Témoignage courageux et poignant de survivantes de Boko Haram


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Témoignage courageux et poignant de survivantes de Boko Haram
le père Joseph avec Maria et Janada lors de l'audience générale le 8 mars 2023-(c) Vatican News
Par La rédaction
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5 min

La secte islamiste Boko Haram, aujourd'hui État islamique en Afrique de l'Ouest, sévit depuis 2002 au Nigéria. En audience générale, ce mercredi 8 mars, et aussi devant les journalistes, deux victimes ont courageusement retracé le fil de leur enlèvement et de leur séquestration. Elles sensibilisent à la réalité dévastatrice à laquelle sont confrontées tant de femmes et de filles au Nigéria et dans le monde.

le père Joseph avec Maria et Janada lors de l'audience générale le 8 mars 2023-(c) Vatican News

La Journée Internationale de la Femme, le 8 mars, a été l'occasion de donner la parole à celles qui sont souvent ignorées, oubliées et noyées dans le tumulte de nos vies quotidiennes. Paradoxalement, ce sont ces voix que nous devrions écouter le plus, leurs histoires témoignant des terribles réalités dont tant d'entre nous sont protégés.

En ce 8 mars, les voix que nous entendons sont celles de Maria Joseph et de Janada Markus et, d'une certaine manière, celles des milliers de filles et de femmes qu'elles représentent en racontant courageusement l'histoire de leurs enlèvements et de leurs détentions par les hommes violents de Boko Haram. Elles ont apporté ce même témoignage au Pape François ce mercredi matin.

Dès 9 ans, entre les griffes de Boko Haram

Maria, qui après avoir vécu neuf ans entre les mains des membres de Boko Haram, préfère être appelée Mariamou. Elle ne parle que le haoussa. Enlevée à l'âge de dix ans, elle a été libérée en août dernier, à l'âge de 19 ans. Janada, elle, est légèrement plus âgée que Maria, elle a 22 ans, et bien que sa captivité ait été plus courte que celle de son amie, elle a été enlevée quatre fois et ne ressent pas moins de douleur.

Mardi après-midi, les deux jeunes filles ont rencontré des journalistes au siège de l'Aide à l'Église en détresse (AED) à Rome. Assises côte à côte, elles ont raconté leur histoire à tour de rôle. Janada a commencé, et grâce aux encouragements du père Joseph Fidelis, qui dirige le centre de traumatologie du diocèse de Maiduguri où les jeunes filles sont soignées, elle a choisi de parler l'anglais, qu'elle apprend depuis peu à l'école.

Le Pape bénissant Janada lors de l'audience générale
Le Pape bénissant Janada lors de l'audience générale-(c)Vatican News

L'histoire de Janada

Janada a survécu à quatre attaques de Boko Haram. Toute sa famille a réussi à échapper à la première, en 2011, lorsque les terroristes ont mis le feu à leur maison à Baga. Lorsque la même chose s'est produite trois ans plus tard dans leur nouvelle maison d'Askira Uba, dans l'État de Borno, certains membres de la famille n'ont pas survécu. Mais c'est en racontant la troisième attaque, le 28 octobre 2018, que les yeux de Janada se remplissent de larmes et qu'elle prend un moment pour pleurer. «C'est difficile pour elle», avance le père Joseph en s'adressant aux journalistes en italien en son nom. «C'est le jour où ils ont tué son père. Janada n'avait que dix-sept ans lorsque son père a été décapité devant elle. Deux ans plus tard, Janada s'est à nouveau retrouvée face aux hommes qui ont tué son père, en la kidnappant sur le lit d'hôpital où elle se remettait d'une petite opération. Ils l'ont gardée en otage pendant six jours, au cours desquels elle a été torturée émotionnellement, physiquement et mentalement».

L'histoire de Maria

L'histoire de Maria est très différente. Elle a été enlevée à l'âge de 9 ans et a vécu sous le joug de Boko Haram pendant plus de dix ans. Maria, ou Mariamou, raconte qu'elle a été enfermée dans une cage, qu'elle a reçu une balle dans une jambe alors qu'elle tentait de s'échapper et qu'elle a été promise en mariage à un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Contrairement à Janada, Maria ne pleure pas, mais elle aussi finit par s'arrêter de parler, et le père Joseph continue pour elle, nous disant qu'elle vit à Abuja avec sa tante parce qu'elle ne pouvait pas vivre avec sa mère, qui la considérait depuis longtemps comme morte. «Ce quartier rappelle de mauvais souvenirs», dit-il. «Pendant un an, Maria ne pouvait même pas côtoyer des hommes, et encore moins les regarder dans les yeux». Au cours de ses neuf années d'esclavage, Maria a été retenue en otage, pendant un certain temps, avec certaines des quelque 300 filles enlevées dans une école de Chibok en 2014, celles-là mêmes pour lesquelles le slogan "bring back our girls" (ramenez-nous nos filles) a été créé.

Maria et Janada au cours de l'audience générale le 8 mars 2023
Maria et Janada au cours de l'audience générale du 8 mars 2023-(c)Vatican News

Espoir et désespoir

Mais malgré les efforts qui accompagnent ce slogan, le frère de Maria, qui est toujours en captivité, n'a pas été ramené. Ils ne ramèneront pas non plus son autre frère, tué comme l'a été le père de Janada. Et il y a encore des milliers de victimes de Boko Haram à travers le Nigeria.

Mais il y a de l'espoir pour les filles. Janada vit de nouveau chez elle avec sa mère et ses frères et sœurs, elle étudie la médecine tropicale, suivant les traces de son père. Maria est à l'école, où elle apprend à lire et à écrire. Toutes deux ont été accueillies par le père Joseph dans son centre de traumatologie. Plus de 300 femmes ont bénéficié d'un traitement au centre, financé par l'Aide à l'Église en détresse. Le centre, avec ses consultants, experts dans les domaines physique, médical, psychologique, sociologique et éducatif, aide les victimes de violence à se réintégrer dans la société, en leur donnant de l'espoir et en leur montrant comment la vie devrait être, pour chaque femme, partout.

Vatican News/Francesca Merlo


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