Synthèse du synode: vers une Église ouverte à tous et proche d’un monde blessé


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Synthèse du synode: vers une Église ouverte à tous et proche d’un monde blessé
Dernier jour de travail pour l'Assemblée synodale
Par La rédaction
Publié le
14 min

Paragraphe par paragraphe, les participants de la 16e Assemblée générale du Synode sur la Synodalité ont voté le rapport de synthèse de leurs travaux ce samedi 28 octobre. Ce document de 40 pages aborde des sujets tels que le rôle des femmes et des laïcs, le ministère des évêques, le sacerdoce et le diaconat, l'importance des pauvres et des migrants, la mission numérique, l'œcuménisme ou les abus.

Dernier jour de travail pour l'Assemblée synodale, samedi 28 octobre. (Vatican Media)

Il y a eu débat, mais, se félicite le Cardinal Hollerich lors d’une conférence de presse organisée peu après la diffusion du rapport en italien, la totalité des 273 paragraphes ont été votés à la majorité des deux tiers par les 344 membres du Synode présents dans la salle, dont des laïcs hommes et femmes. Il faut dire que les sujets ne faisaient pas l'unanimité entre les courants d'Eglise.

Les femmes et les laïcs, le diaconat, le ministère et le Magistère, la paix et le climat, les pauvres et les migrants, l'œcuménisme et l'identité, les nouveaux langages et les structures renouvelées, les anciennes et les nouvelles missions (y compris numériques), l'écoute de tous et l'approfondissement, même sur les questions les plus «controversées»... Le rapport de synthèse approuvé et publié samedi 28 octobre par la 16e Assemblée générale du Synode sur la Synodalité porte un regard renouvelé sur le monde, l'Église et leurs exigences. Après quatre semaines de travaux, commencés le 4 octobre dans la salle Paul VI, l'événement ecclésial conclut en cette fin octobre sa première session au Vatican.

Ecouter le cri des pauvres

Ce document d’une quarantaine de pages (disponible ici en italien) est le résultat du travail de l'assemblée qui «s'est déroulée alors que des guerres anciennes et nouvelles font rage dans le monde, avec le drame absurde d'innombrables victimes».

«Le cri des pauvres, de ceux qui sont contraints d'émigrer, de ceux qui souffrent de la violence ou des conséquences dévastatrices des changements climatiques a retenti parmi nous, non seulement à travers les médias, mais aussi à travers les voix de nombreux individus, impliqués personnellement avec leurs familles et leurs peuples dans ces événements tragiques», peut-on lire dans le document (avant-propos).

À ce défi et à bien d'autres, l'Église universelle a tenté d'apporter une réponse dans les cercles mineurs et dans les discours tout au long de ce mois d’octobre. Le tout a été rassemblé dans le rapport de synthèse, divisé en trois parties, qui trace la voie pour le travail à accomplir lors de la deuxième session en 2024.

Quel visage prend l'Eglise synodale ?

La synodalité est un premier pas. Un terme qui, de l'aveu même des participants au Synode, est «inconnu de nombreux membres du Peuple de Dieu» et «suscite confusion et inquiétude chez certains» (1 f), chez ceux qui craignent une rupture avec la tradition, un affaiblissement de la nature hiérarchique de l'Église (1 g), une perte de pouvoir ou, au contraire, l'immobilisme et le manque de courage pour le changement.

«Synodal» et «synodalité» sont plutôt des termes qui «indiquent une manière d'être Église qui articule communion, mission et participation». Et donc une manière de vivre l'Église, de valoriser les différences et de développer l'implication active de tous. En partant des prêtres et des évêques, «une Église synodale ne peut se passer de leur voix» (1 n), peut-on lire, «Il faut comprendre les raisons de la résistance de certains d'entre eux à la synodalité».

Lire aussi la Lettre au Peuple de Dieu publiée le 25 octobre dernier

Les pauvres au centre de la mission

Le rapport consacre une large place aux pauvres, qui demandent à l'Église un «amour» entendu comme «respect, acceptation et reconnaissance» (4 a).«Pour l'Église, l'option préférentielle pour les pauvres et les laissés-pour-compte est une catégorie théologique avant d'être une catégorie culturelle, sociologique, politique ou philosophique» (4 b), rappelle le document, qui identifie également comme pauvres les migrants, les autochtones, les victimes de la violence, des abus (en particulier les femmes), du racisme et de la traite, les personnes dépendantes, les minorités, les personnes âgées abandonnées, les travailleurs exploités (4 c).

