L’Eglise de Belgique, riche de sa diversité ?


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L’Eglise de Belgique, riche de sa diversité ?
"L'inclusion des acteurs et actrices d'origine étrangère est le défi majeur de la pastorale urbaine, aujourd'hui. - (c) CC0 pxhere.com
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

L'UCLouvain et la KU Leuven organisent trois jours intenses de débats et de témoignages sur les "actrices et acteurs d'origines diverses". Henri Derroitte, un des membres du comité scientifique de ce colloque Omnes Gentes, nous en présente les enjeux.

"L'inclusion des acteurs et actrices d'origine étrangère est le défi majeur de la pastorale urbaine, aujourd'hui. - (c) CC0 pxhere.com

Qui sont-ils? Les acteurs et actrices d'origine étrangère sont-ils les sauveurs de nos diocèses? Ou, au contraire, leur présence freine-t-elle la promotion des laïcs? Autour d'une multitude de questions de cet ordre, le colloque Omnes Gentes prend place du lundi 28 au mercredi 30 novembre prochain à la fois à Louvain-la-Neuve et à Leuven. Comme l'indique Henri Derroitte, l'un des organisateurs, ces colloques Omnes Gentes ont lieu "normalement tous les deux ans" à l'initiative de plusieurs institutions: KU Leuven et l'UC Louvain, ainsi que le Centre Lumen Vitae et Missio Belgique.

Pourquoi ce thème?

H.D.: Cette question saute aux yeux, du moins en Belgique francophone. On compte beaucoup d'acteurs et d'actrices d'origine non-européenne: les prêtres, mais aussi les animateurs et animatrices pastoraux, la plupart des professeurs de religion également.

Dans certains diocèses belges, la part des prêtres africains dépasse 50% du clergé. Ces "prêtres venus d'ailleurs" sont souvent plus jeunes, ils ont aussi souvent des titres universitaires plus élevés que le clergé belge. Je n'en dévoile pas plus, puisque tous les chiffres seront révélés pendant ce colloque.

En tout cas, ces prêtres représentent une réalité très visible. Dans les diocèses, certains d'entre eux sont nommés à des responsabilités de plus en plus élevées (doyen par exemple).

Y a-t-il une différence entre la Flandre et le reste de la Belgique ?

H.R.: Au nord du pays, la situation est partiellement différente. Il est vrai que la plupart des prêtres africains sont francophones. Il est donc plus facile de les affecter à une paroisse francophone. La différence notable concerne donc la maîtrise de la langue locale.

La diversité est-elle une évidence?

H.R.: L'inclusion des acteurs et actrices d'origine étrangère est le défi majeur de la pastorale urbaine, aujourd'hui. On a longtemps cru qu'il fallait réunir les gens par communautés linguistiques. La tendance actuelle consisterait plutôt à imaginer des assemblées métissées. Nous sommes convaincus que la diversité s'apprend et se respecte.

L'Eglise belge se trouve parmi les premières à être soucieuse de l'ouverture à l'international. La vision d'une Eglise mondialisée, qui respecte en même temps chaque minorité, se pose fort aujourd'hui.

L'abbé Claude Musimar et quelques prêtres en procession autour de l'évêque de Tournai - (c) Diocèse de Tournai

L'Eglise est-elle en retard sur cette question de l'inclusion?

H.R.: Depuis quelques décennies, de nombreux prêtres et religieux "venus d'ailleurs" sont présents en Belgique. Ce n'est pas seulement un retour de l'histoire, comme on pourrait le penser. Ils ne sont pas forcément en "mission", mais au service de l'Eglise. Ils viennent accompagner nos communautés chrétiennes, et apporter à l'Eglise quelque chose qu'elle ne peut plus donner par elle-même.

Du côté des congrégations religieuses, les frères et les sœurs d'Afrique viennent renforcer les maisons plus âgées en Belgique. Ce colloque permettra d'entendre leur ressenti vis-à-vis de la vie pastorale en Belgique. Et de voir quels défis se posent à l'Eglise catholique belge en termes d'accueil.

La situation de Bruxelles, où se rassemble le plus de nationalités par commune, est particulièrement révélatrice. Certes, le sujet est délicat, mais il est stimulant.

Que peut-on attendre de ce colloque?

H.R.: Il y aura probablement des recommandations à faire pour mieux accueillir les acteurs et actrices d'origines diverses. Cette question porte en elle-même un message pour l'Eglise vraiment universel: nous sommes tous et toutes égaux, quelles que soient nos origines et notre sexe.

Cela rejoint la démarche synodale voulue par le pape François: comment faire une Eglise synodale [qui marche ensemble, NDLR] où les décisions viennent de tous les baptisés? Le colloque Omnes Gentes, qui a été voulu pour aborder des thématiques amples tournées vers l'international, peut apporter des éléments de discernement, notamment par des témoignages.

Recueilli par Anne-Françoise de Beaudrap

A ce sujet

👉 "cette diversité peut susciter en nous questionnements et inquiétudes", écrivait Vincent Delcorps dans l'édito du Dimanche n°41. "Mais elle doit aussi nous réjouir. Car pour l’Eglise, elle est une chance!"

👉 Quelques pistes pour une véritable rencontre interculturelle ont été réfléchies par la pastorale des migrants de Tournai.


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