La chronique de Myriam Tonus: “Aujourd’hui le climat. Et demain ?”


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La chronique de Myriam Tonus: “Aujourd’hui le climat. Et demain ?”
Par Myriam Tonus
Chroniqueuse
Publié le - Modifié le
4 min

La fin, non pas du monde, mais de notre société approche! Il ne s'agit pas là d'une proclamation apocalyptique comme il s'en est régulièrement fait entendre au cours de l'histoire humaine, mais bien de la théorie développée par la "collapsologie", qui se veut une science transdisciplinaire dont le but est d'étudier l'effondrement de la société industrielle et de ce qui pourrait lui succéder. Si les prédictions des collapsologues se vérifient, notre société s'effondrera donc complètement d'ici peu (entre 2025 et 2050), causant une catastrophe sans précédent susceptible de nous ramener (ou presque) à l'âge préhistorique, tant les conditions de vie seront devenues impossibles. La seule question qui se posera alors est: comment survivre? Cette vision catastrophiste suit son petit bonhomme de chemin dans certains milieux qui se pensent éclairés, mais qui participent sans l'avouer à ce repli sur soi qui alimente tellement la société dont ils font le deuil. Autrement dit: après nous, le déluge! Et certes, si les effets conjugués du réchauffement climatique et de l'épuisement des ressources énergétiques et alimentaires sont assez inquiétants pour créer la panique, il n'est pas certain que la peur, mauvaise conseillère s'il en est, nous ramène à la sagesse ni, surtout, à une solidarité humaine pourtant de plus en plus vitale.

Quand le système devient fou

Aujourd'hui, dans certains pays, des citoyens de tous âges descendent dans la rue pour réclamer des mesures en faveur du climat, considéré comme l'urgence absolue. Oui, bien sûr, la menace est réelle. Mais la déforestation de l'Amazonie pour faire paître des bœufs qui finiront en hamburgers, l'exploitation des enfants dans les mines de coltan pour pouvoir fabriquer des smartphones, le flicage de nos habitudes via les réseaux sociaux et les cartes électroniques ne sont-ils pas, eux aussi, des menaces pour notre humanité? Et que dire du transhumanisme, ce projet bien réel lui aussi, qui vise à "augmenter" l'humain pour en faire un être parfait et immortel (malheur aux fragiles et aux faibles!)? On dira: tout ça, c'est loin! Voire: on trouve des adeptes du transhumanisme chez nous, au sein même de tel ou tel parti politique. On versera (peut-être) une larme sur les enfants qui meurent dans les mines et sur les victimes de l'uranium, des pesticides ou de l'amiante. Et puis? Le fait de voter une "loi climat" empêchera-t-il des guerriers fous d'utiliser le viol – des femmes, des bébés, des gamins – comme arme de guerre massive? Mettra-t-il fin au cimetière marin qu'est devenue la Méditerranée – tiens, ça fait un bout de temps qu'on ne parle plus des migrants – le parc Maximilien et les camps en Grèce sont-ils vides? Cela rendra-t-il audible le cri de ces millions de crucifiés de par le monde, hommes et femmes broyés dans leur chair, oubliés, engloutis dans l'indifférence, réduits à trois lignes d'info sitôt lues, sitôt oubliées? Et si le réchauffement climatique, qui nous fait si peur, n'était que l'une des conséquences parmi d'autres, tout aussi épouvantables pour les humains, d'un système devenu fou ?

Une vie de bonsaï

L'écologie – l'encyclique Laudato sí le rappelait avec force – ne se réduit pas à l'environnement naturel. L'écologie, c'est le souci de tout ce qui permet au vivant de mener une vie bonne, de grandir, d'advenir au meilleur. On pourra donc parler d'écologie à propos de la préservation du climat ou des espèces animales, mais tout autant à propos de l'être humain. Le suicide des jeunes, la dépression, les addictions, les migrations économiques: quelques symptômes d'un déséquilibre de l'environnement humain. Et l'on pourrait évoquer la mise à mal du système financier, le retour des pouvoirs forts, la mise en question du politique, la culture médiatique enkystée dans le pain et les jeux. Oui, nous vivons une crise écologique sans précédent, qui n'épargne rien ni personne et peut-être, en effet, ce système est-il appelé à disparaître: depuis le poète Paul Valéry, nous savons que les civilisations sont mortelles… Mais passer par la mort n'est pas identique à l'effondrement des collapsologues. C'est juste une question de choix: se résigner à une fatalité inéluctable en tentant de survivre, chacun pour soi, ou bien consentir à perdre ce qui, sous couvert de progrès et de bien-être, fait de nous des bonsaïs, avec une vie apparemment normale, mais en réalité rabougrie, minuscule, empêchant toute vraie croissance. Interpeller les responsables politiques a du sens. Mais l'urgence est peut-être aussi: que pouvons-nous faire maintenant, chacune, chacun et tous ensemble, pour nos enfants mais aussi pour tous ces frères et sœurs en humanité que nous ne rencontrerons jamais? Cela est entre nos mains, en notre vouloir, en notre foi en la vie plus forte que la mort.

Catégorie : Chroniques

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