«Les plus vulnérables d'entre les vulnérables, pour lesquels un plaidoyer constant est nécessaire, sont les enfants dans le ventre de leur mère», lit-on dans le texte approuvé par l’Assemblée, qui se dit «consciente du cri des nouveaux pauvres» engendrés par les guerres et le terrorisme, ainsi que par les «systèmes politiques et économiques corrompus».

De la question de la place des femmes...

C’est la question qui aura sans doute été la plus débattue par les pères et mères synodaux. Près de 20% d’entre eux (69 sur 277) se sont par exemple opposés à l’article mentionnant des «positions diverses concernant l’accès des femmes au ministère diaconal». Au fil du document, l’assemblée se demande comment l’Église pourrait «insérer plus de femmes dans les rôles et les ministères existants», et, «s’il faut de nouveaux ministères, à qui revient le discernement, à quel niveau et selon quelles modalités?».

Conscients qu’il s’agit là d’un des grands enjeux de ce synode qui a fait remonter les préoccupations de fidèles du monde entier, les membres souhaitent «garantir que les femmes puissent participer aux processus décisionnels et assumer des rôles de responsabilité dans la pastorale et dans le ministère». Quitte à «adapter le droit canon en conséquence», écrivent-ils.

Découle le sujet du diaconat féminin

Sur le sujet brûlant du diaconat féminin, l’assemblée est partagée entre ceux qui considèrent que ce serait «inacceptable car en discontinuité avec la Tradition», ceux qui estiment que cela «rétablirait une pratique de l’Église des origines», ou encore ceux qui y voient «une réponse appropriée et nécessaire aux signes des temps». D’autres enfin craignent «une dangereuse confusion anthropologique, où l’Église s’aliénerait à l’esprit du temps».
Parmi les propositions concrètes, le document souhaite que «l’on poursuive la recherche théologique» sur cette question, en s’appuyant notamment sur les résultats des commissions instituées par le pape en 2016 puis 2020, ainsi que des recherches théologiques, historiques et exégétiques déjà réalisées. Ils souhaitent que les résultats soient présentés à la prochaine session de l’assemblée, laissant entendre que ce chantier pourrait donc avancer.

Enfin, d’autres demandes en faveur des femmes sont soulevées: mettre fin aux «rémunérations iniques» en particulier imposées aux consacrées, l’utilisation d’un langage qui souligne l’égalité entre hommes et femmes dans les textes liturgiques et les documents de l’Église, la participation de femmes comme «juges dans tous les procès canoniques» ou encore la présence des femmes formatrices dans les séminaristes.

Des laïcs prédicateurs et un ministère pour les couples mariés?

Le Synode plaide pour «une plus grande créativité dans l’institution de ministères sur la base des exigences locales». Il suggère d’élargir les charges du ministère de lecteur – que le pape François a ouvert aux femmes en janvier 2021 –, qui pourrait devenir «un véritable ministère de la Parole de Dieu» pouvant inclure «la prédication».

En outre, les pères et mères synodaux envisagent un nouveau ministère dont les couples mariés pourraient être investis, afin de «soutenir la vie familiale» et «accompagner les personnes qui se préparent au sacrement du mariage».

Un ministère de l’écoute des personnes se sentant exclues de l’Église

Les membres du Synode étaient attendus sur la question sensible de l’accompagnement des personnes homosexuelles notamment. Selon les informations recueillies par Cath.ch, le terme «LGBTQ+» faisait partie de la première mouture, mais n’a pas été retenu dans le rapport final.

Les membres ont parlé plus généralement des «personnes qui se sentent marginalisées ou exclues de l’Église en raison de leur situation matrimoniale, de leur identité et de leur sexualité [et qui] demandent également à être entendues et accompagnées, et à ce que leur dignité soit défendue».

Ils assurent que «l’écoute requiert un accueil inconditionnel» mais précisent immédiatement que cela ne signifie pas renoncer à la «clarté dans la présentation du message de Salut de l’Évangile, ni approuver une opinion ou une position».

Les pères et mères synodaux proposent «d’instituer un ministère de l’écoute et de l’accompagnement fondé sur le baptême, adapté aux différents contextes». Le document ne fait aucune mention de possibilité de bénédictions pour les couples de même sexe, une demande qui avait été portée par le chemin synodal allemand notamment.

Engagement des croyants en politique et pour le bien commun

Pour tenir compte de l'ancrage envers les pauvres, l'Église est invitée à s'engager à la fois dans la «dénonciation publique des injustices» perpétrées par les individus, les gouvernements, les entreprises, et dans l'engagement actif en politique, dans les associations, les syndicats, et les mouvements populaires (4g). Sans négliger l'action consolidée de l'Église dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'assistance sociale, «sans aucune discrimination ni exclusion de qui que ce soit» (4 k).

