L’Église catholique réagit aux nouvelles mesures sanitaires


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L’Église catholique réagit aux nouvelles mesures sanitaires
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
5 min

"Conscients que la crise du Covid-19 est loin d’avoir épuisé toutes ses conséquences", les évêques de Belgique tirent les leçons des mesures sanitaires annoncées ce lundi 27 juillet à l’échelle des églises.

"Nous espérions un assouplissement des restrictions pour participer à l’Eucharistie au mois d’août mais cela ne sera malheureusement pas possible. Il est sage pour l’Eglise d’assumer avec tous les citoyens une responsabilité collective afin d’enrayer de nouveaux développements du Covid-19." C'est ainsi que la conférence épiscopale belge réagit à la communication des nouvelles mesures sanitaires faite par le gouvernement.

Le Conseil national de sécurité qui s’est déroulé le 27 juillet au matin, a abouti à un sérieux coup de vis sur l’organisation des événements et des activités en Belgique pour les quatre prochaines semaines. Au vu des dernières statistiques (plus de 278 contaminations en moyenne chaque jour, et 17 personnes hospitalisées quotidiennement en moyenne), le gouvernement a choisi de restreindre fortement le nombre de contacts sociaux de la population. Les règles s’appliqueront à partir de mercredi 29 juillet et pour « au moins » quatre semaines, dixit la communication officielle.

"A partir de cette date, seules 100 personnes au maximum pourront être présentes lors d’une célébration religieuse publique. La distance d’1 m 50 reste en vigueur, de même que l’obligation pour les fidèles de porter le masque durant la célébration ainsi que celle de se désinfecter les mains lors de l’entrée dans l’église, cette dernière étant un lieu public. Ces mesures seront d’application jusqu’à la fin du mois d’août." Rappelons que le protocole se trouve en ligne sur les sites de Cathobel.be et de Kerknet.be. A lire ici: 20200729 protocole reprise Eglise catholique

Affectés par le Covid-19

En pratique, toute activité grand public organisée à l’intérieur d’un lieu sont limitées à 100 personnes maximum, chacune portant le masque. A l’extérieur, la jauge monte à 200 personnes. Ces deux indications de capacité, qui sont fixées à la moitié de ce qui est accordé jusqu’à présent, restent dépendantes des règles de distance physique dans le lieu en question. L’objectif étant de freiner la contamination, l’usage du masque devient généralisé, non seulement dans les lieux fréquentés par le public (dont les églises) mais dans de nombreuses rues et communes. D’autres mesures locales sont prises en fonction des lieux où la contamination est la plus importante. Le gouvernement par la voix de sa Première ministre a également insisté sur le respect des autres gestes barrière comme la distance d’au moins un mètre cinquante entre les personnes, et la désinfection des mains par le savon et le gel hydroalcoolique.

Le deuxième changement important concerne la bulle de contacts dite rapprochée, les personnes avec lesquelles il est possible de partager un repas par exemple. La première ministre Sophie Wilmès a annoncé que cette bulle serait désormais limitée à 5 personnes par famille, au lieu des 15 contacts autorisés actuellement pour chaque membre de cette famille. La restriction du nombre s’accompagne de la règle que ces contacts rapprochés soient les mêmes pour les quatre prochaines semaines, alors que depuis le début du mois de juillet, la bulle pouvait évoluer de semaine en semaine. Nul doute que certaines familles ont déjà commencé à réfléchir aux choix des personnes qu’elles feront entrer dans leurs bulles pour le mois à venir. Peut-être même des négociations sont en cours entre parents et adolescents pour déterminer qui fera partie de ce groupe de contacts rapprochés (les enfants de moins de 12 ans ne sont pas comptabilisés).

Les conséquences de ces diverses mesures d’application à partir du 29 juillet se font sentir petit à petit. Certaines fêtes de famille sont revues à la baisse, ou reportées. Les activités prévues à l’intérieur d’un bâtiment devront désormais être contingentées.

La conférence épiscopale belge s’émeut des conséquences spirituelles de ces mesures impactant les églises : "Au cœur de l'été, les célébrations eucharistiques demeurent des temps essentiels pour nourrir notre vie spirituelle et notre engagement de chrétien." La préoccupation sanitaire prime dans leurs prises de position : "Conscients que la crise du Covid-19 est loin d’avoir épuisé toutes ses conséquences, nous portons dans la prière celles et ceux qui en sont particulièrement affectés."

Déjà il y a quelques semaines, l’évêque de Tournai Mgr Harpigny s’exprimait dans son témoignage dans la revue diocésaine, numéro de juillet-août 2020, expliquant pourquoi cette préoccupation des règles sanitaires occupe l’Eglise : "Combien de fois n’ai-je pas dû expliquer que ce ne sont pas les chefs de culte qui décident en matière de santé publique ! […] Un évêque qui ne respecterait pas les directives des gouvernements en matière sanitaire, en poussant les prêtres à célébrer l’eucharistie « comme avant », outrepasse ses prérogatives. Il risque même d’être jugé responsable de la mort des personnes infectées par le Covid-19 au cours de ces liturgies interdites. Finalement, pour répondre à ceux qui « me » reprochaient d’avoir interdit les messes dans les églises, je parlais du Pape François qui, de manière très stricte, a respecté les mesures sanitaires. La prière du Pape le vendredi avant la semaine sainte, seul sur la Place Saint-Pierre à Rome, a, heureusement, été un signal fort."

Rappelons qu’au début de la crise sanitaire, la conférence épiscopale a eu l’intuition d’anticiper les mesures de confinement en préconisant l’arrêt des messes (communiqué du 12 mars) puis la limitation des funérailles et baptêmes religieux (la semaine suivante). Courant avril et surtout en mai, les évêques se sont associés aux autres chefs de culte pour négocier un protocole de reprise des offices religieux qui évite le maximum de risque de contamination. C’est ainsi que depuis le 8 juin, les messes ont pu reprendre avec une limite de 100 personnes par église, à condition que les règles de distanciation physique puissent être respectées. Les paroisses s’étaient organisées, pour multiplier les horaires de célébrations ou jouer la complémentarité entre les églises afin que chaque chrétien puisse assister et participer en toute sécurité à la messe dominicale.

Anne-Françoise de Beaudrap


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