Pacem in Terris : Réfléchir à la paix pour mieux dialoguer


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Pacem in Terris : Réfléchir à la paix pour mieux dialoguer
Par Angélique Tasiaux
Publié le
3 min

En avril 1963, en pleine guerre froide, le pape Jean XXIII signait l'encyclique Pacem in Terris (La paix sur la Terre). Soixante ans plus tard, la guerre est toujours présente sur la Terre. Comment construire la paix ? Lors d'une journée d'étude organisée par le Centre Universitaire Notre-Dame de Paix de l'Unamur, des spécialistes ont apporté des éléments de réponse.

L'encyclique "Pacem in Terris" au coeur de la réflexion.
© CathoBel/PG

En décidant d'organiser cette journée, "nous ne savions pas que le monde allait être confronté à un nouveau conflit, terrible et sanglant, impliquant de très nombreux civils innocents", précise Laura Rizzerio, philosophe et l'une des chevilles ouvrières de cette journée. "Mais cela s’est produit et la réflexion sur la paix devient de plus en plus urgente. Réfléchir sur la paix nous paraît une mission importante pour contribuer à la construction d’une société fraternelle."

Une réflexion d'autant plus complexe quand "les appels à la paix sont considérés comme des partis pris pour l'un ou l'autre camp", épingle Anne Castiaux, la rectrice de l'UNamur. Qui rappelle que même "des actes de charité peuvent être présentés comme du militantisme". "Comme par ricochet, la paix ne se tarit pas seulement dans les pays en guerre… La violence physique et verbale devient trop souvent l'unique moyen d'expression", renchérit Laura Rizzerio.

"Une charte chrétienne"

Six décennies après sa publication, l'encyclique Pacem in Terris s'avère inspirante. Publiée le 11 avril 1963 à la fin du pontificat du pape Jean XXIII, elle épingle des fondements préalables à la paix: la vérité, la justice, l'amour mutuel et la liberté, avec "une rigoureuse dénonciation de la course aux armements, source d'un gaspillage de ressources", comme le souligne le jésuite français Christian Mellon. Le monde venait alors de connaître l'effroi de la compétition nucléaire entre Russes et Américains, autour de l'île de Cuba. "Pacem in terris est une charte chrétienne des Droits de l'Homme. C'est le premier texte qui approuve la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) et en fait l'éloge", poursuit le jésuite. Dans le prolongement, la paix constitue encore le thème majeur du pontificat de François, estime, pour sa part, l'historien Jan De Volder, rappelant que François la considère carrément comme "la seule chose juste".

La sécurité ? Une question de liens !

Membre de la Commission Justice et Paix France et professeure à l'Institut Catholique de Paris, Cécile Dubernet a mis en exergue de multiples (et souvent discrètes) interventions civiles de paix. "A la demande d'organisations locales, c'est l'envoi d'équipes non armées et formées à l'analyse des conflits, aux enjeux de sécurité, à l'observation, à l'accompagnement, à la médiation de proximité, à l'interposition sur des terrains de conflits." Et de souligner que les membres de ces équipes ne sont dotés d'aucun appui militaire, leur présence constituant leur unique ressource. Dès lors, leur sécurité est intimement liée à l'analyse des menaces, que ce soit par le biais de leur réseau ou de leurs propres perceptions. Ces initiatives se déploient depuis 40 ans, notamment en Amérique centrale, au Nicaragua et au Guatemala, mais aussi en Palestine, au Sud-Soudan… "Les communautés religieuses bénéficient souvent localement de la confiance, ce qui manque souvent aux acteurs humanitaires", constate encore Cécile Dubernet. "Ce travail nous engage à repenser la sécurité comme une question de liens. Nous en sommes tous les acteurs. Pourtant, on entend seulement parler des acteurs de paix quand il y a des morts…"

Angélique TASIAUX

Catégorie : Belgique

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