La synthèse du synode met aussi l'accent sur les migrants et les réfugiés, «dont beaucoup portent les blessures du déracinement, de la guerre et de la violence». Ils «deviennent une source de renouveau et d'enrichissement pour les communautés qui les accueillent et une occasion d'établir un lien direct avec des Églises géographiquement éloignées» (5 d). Face aux attitudes de plus en plus hostiles à leur égard, le Synode invite «à pratiquer un accueil ouvert, à les accompagner dans la construction d'un nouveau projet de vie et à bâtir une véritable communion interculturelle entre les peuples».

Dans ce sens, le «respect des traditions liturgiques et des pratiques religieuses», ainsi que le langage, sont fondamentaux. Par exemple, un mot comme «mission», dans ces contextes où «l'annonce de l'Évangile a été associée à la colonisation et même au génocide», est chargé d'un «héritage historique douloureux» et entrave la communion (5 e). «Évangéliser dans ces contextes exige de reconnaître les erreurs commises et d'apprendre une nouvelle sensibilité à ces questions», affirme le document.

Lutte contre le racisme et la xénophobie

L'Église doit faire preuve d'un engagement et d'une attention équivalents «dans l'éducation à une culture de dialogue et de rencontre, en luttant contre le racisme et la xénophobie, en particulier dans les programmes de formation pastorale» (5 p). Il est également urgent «d'identifier les systèmes qui créent ou maintiennent l'injustice raciale dans l'Église, et de les combattre» (5 q).

Toujours sur le thème des migrations, l’Assemblée synodale se tourne vers l'Europe de l'Est et les récents conflits qui ont provoqué l'afflux de nombreux fidèles de l'Orient catholique vers les territoires à majorité latine. «Il est nécessaire, demandent les pères et mères du Synode, que les Églises locales de rite latin, au nom de la synodalité, aident les fidèles orientaux qui ont émigré à préserver leur identité», sans subir de «processus d'assimilation» (6c).

Sur le chemin de l'unité des chrétiens

En ce qui concerne l'œcuménisme, le rapport parle d'un «renouveau spirituel» qui requiert des «processus de repentance» et de «guérison de la mémoire» (7c); il cite ensuite l'expression du Pape d'un «œcuménisme du sang», c'est-à-dire «des chrétiens de différentes appartenances qui donnent ensemble leur vie pour la foi dans le Christ» (7d) et il relance la proposition d'un martyrologe œcuménique (7o). Le rapport réaffirme également que la «collaboration entre tous les chrétiens» est une ressource «pour guérir la culture de la haine, de la division et de la guerre qui dresse les groupes, les peuples et les nations les uns contre les autres». Il n'oublie pas la question des mariages dits mixtes, qui sont des réalités dans lesquelles «nous pouvons nous évangéliser mutuellement» (7 f).

Les évêques bien entourés et conseillés

Le Synode souhaite rendre obligatoires le «conseil épiscopal», composé des vicaires généraux et des vicaires épiscopaux, ainsi que le «conseil pastoral» censé représenter tout le diocèse en mêlant clercs, religieux et laïcs. De même, il réclame que «des structures et des processus» puissent être mis en place pour la vérification régulière du travail de l’évêque, en ce qui concerne le style de son autorité, l’administration financière des biens du diocèse, le fonctionnement des organes participatifs et la protection contre tout type d’abus.
«Une culture de la responsabilité fait partie intégrante d’une Église synodale qui promeut la coresponsabilité et constitue une garantie possible contre les abus», insistent-ils.

En expliquant que l’évêque vit «une surcharge d’engagements administratifs et juridiques» et doit affronter «une crise de son autorité» dans les sociétés sécularisées, le rapport rappelle que «la question délicate de la gestion des abus pose de nombreux évêques face à la difficulté de concilier le rôle de père et celui de juge». Le texte invite à «évaluer l’opportunité de confier la responsabilité judiciaire à une autre instance, à préciser canoniquement».

La sélection des évêques révisée, le travail des nonces évalué

«L’Assemblée appelle à une révision des critères de sélection des candidats à l’épiscopat, en équilibrant l’autorité du nonce apostolique et la participation de la conférence épiscopale», écrivent les membres du Synode, alors que le travail des «ambassadeurs du pape” dans le monde est jugé parfois trop opaque.
Le Synode plaide pour une consultation plus large pour le choix des évêques, «en écoutant un plus grand nombre de laïcs, hommes et femmes, consacrés et non consacrés, et en veillant à éviter les pressions inappropriées».

