Italie: Et maintenant?


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Italie: Et maintenant?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Le leader de l'extrême-droite Mateo Salvini aura attendu le vote d'une loi controversée au Parlement pour finalement briser la coalition qui gouverne l'Italie. Que va-t-il se passer?

Le président du mouvement d'extrême droite La Ligue, Mateo Salvini, par ailleurs ministre de l'Intérieur de la Péninsule, a rompu l'accord de majorité le liant au Mouvement 5 étoiles, en réclamant la tenue d’élections anticipées. Cause du désaccord: le mouvement a voté contre un projet de TGV entre Lyon et Turin. Salvini a sauté sur l'occasion pour acter une rupture qu’en fait, il attendait avec impatience, depuis les élections européennes qui a vu son parti réaliser un score deux fois plus élevé que celui de son partenaire gouvernemental.

L'Eglise en première ligne

La Ligue se sent donc le vent en poupe et espère bien réitérer ce résultat. Mais, pour qu'il y ait de nouvelles élections anticipées, il faut l'aval du président de la République Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin. A moins qu'un vote de méfiance ait lieu au Parlement, ce qui de facto mène à une dissolution Mattarella est issu de la démocratie chrétienne et même si ses prérogatives en tant de chef de l'Etat sont limitées, il n'a jamais caché sa réticence face aux excès de la Ligue et de son chef de file.

L'Eglise aussi. Elle est même en première ligne dans l'opposition à la politique du ministre de l'Intérieur, notamment à l'égard des migrants. Le cardinal Gualtiero Bassetti, président de la conférence épiscopale italienne, a diffusé une lettre aux évêques en reprenant le thème choisi par le pape François en vue de la prochaine Journée mondiale du migrant et du réfugié, invitant à ne pas faire du phénomène migratoire «le bouc émissaire de peurs et d’insécurités, d’un mal-être social qui a des causes bien différentes».Ces phénomènes migratoires font partie des «signes des temps» et «le futur et le présent de la famille humaine» dépendent en grande partie de l’attitude de chacun vis-à-vis des migrants, a indiqué le cardinal, invitant tous les évêques d’Italie à participer à la messe que le pape -célèbrera sur la Place Saint-Pierre le dimanche 29 septembre, afin de lui exprimer leur gratitude pour «son courageux magistère». L’envoi d’une délégation de chaque diocèse permettrait d’offrir «un signe de communion autour du successeur de Pierre».

Récemment encore, les évêques italiens avaient réagi vivement à propos des 116 migrants bloqués sur le Gregoretti, un bateau des gardes-côtes italiens. Ils avaient finalement été autorisés à débarquer au port d’Augusta, en Sicile, aoprès que cinq pays aienbt accepté d'accueillir une partie de ces migrants. L'Eglise italienne avaient annoncé prendre en charge environ 50 d’entre euxqui seront accueillis à Rocca di Papa, au sein de la structure “Mondo Migliore”.

«De cette façon, la conférence épiscopale italienne, à travers la Caritas italienne, s’est engagée avec ses propres ressources professionnelles et économiques pour répondre à une demande du ministère de l’Intérieur faite à l’Eglise italienne de prendre en charge l’hospitalité, l’accueil et l’assistance, y compris légale, de ces personnes», a fait savoir la CEI dans un communiqué. «L’initiative, en cohérence avec des mesures analogues assurées par la CEI dans un support subsidiaire au système d’accueil italien, se situe dans un horizon de collaboration qui voit l’Etat italien et l’Eglise catholique partager la responsabilité de l’assistance et de l’accueil des migrants», avait précisé la conférence épiscopale italienne.

Reste maintenant à savoir ce qui va se passer. La Ligue fera tout pour aller aux élections, espérant remporter le scrutin avec un score similaire à ce qu'elle a réalisé aux européennes. Rien n'est moins sûr. Mais si c'était le cas, le parti de Salvini pourrait soit diriger presque seule le pays, avec l'appui déjà acquis à l'avance du parti néo-fasciste Fratelli d'Italia. Un avenir qui a des couleurs de "déjà vu" bien sombre.

J.J.D.

© Photo: Garde-côtes italiens/Massimo Sestini

 

Catégorie : International

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