Edito – Pour ne plus surfer sur nos vies


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Edito – Pour ne plus surfer sur nos vies
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
2 min
© CathoBel

On nous fait parfois croire que l’un des principaux maux dont souffrent nos contemporains serait celui de l’hyper-connexion.
On nous le fait tellement croire qu’il y a quelques mois, dans son "deal pour l’emploi", le gouvernement fédéral a prévu un droit à la déconnexion, qui impose à certaines entreprises de prendre des mesures pour que leurs travailleurs ne soient pas joignables en dehors des heures de travail – ce qui est évidemment une très bonne chose.

On nous le fait tellement croire que les agences de voyage et annonceurs en tous genres en profitent. En ce mois de février un peu tristounet, ils nous proposent de nous "évader", d’aller "profiter" ailleurs, de nous offrir (en fait: de nous faire payer) une "pause détente". De partir en "escapade" ou de prendre un bon "bain de soleil". Sur le web, les offres pullulent. Ici, on nous vend une Box Cadeau "3 jours de déconnexion". Là, on nous vante "un véritable kit de déconnexion". Sans oublier le petit livre Déconnexion. Mode d’emploi. En quelques… clics, il sera pour vous!
Si on nous le fait tellement croire, sans doute est-ce parce que ce n’est certainement pas tout à fait faux. Mais ce n’est pas pour autant que c’est entièrement vrai. Car l’un des principaux maux dont souffrent nos contemporains est en fait moins la difficulté à (se) déconnecter que l’incapacité à se connecter (vraiment).

N’avons-nous pas parfois l’impression de surfer sur nos vies plutôt que de les vivre pleinement? De rester en surface plutôt que d’entrer en eau profonde? De passer d’un rendez-vous à l’autre sans rencontrer vraiment? De manger sans savourer? De nous taire sans faire silence? D’écouter sans entendre? D’aller à la messe sans y être? Et tout cela nous épuise tellement qu’il nous arrive alors de ressentir le besoin… de nous déconnecter. Sans pour autant avoir pris soin de nous connecter.
Et voilà que s’apprête à surgir le Carême. Un temps trop souvent présenté comme celui… de la déconnexion. De la privation. Un temps qui nous inviterait à nous éloigner de nos petites et grandes addictions – ce qui est évidemment une très bonne chose.

Mais n’oublions pas le sens de cette traversée. Son unique objectif. Le Carême n’est évidemment pas là pour nous rendre moins accros. Il est là pour nous rendre davantage connectés, présents. A l’Autre. Et à tous les autres.

Vincent DELCORPS

Catégorie : Éditos

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