Abus dans l’Eglise : “Je sais déjà ce que je vais mettre dans la lettre au pape”, informe Mgr Harpigny


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Abus dans l’Eglise : “Je sais déjà ce que je vais mettre dans la lettre au pape”, informe Mgr Harpigny
© Capture d'écran RTBF
Par Clément Laloyaux
Publié le
5 min

Sur le plateau de l'émission de la RTBF QR Le Débat, qui faisait suite à la diffusion du documentaire Godvergeten, Guy Harpigny s'est engagé à écrire une lettre au pape pour lui demander d'agir sur la question des abus dans l'Eglise. "Il en est qui n’ont pas encore compris que c’était grave", a affirmé l'évêque référendaire francophone pour les abus pour motiver son geste. Quel sera le contenu de cette lettre ? Qu'attend-il de la commission d'enquête parlementaire ? Mgr Harpigny nous répond.

Guy Harpigny s’est engagé à écrire au pape à titre personnel pour lui demander d’agir. © Capture d'écran RTBF

Ce mercredi soir étaient rediffusés sur La Une les deux premiers épisodes du documentaire de la VRT "Godvergeten – Les oubliés de Dieu". Un programme qui a profondément marqué la Flandre en raison des témoignages forts, émouvants et sans détour partagés par les victimes d'abus et leurs familles. Un programme qui a également initié la mise sur pied d'une commission spéciale en Flandre et d'une commission d'enquête parlementaire au niveau fédéral.

En seconde partie de soirée, la RTBF avait organisé un débat réunissant victimes d'abus, deux députés membres de la commission d'enquête et l'Eglise catholique de Belgique. Celle-ci était représentée par Emmanuel de Ruyver, curé à Ixelles, Christine François, responsable du point de contact du diocèse de Liège et Mgr Harpigny, évêque référendaire francophone pour les abus.

Tout en reconnaissant les souffrances, passées et actuelles, des victimes d'abus au sein de l'Eglise, ils ont tenu à rappeler le profond travail de prévention et d’accompagnement mis en oeuvre par l'Eglise de Belgique ces 25 dernières années, ainsi que les nombreux engagements pris par les évêques sur base des recommandations de la commission "abus" de 2010.

Si, pour l'évêque de Tournai, "beaucoup se sentent responsables dans l’Eglise catholique", il pense néanmoins qu' "il en est qui n’ont pas encore compris que c’était grave : ils se disent que ce n’est pas de leur temps". "Je ne peux par contre pas donner de nom ici et je n’ai pas le pouvoir de les exclure", a-t-il poursuivi, "mais si je l’avais, je rencontrerais ces gens pour leur dire". Un peu plus tard dans l'émission, l'animateur du débat, Sacha Daout, a demandé à Guy Harpigny s'il serait d'accord, à titre personnel, d'écrire au pape "pour lui dire qu'il est temps d'agir" ? "Ça, je peux le faire", a répondu l'évêque, puis s'est engagé à le faire.

Le débat est à retrouver sur la plateforme RTBF Auvio (Partie 1 et Partie 2)

Lire aussi : « Je peux vous l’affirmer, aujourd’hui, on ne déplace plus un abuseur »: la réaction de Tommy Scholtes à la diffusion de Godvergeten

Interview de Mgr Harpigny : "Dans l’Eglise universelle, il y a toujours des choses qui ne vont pas !"

Monseigneur, quel est votre ressenti général quant au débat auquel vous avez participé hier ?

Je trouvais que c’était très bien. Sacha Daout a bien fait ça. Il a laissé parler les gens. Les victimes ont pu s’exprimer. Les autres aussi donc c’était très bien.

Le débat portait sur des violences perpétrées dans le passé, mais également sur des possibles abus commis aujourd’hui dans l’Eglise. Vous pensez que tout n’est pas fini ?

Je crois qu’il y en a encore. Il y a toujours des abus. Ce n’est pas terminé. Mais moi, quand je pense "Eglise", je ne pense pas seulement la rue dans laquelle j’habite, je pense à la planète entière. Et donc, dans l’Eglise universelle, il y a toujours des choses qui ne vont pas. Ça dépend des continents, des pays, des responsables locaux… Tous ceux qui ont été abusés ne se manifestent pas. Moi, je pense qu’il y a encore beaucoup de gens qui peuvent se manifester.

Sur invitation du présentateur Sacha Daout, vous vous êtes engagé, à titre personnel, à écrire une lettre au pape pour lui demander d’agir.

Je vais le faire, bien entendu. C’est intervenu dans le débat lorsque j’ai dit que je n’étais pas persuadé que tout le monde prenait ça au sérieux, cette question des abus. Il y a encore des situations où les responsables ne réagissent pas, ici en Belgique. Je n’ai pas voulu donner de noms car on m’aurait attaqué pour diffamation. Le présentateur m’a alors demandé : "Qui pourrait les faire partir ?" Théoriquement, pour les évêques, c’est le pape. Pour les prêtres, ça se décide au niveau des évêques.

Avez-vous déjà une idée des grandes lignes que comporteront votre lettre ? 

Elle n’est pas encore écrite, mais je sais déjà ce que je vais y mettre. Je compte d’abord revenir sur les émissions qui ont été diffusées en Flandre, et maintenant en Wallonie. Expliquer que des victimes osent parler, qu’il y a une commission d’enquête au niveau fédéral, une commission spéciale en Flandre. Il y en aura peut-être une en Wallonie, c’est ce que j’ai appris hier. Ça vaut la peine de rappeler à tous ceux qui ont une responsabilité dans l’Eglise de prendre ça au sérieux. Et quand il y a une situation qui se présente, de prendre des mesures effectives. Pas simplement attendre, attendre, attendre…

Qu’attendez-vous réellement de la commission d’enquête parlementaire ? 

J’espère que la commission d’enquête fera vraiment des propositions qui peuvent être bonnes pour tout le monde. Evidemment, concernant les abus sexuels dans l’Eglise, c’est évident. Mais il y en a aussi ailleurs, dans d’autres domaines. Et j’espère qu’en regardant plus largement, l’on pourra créer des institutions, ou bien utiliser des institutions qui existent maintenant, pour aider les victimes à s’en sortir. Dans toutes les couches de la société. 

️ Mgr Harpigny était également l'invité du 16/17, ce 30 novembre, sur 1RCF Belgique :

Clément Laloyaux (avec RTBF)


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