviste."

André FRIANT

Catégorie : Opinions

Dans la même catégorie