Mgr Kockerols : “La résurrection signifie que la mort n’a pas le dernier mot”


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Mgr Kockerols : “La résurrection signifie que la mort n’a pas le dernier mot”
Mgr Jean Kockerols
Par Christophe Herinckx
Publié le - Modifié le
8 min

A l’occasion de la fête de Pâques, Mgr Jean Kockerols est l'invité de l'émission "En quête de sens - Il était une foi", sur la Une, ce dimanche 9 avril (9h20). Pour Cathobel, il revient sur ce qui fait le cœur de la foi chrétienne: la résurrection du Christ. Pour l’évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, il s’agit de l’événement bien réel de Dieu qui surgit dans l’histoire pour apporter une vie nouvelle à l’humanité, à travers ses épreuves.

Ce dimanche 9 avril, tous les catholiques fêtent Pâques partout dans le monde. Célébrée chaque année au printemps, Pâques est d’abord une fête israélite – et avant cela sans doute païenne, célébrant les premières semailles, les premières naissances du cheptel, la vie tout simplement… Moins populaire que Noël, cette fête est cependant la plus importante de l’année pour toutes et celles et ceux qui croient en Jésus Christ.

Mgr Kockerols, pourquoi Pâques est-elle la fête la plus importante pour les chrétiens?

Pâques est le cœur de notre foi. Comme le dit saint Paul dans une de ses lettres, si Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi. C’est la clé de voûte. C’est au départ de cet événement incroyable que l’Eglise s’est construite et a annoncé le message de la Bonne Nouvelle. Et toute la vie de Jésus, tout ce qui nous est relaté dans les évangiles est, en réalité, une préparation à ce mystère inouï, incroyable. La résurrection du Christ signifie que la mort n’a pas le dernier mot.

Comment croire à cet incroyable? Ne faut-il pas comprendre la résurrection de manière "symbolique", ou est-elle une réalité "physique", un événement historique?

Il y a effectivement un acte de foi à poser. La résurrection est un événement unique: il ne s’est jamais produit avant, ni après dans l’histoire. C’est pour cela qu’il est très difficile à décrire. On voit combien les évangiles ont du mal à dépeindre l’événement, mais il est effectivement là et les rédacteurs y croient. Je n’utiliserais pas le mot de "symbole" ou celui de "symbolique", parce qu’ils sont piégés. Il est un peu facile de dire que la résurrection n’est que symbolique, et donc qu’elle ne serait pas réelle. Non, c’est un événement réel, mais qui est en même temps au-delà de l’Histoire.

La résurrection du Christ, c’est Dieu qui surgit dans l’histoire humaine?

Oui, Dieu surgit dans l’Histoire avec l’envoi de son Fils, et toute la vie du Christ est une lente montée vers Jérusalem. Vers sa mort – parce qu’il n’y a pas de Dimanche de Pâques sans Vendredi saint –, vers sa descente aux enfers, comme le dit l’une des professions de foi, vers ce mystère de Dieu qui descend jusqu’au plus bas, dans le mystère de la mort, pour en surgir comme le Vivant.

Que s’est-il passé exactement lors de cette résurrection? Jésus est revenu à la vie?

Ce serait trop facile de dire qu’il est revenu à la vie. Les évangélistes essayent de trouver les mots: il a été "réveillé", il a été "relevé", "glorifié". Le fin fond de ce qu’on essaie de dire, pour pouvoir y adhérer dans la foi, c’est que Jésus n’est pas resté prisonnier du non-sens, de la mort, de l’absurde. Les évangiles témoignent de cette conviction profonde que le Christ est le premier à signifier cela, et que nous sommes entraînés dans cette réalité selon laquelle la mort, mais aussi le mal, la souffrance, la peine, n’auront plus jamais le dernier mot. C’est cela le cœur de la foi chrétienne, qui fonde l’espérance chrétienne. Si la mort n’a pas le dernier mot, nous pouvons continuer à espérer.

On dit que le Christ est mort "pour nous". Comment comprendre cet aspect de la foi chrétienne?

"Il est mort pour nous" est un sujet fort controversé chez les théologiens, qui essaient d’expliquer ce "pour" nous. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que, si nous y adhérons dans la foi, nous sommes appelés à faire nôtre ce mystère de mort et de résurrection. Et que, s’il est mort pour nous, il est ressuscité pour nous. Il fait de nous des vivants – c’est la phrase magnifique de saint Paul qu'on entend dans la nuit de Pâques –, des vivants pour Dieu, en Jésus Christ. Il est mort pour nous, pour nous sortir de ce mystère qui nous accable, dès les premiers jours de notre vie: nous sommes des "êtres pour la mort". Mais Dieu veut transfigurer cela en "êtres pour la vie".

Saint Paul écrit aussi que, par le baptême, nous avons été plongés dans la mort avec le Christ, pour que nous vivions une vie nouvelle à l’image du ressuscité. En quoi consiste concrètement cette vie nouvelle?

C’est une affaire de tous les jours, de chaque instant de notre vie. La souffrance, la peine, nous accablent encore, nous environnent. Mais en tant que chrétien, je sais que Christ est vainqueur de tout cela, et qu’il ne veut pas que cela m’accable jusqu’au bout, que cela m’empêche de vivre. Au contraire, il veut que je sois un témoin de la vie à travers tout cela. Et cela passe par tant de réalités. Je pense à une réalité fondamentale de notre vie de chrétien: le pardon. Celui-ci n’est pensable que si nous avons cette espérance et que nous croyons en la vie. Le pardon nous donne une espérance par rapport à tout ce qui nous semble sans issue.

