Edito – Un (vrai) pape de transition


Partager
Edito – Un (vrai) pape de transition
Par Vincent Delcorps
Publié le
2 min
© CathoBel

C’est un privilège étrange. Lorsqu’un pape meurt, on évalue généralement son pontificat à l’aune de celui de son prédécesseur. Ce qui permet notamment de mettre en évidence les éléments de rupture et de continuité.

Le décès de Benoît, qui intervient près de dix ans après qu’il ait quitté le siège pétrinien, nous offre la possibilité d’également relire son règne à la lumière de celui de son successeur. Ce qui permet de donner à l’analyse une amplitude nouvelle. Et, en l’occurrence, de parler de Benoît XVI comme d’un véritable pape de transition.
Précisons-le d’emblée: l’expression n’est nullement péjorative. C’est à tort que l’on considère parfois que les hommes de transition ne seraient là que pour gérer les affaires courantes, en attendant l’avènement d’un successeur (meilleur). Non, les hommes de transition sont là pour faire le lien entre le passé et l’avenir. Ils incarnent le soir d’une époque tout en annonçant l’aube d’une ère nouvelle. Ce ne sont ni des téméraires ni des révolutionnaires. Ils ne veulent pas forcer le changement – parfois même ils le craignent… Ce sont des doux aussi.

Tel était Benoît. Homme de l’ancien monde? Oui, à bien des égards. Classique, conservateur, il fut aussi le dernier pape à avoir été artisan de Vatican II – ce concile qui fait entrer l’Eglise dans la modernité. Et puis, il incarne la fin d’une Eglise très européenne. Avant lui, les papes non issus du Vieux continent européen constituaient des exceptions. Après lui, cela pourrait être l’inverse…
Mais si Benoît fut à certains égards le dernier, sous d’autres aspects, il fut le premier. Le premier pape à sérieusement lutter contre les abus – en particulier sexuels – qui gangrénaient l’Eglise. Le premier à s’engager contre certains dysfonctionnements graves de la Curie. Le premier à embrasser pleinement la question écologique – et à trier ses déchets! Le premier à être actif sur Twitter. Finalement, il sera aussi le premier à abdiquer.

Il y a aussi ses textes, son amour du Christ, son intelligence… Un héritage solide. Mais pas forcément reconnu. Il faut dire que l’homme a initié certains chantiers sans pour autant les faire aboutir. Qu’il était parfois maladroit dans sa communication. Pas toujours bien conseillé. Il faut dire aussi que son règne court s’inséra entre celui de deux géants. Au risque de passer inaperçu… On vous le disait, un vrai pape de transition.

Vincent DELCORPS

Catégorie : En dialogue

Dans la même catégorie