Le squelette dont les dents sont issues a été mis au jour dans un cimetière médiéval à Dalheim en Allemagne. Du premier examen, il ressort que ce squelette est celui d’une femme d’âge moyen, probablement une religieuse (morte vers 1160 après J.-C.) puisque les os ne présentaient aucune trace d’usure ou de blessure, suggérant qu’elle avait vécu une vie relativement tranquille.

Une mine d’informations

Depuis quelques temps déjà, les archéologues s’intéressent de près aux mâchoires et plus particulièrement à la plaque dentaire des dépouilles excavées sur champs de fouilles. En effet, le tartre qui s’accumule sur les dents constitue un élément précieux en ce qu’il piège et préserve de nombreuses informations sur ce que la personne mangeait et buvait, permettant d’établir le régime alimentaire du défunt. L’analyse des dents permet aussi de déceler les maladies en cours à une époque.

Le Dr. Christina Warinner,  du Max Planck Institute for the Science of Human History en Allemagne, qui a découvert ces particules étranges d’un bleu vif sur les dents en question, n’en revenait pas: « Elles ressemblaient à des petits oeufs de rouge-gorge, elles étaient tellement brillantes. Je me souviens être restée sidérée« , a-t-elle notamment confié au New York Times. 

Une équipe multidisciplinaire s’est alors penché sur ce cas inédit pour affirmer que les particules étaient faites de lazurite, l’un des minéraux bleus contenus dans le lapis-lazuli. Or, au Moyen-Âge, ce pigment rare ne pouvait être trouvé qu’en un seul endroit situé dans ce qui est aujourd’hui l’Afghanistan. Inutile donc de souligner la rareté et la valeur inestimable de ce produit (dépassant celle de l’or à l’époque) et l’extrême surprise de le trouver à cet endroit, sur les dents d’un squelette appartenant à une femme, religieuse de surcroit.

Car, le pigment était tellement précieux que les artistes et les enlumineurs médiévaux ne l’utilisaient que dans certains manuscrits et pour des sujets importants tels que le manteau bleu de la Vierge Marie.

Une artiste particulièrement douée

Après avoir écarté plusieurs hypothèses, les archéologues ont conclu que la femme avait probablement l’habitude de lécher son pinceau en peignant. La religieuse était donc peintre et scribe, et probablement très douée dans la production de textes religieux puisque en possession du précieux pigment.

Cette conclusion bouscule les théories habituellement associées à cette activité à l’époque médiévale. « Quand vous imaginez un scribe médiéval, vous imaginez un homme« , explique au National Geographic, Alison Beach, historienne de l’Université d’Etat de l’Ohio et auteur de l’étude publiée dans la revue Science Advances.

Si moins de 1% des ouvrages produits avant le XIIe siècle peuvent être attribués aux femmes (leur présence dans les monastères à cette période étant attestée), c’est parque que la grande majorité des oeuvres médiévales ne sont pas signées et que les historiens avaient alors pour habitude de les attribuer à des hommes.

« C’est la preuve physique de l’existence de femmes scribes la plus ancienne que nous possédons« , a souligné Alison Beach, allant même jusqu’à affirmer que « de nombreuses choses qui ne sont pas signées ont été produites par des femmes, ou du moins que c’est une possibilité que nous devrions considérer« . Cette découverte vient s’ajouter aux quelques autres rares traces et/ou sources témoignant de la vie des femmes au Moyen-Age dont l’interprétation n’a pas été filtrée par « des expériences ou des opinions masculines » a également souligné l’historienne.