Beaucoup de personnes vivent une grande souffrance, que ce soit la maladie, la solitude, un deuil… Comment peuvent-elles vivre l’espérance dans ces situations?

Je voudrais d’abord dire à ces personnes que la foi en Christ vivant n’élimine pas leur épreuve. Et si le Christ se manifeste comme le Vivant, c’est avec les plaies de la croix à ses mains, à ses pieds et sur son côté. Toute parole semble bien facile et bon marché quand on voit la souffrance de notre humanité. Et pourtant, j’ai envie de leur dire: soyez témoins, si le voulez bien, de cette foi au cœur même de votre épreuve. Soyez des gens debout, ou en train d’être relevés, malgré votre accablement et votre peine.

2000 ans après la résurrection, il semble qu’il y ait toujours autant de souffrances, de guerres, de catastrophes… Pour beaucoup de personnes, cela veut dire que ce que promet la foi chrétienne est une illusion, ou que Dieu n’existe pas. Que répondez-vous à cela?

Je réponds d’abord que cette question, Jésus l’a posée lui-même sur la croix: "Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?", et ce cri qui retentit sur le Golgotha continue de retentir dans l’histoire de notre humanité. Mais j’ai envie de dire aussi que ce cri a reçu une réponse. Pas au moment-même, mais le dimanche, à l’aube de la résurrection. Je ne nie pas que le monde est accablé par la souffrance. Je vois la souffrance de tellement de gens, en Ukraine où je suis allé récemment, dans tellement d’autres pays de notre monde. Et pourtant… C’est dans ce "et pourtant" que réside la force de notre foi chrétienne.

Comment les chrétiens et l’Eglise catholique peuvent-ils témoigner concrètement de la résurrection dans notre monde?

A travers tous leurs engagements, ils sont témoins de ce que la vie a et aura le dernier mot. Ce n’est pas pour rien que Jésus invite les chrétiens à s’engager auprès des pauvres, des malades, des nécessiteux. Ce n’est pas ce qui est malheureusement devenu "la charité chrétienne". Non, c’est la force de la résurrection qui est à l’œuvre quand on s’approche de celui qui est dans la peine et qu’on le relève, qu’on le remet debout. Ce n’est pas pour rien que l’Eglise est engagée en Syrie, en Irak, en Ukraine, dans d’autres lieux en guerre. C’est pour être signe de cette réponse-là de Dieu. Ce n’est pas uniquement la réponse de l’Eglise et des chrétiens, c’est la réponse même de Dieu: le dernier mot reviendra à la vie.

En Belgique, les chrétiens s’engagent-ils effectivement en faveur des personnes en souffrance?

Je vous donnerai une réponse mitigée. Je suis très heureux de tous ceux qui s’engagent, et il y en a des centaines de milliers, et je serais heureux qu’il y en ait encore beaucoup plus.

Aujourd’hui, la recherche de spiritualité est essentielle pour de plus en plus de personnes. En quoi consiste la spiritualité proprement chrétienne?

Il existe des spiritualités, et certaines sont parfois très individualistes et très bon marché. J’ai envie d’insister sur une réalité qui est liée au mystère de la résurrection, à savoir la naissance de l’Eglise. Le mystère chrétien, c’est la résurrection du Christ et le don de l’Esprit Saint. Saint Luc, dans son évangile et les Actes des apôtres, étend la réalité de Pâques jusqu’à la Pentecôte, qui survient cinquante jours plus tard. Saint Jean, en particulier dans le chapitre 19 de son évangile, rassemble les deux événements, la mort et la glorification du Christ d’une part, et le don de l’Esprit Saint d’autre part. C'est parfois contesté, mais la spiritualité chrétienne ne peut se passer d’une appartenance à l’Eglise, à ce Corps du Christ que forment tous les chrétiens, tous ceux qui adhèrent à cette conviction de foi. Et donc, pour moi, une dimension essentielle de la vie spirituelle chrétienne, c’est de la vivre dans ce Corps, avec plein de gens que l’on n’a pas choisis, y compris avec des gens qui nous enquiquinent. C’est cela la réalité de l’Eglise! C’est là où l’Esprit est présent, et c’est l’Esprit qui forge notre unité. Dans "spiritualité", il y a le mot esprit, et je voudrais qu’on ramène tout à cette dimension fondamentale: l’Esprit Saint donné à l’Eglise. C’est dans la force de l’Esprit que le Christ a été ressuscité d’entre les morts, et c’est dans la force de l’Esprit Saint que nous vivons notre vie chrétienne.

Quel message aimeriez-vous transmettre à chacune et chacun, à l’occasion de cette fête de Pâques?

L’espérance ne trompe jamais. Soyons des hommes et des femmes d’espérance, et choisissons la vie, en toutes circonstances.

Propos recueillis par Christophe HERINCKX

Mgr Kockerols est l'invité de l'émission télé 'Il était une foi', à voir ce dimanche 9 avril à 9h15 sur La Une (RTBF)

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