Par ailleurs, une courte proposition pourrait impliquer un vaste changement de culture au sein de la diplomatie vaticane si la mesure voyait le jour. Les membres jugent «opportun de prévoir des formes d’évaluation du travail des représentants pontificaux par les Églises locales des pays où ils accomplissent leur mission, afin de faciliter et de perfectionner leur service ». Actuellement, les nonces apostoliques ne rendent de comptes qu’à Rome.

Vers un renforcement des conférences épiscopales

Reprenant un thème abordé par le pape François dès le début de son pontificat, le rapport appelle à un «approfondissement de la nature doctrinale et juridique des conférences épiscopales, en reconnaissant la possibilité d’une action collégiale aussi par rapport à des questions de doctrine qui émergent au niveau local».
Certains sujets pourraient être pris en charge au niveau continental. Un exemple concret d’attribution thématique concerne le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), invité à «promouvoir un discernement théologique et pastoral sur le thème de la polygamie et sur l’accompagnement des personnes en unions polygames qui se rapprochent de la foi». Cette question très spécifique et complexe a suscité 43 oppositions.

La richesse des prêtres et la question du célibat

La question de «l’obligation disciplinaire» du célibat des prêtres est soulevée, surtout concernant les régions où «les contextes ecclésiaux et culturels la rendent plus difficile». Ce thème «demande d’être ultérieurement repris», est-il indiqué. Avec 55 votes contre, cette question a été l’une des moins consensuelles parmi les participants au Synode.

Le rapport souligne toutefois «la valeur chargée de prophétie et le témoignage de conformation au Christ» apporté par le célibat sacerdotal. Il exprime la «gratitude» des participants au Synode à l’égard des diacres et des prêtres, « qui peuvent expérimenter solitude et isolement». Il est demandé aux communautés chrétiennes de les soutenir par «la prière, l’amitié, la collaboration». Au sujet des diacres, les membres invitent à faire une évaluation sur la mise en œuvre de ce ministère après le Concile Vatican II.

Le document insiste sur l’importance de la lutte contre le «cléricalisme», fruit d’un «malentendu» conduisant à vivre le sacerdoce comme «un privilège» plus que comme un «service». La formation du clergé doit donc «éviter les risques du formalisme et de l’idéologie qui amènent à des attitudes autoritaires et empêchent une vraie croissance vocationnelle».

Rendre l’eucharistie compréhensible par les cultures locales

Le rapport de synthèse rappelle que «la célébration de l’eucharistie, surtout le dimanche, est la première et fondamentale forme avec laquelle le Saint Peuple de Dieu se réunit et se rencontre». Cette expérience relie plusieurs dimensions: «unité de l’Église et multiplicité des communautés chrétiennes; unité du mystère sacramentel et variété des traditions liturgiques; unité de la célébration et diversité des vocations, des charismes et des ministères».
Dans la lignée du Synode de 2019 sur l’Amazonie est rappelée l’importance de «rendre le langage liturgique plus accessible aux fidèles et plus incarné dans la diversité des cultures», en donnant plus de responsabilités aux conférences épiscopales pour proposer des adaptations locales, sans pour autant «mettre en discussion la continuité avec la tradition». Le rapport souligne aussi la valeur des simples célébrations de la Parole et de la piété populaire, notamment la dévotion mariale.

Des assemblées continentales pérennes

Le rapport se penche sur les différents modèles d’assemblée expérimentés ces dernières années, mentionnant notamment «la première Assemblée ecclésiale d’Amérique latine et des Caraïbes», «les organismes du Peuple de Dieu au Brésil», ou encore «le Concile plénier australien», mais aucune mention n’est faite du Chemin synodal allemand.

Le rapport soulève par ailleurs la nécessité d’une «configuration canonique» des assemblées continentales afin d’intégrer «la variété du peuple fidèle de Dieu». Les organismes de coordination entre évêques de différents pays sont également encouragés, avec par exemple la création de provinces ecclésiastiques internationales.

La synodalité, un programme chargé pour l’avenir

En vue de la seconde session prévue en octobre 2024, le Synode – dont la composition devrait être la même – propose l’institution d’une «commission intercontinentale de théologiens et de canonistes» afin d’éclaircir «les implications de la synodalité» en termes de droit canonique.
Est aussi souhaité de poursuivre un discernement communautaire sur « les questions doctrinales, pastorales et éthiques qui sont controversées». Un programme chargé pour les 11 mois à venir, que les organisateurs du Synode comptent bien tenir, car «la perspective synodale représente l’avenir de l’Église», affirme la synthèse.

(avec Vatican News et Cath.ch)

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