Arnaud Join-Lambert : “Redécouvrir qu’une famille représente une petite Eglise”


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Arnaud Join-Lambert :  “Redécouvrir qu’une famille représente une petite Eglise”
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Professeur de théologie pratique à l’UCLouvain, Arnaud Join-Lambert décrypte, pour Dimanche, les premiers effets du confinement sur la vie des paroisses. Il esquisse aussi quelques conséquences possibles.

Pour nos communautés, la période de confinement n’aura pas été une période anodine…

Cette période aura invité les chrétiens à vivre autrement en Eglise. Cela vaut évidemment pour la question des liens, mais aussi pour la prière ou la diaconie. Il est impossible de dire à quoi ressemblera l’avenir, mais nous pouvons être certains qu’il y aura un avant et un après…

Cet après pourrait-il être positif?

Certains aspects pourraient être positifs, d’autres négatifs. De belles initiatives auront germé, il faudra voir dans quelle mesure elles pourront perdurer. Mais inversement, de belles choses auront disparu, et il n’est pas certain qu’elles réapparaîtront. Un prêtre me disait avoir entendu de l’un de ses fidèles: "Après, il n’y aura plus personne!" Personnellement, je pense que là où il y avait des liens relationnels forts, les gens ressentiront un manque et reviendront. Mais je crois aussi qu’une catégorie de paroissiens, peut-être moins motivée, ne reviendra pas.

En fait, cette crise va probablement révéler ce qui la précédait. Pas seulement dans les paroisses, d’ailleurs. Regardez les écoles: cette période met en évidence, de manière manifeste, la différence entre les professeurs dynamiques et les autres…

Qu’est-ce qui vous frappe de manière positive en cette période si spéciale?

Dans certains lieux, on a vraiment le souci de prendre soin les uns des autres. On prend des nouvelles, on lutte contre l’isolement, on apporte des courses… Et pas seulement vis-à-vis des paroissiens. Il y a une proximité, une entraide… L’Eglise peut alors apparaître comme une partie de la société qui prend soin. Dans un autre registre, j’entends que certains baptisés prient ensemble, sans être physiquement réunis. Au-delà, force est de constater que cette crise est quand même sévère. Tout ce qui relève du religieux et du spirituel est aujourd’hui passé dans le champ du "non-essentiel". Pour un croyant, c’est quelque chose d’extrêmement paradoxal. Quand on aura le temps d’y réfléchir, peut-être se rendra-t-on compte qu’il s’agit d’une grosse baffe pour les chrétiens. Depuis seize siècles, jamais l’Eglise n’a été considérée ainsi!

De ce point de vue, regrettez-vous un manque de réaction de la part des autorités ecclésiales?

C’est difficile à dire. Je constate en tout cas que les règles de confinement n’ont pas été interprétées partout de la même manière. Certains prêtres ont été confrontés à des autorités publiques plutôt anticléricales. Ils ont fait l’objet de menaces. N’aurait-il pas été utile, dans ces cas-là, de rappeler le droit? De rappeler que le prêtre peut aller dans son église ou visiter les paroissiens en restant dehors, à bonne distance? Je crois qu’il y a eu des abus. Et je n’ai pas vu les autorités diocésaines réagir.

De manière plus générale, dans le fonctionnement de l’Eglise, des choses pourraient-elles bouger?

Certaines personnalités sont en tout cas intervenues en ce sens. Elles ont notamment posé la question du statut du prêtre. Le confinement a renforcé la centralité de cette figure: voyez les eucharisties retransmises sur les réseaux sociaux, mettant en évidence le seul prêtre.

Une telle centralité pourrait aller dans le sens d’un cléricalisme. En même temps, de nombreuses personnes ont continué à vivre leur foi… sans prêtre! En Belgique, c’est quelque chose à laquelle on est peu habitué. Peut-être que des reconfigurations pourraient avoir lieu sur cette base.

En conclusion, croyez-vous que cette crise du confinement pourrait constituer une chance pour l’Eglise?

Je vois en tout cas deux opportunités. Tout d’abord, l’invitation, faite aux chrétiens, à prendre soin de leurs voisins, de leurs réseaux. En ce domaine, de très beaux fruits pourraient perdurer. Il y a là un enjeu de crédibilité évangélique. Deuxième aspect: les liturgies domestiques. Puisqu’on a du temps, on peut redécouvrir la prière à la maison, la lectio divina, les lectures spirituelles.

Redécouvrir aussi qu’un couple ou une famille constitue une petite Eglise. Je pense qu’en ce domaine, il peut y avoir un nouvel élan pour la vie chrétienne.

Recueilli par Vincent DELCORPS

 

Lire l'intégralité de cet interview dans le cadre du dossier "Inventer nos paroisses de demain" dans Dimanche n°20

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