Commentaire de l’évangile du 2e dimanche de Pâques A : “Tout simplement, bonjour”


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Commentaire de l’évangile du 2e dimanche de Pâques A : “Tout simplement, bonjour”
Par Angèle Mamuza
Publié le
3 min

"Je ne suis pas venu en ennemi, mais en ami. Recommençons à vivre ensemble et à construire une nouvelle amitié", dira Jésus. Et voici la réflexion de notre commentateur du jour:

"La paix soit avec vous": quelle drôle de salutation. Le Christ était mort, il est ressuscité et tout ce qu’il trouve à dire à ses apôtres, c’est: "La paix soit avec vous". c’est ce que disent tous les juifs et tous les arabes quand ils se rencontrent pendant la journée. C’est comme si Jésus ressuscité entrait dans un bureau et disait à ses collègues: "Bonjour". On attendrait plus, beaucoup plus. Jésus aurait dû sauter de joie devant ses apôtres et leur dire: "Regardez! je suis vivant! j’ai vaincu la mort." Mais, non! Jésus leur dit tout simplement bonjour, ou presque.

On pourrait comprendre qu’il commence ainsi. Oui, les apôtres sont terrifiés de voir devant eux un spectre, un fantôme, et même pire le fantôme de celui qu’ils avaient trahi. Ce n’est jamais bon de voir ou de rencontrer un fantôme: il pourrait vous entraîner dans le royaume de la mort. Et Jésus en était capable: il a bien chassé des esprits mauvais, il pourrait bien en faire venir et les lancer dans le corps et dans l’esprit de ses apôtres, ces traîtres, ces menteurs, ces couards. Mais non, Jésus leur dit tout d’abord: "La paix soit avec vous", c’est-à-dire: "Je ne suis pas venu en ennemi, mais en ami. Recommençons à vivre ensemble et à construire une nouvelle amitié." C’est comme après une violente dispute, le mari peut venir avec un bouquet de fleurs en signe de réconciliation. Cela permet non pas d’effacer le passé, mais d’enterrer la hache de guerre et de vivre à nouveau en êtres civilisés.

Mais la paix que Jésus propose, ce n’est pas seulement l’absence de guerre, mais une nouvelle façon de vivre. C’est comme entre deux pays qui se font la guerre. Ils peuvent décider d’arrêter les combats, mais il y aura dans ce cas toujours la haine, la méfiance et la peur. Pour arriver à vivre ensemble, il faut qu’il y ait quelque chose d’autre, quelque chose de plus grand et de plus profond: le désir de bâtir une nouvelle relation, basée sur l’estime réciproque, la confiance et l’amitié.

La confiance, c’est sans doute cela qui est le plus difficile à retrouver après une violente dispute, après une trahison, après un gros mensonge. Le défi est de vivre à nouveau avec l’autre, qui nous a blessés dans notre confiance en lui. Comment pourra-t-on lui parler, l’écouter avec respect et intérêt alors qu’il s’est comporté comme un traître, un goujat, un menteur? Le Christ, lui, est capable de le faire avec chacun d’entre nous parce qu’il nous connaît bien: il nous a faits. Il nous connaît bien, pas seulement nos petits défauts et nos grandes lâchetés, mais aussi ce qu’il y a au plus profond de notre cœur, le désir d’être heureux et de rendre les autres heureux. Le Christ ne s’arrête pas à nos maladresses, il va jusqu’au cœur de notre vie et il soulève la pierre qui écrase la source de notre amour. Il écarte la boue qui salit l’eau pure de notre cœur et il laisse cette eau courir vers la rivière, vers le fleuve, vers l’océan d’amour du Père.

Frère Philippe HENNE, o.p.

Catégorie : L'actu

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