Les femmes et le voile : une réalité plurielle.


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Les femmes et le voile : une réalité plurielle.
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Des femmes, chrétiennes et laïques, se voilent à travers le monde. Dans les églises et, plus rarement à l'extérieur. Mais le voile chrétien est une réalité plurielle. Une réalité qui varie selon les contextes, les régions, la spiritualité de chacune.

Si l'on parle souvent du voile musulman, le voile chrétien existe bel et bien, lui aussi. Les religieuses "prennent le voile", mais qu'en-est-il des laïques? Avant l'avènement du christianisme, les femmes de l’Antiquité étaient généralement voilées. Au Moyen-âge, elles continueront à se couvrir les cheveux. Les premiers textes chrétiens faisant mention du voile apparaissent dès le premier siècle avec Saint Paul, puis Clément d'Alexandrie, Tertullien et bien d'autres… Le voile chrétien a donc une longue histoire (abordée dans un article précédent). Il est une pratique courante jusqu’au milieu du XXe siècle. Qu'en est-il aujourd'hui?

Au Moyen-Orient

Dans les pays musulmans, les femmes chrétiennes ne portent, en général, pas de voile. Mais la situation varie selon les pays.

En Syrie, "à l'exception de quelques églises orthodoxes, où les femmes se voilent pour la communion, les femmes chrétiennes ne portent pas de voile", précise Amira, chrétienne et syrienne. Quant à elle, Amira affirme: "Je n'ai jamais porté le voile". Ni à l'intérieur des églises, ni au-dehors. "Il n'y a pas de voile obligatoire pour les chrétiennes en Syrie", explique-t-elle. "En ce qui concerne les femmes musulmanes, ça dépend du choix de chaque famille, voire même de chaque femme".

En Iran, la situation est plus délicate. Le code pénal iranien précise que le port du voile est obligatoire. Faute de quoi s'ensuivra une amende et une peine d'emprisonnement. Dans Le Point, Ian Hamel note néanmoins qu'une dérogation existe en ce qui concerne les femmes chrétiennes chaldéennes ou arméniennes. Une faveur dont ne bénéficient pas les femmes catholiques et protestantes, puisque leurs communautés ne sont pas officiellement reconnues. Elles sont donc tenues d'obéir aux lois islamiques. Mais un vent de contestation souffle au pays des ayatollahs. Fin décembre 2017, Vida Movahed s'était montrée tête nue dans une rue très fréquentée de Téhéran. Narges Hosseini a suivi son exemple, en tenant son foulard au bout d'une perche en signe de contestation. Le 1er février, une trentaine de femmes ont été arrêtées. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes iraniennes protestent, non pas contre le voile en lui-même, mais contre son caractère obligatoire. En décembre 2017, le général de brigade Hossein Rahimi, avait déclaré, lors d’un discours à Téhéran: "En accord avec la décision du commandant des forces de police, ceux qui ne respectent pas les codes islamiques ne seront plus placés en centres de détention et n’auront pas de casier judiciaire". Mais ces propos n'ont pas été suivis par les changements espérés. En Iran, les femmes catholiques et protestantes sont donc soumises aux mêmes lois que les femmes musulmanes: le voile est obligatoire et cette obligation suscite de plus en plus de protestations.

En Europe de l'Ouest et en Amérique

En Europe et en Amérique, très récemment, la mantille trouve un regain d'intérêt chez certaines jeunes femmes, principalement dans les milieux traditionnels, comme la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre et bien sûr les traditionalistes, en froid avec Rome, de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), fondée par feu Mgr Lefebvre, et qui ne reconnaît pas le Concile Vatican II.

Au sein de ces communautés quelques femmes portent la mantille. Sans obligation. Pour ces jeunes femmes, il s'agit d'une initiative personnelle et libre. À l'église des Minimes à Bruxelles, Anne-Chantal témoigne ainsi: "La mantille n'est pas une décoration dans ma vie spirituelle. La mantille me porte au quotidien, aussi bien quand je la porte que quand je ne la porte pas. Ainsi par exemple, elle m'apprend l'humilité… Etre fidèle à l'appel qu'on a reçu malgré les difficultés, les incompréhensions, les mauvaises passes… Le port de la mantille est donc pour moi un exercice quotidien de l'abandon au Christ". Marguerite, une autre jeune femme ajoute: "Voiler, recouvrir, ce peut être une manière de révéler qu’il y a, sous le voile, un mystère". Anne-Chantal récuse l’idée selon laquelle l'Eglise, par peur ou par crainte, tendrait à voiler la beauté spécifique de chaque femme : "Le port de la mantille est beaucoup plus profond que cela. En se voilant, les femmes voilent effectivement ce qu'on pourrait considérer leur beauté personnelle, mais en le faisant, elles la confient à Dieu Lui-même. Elles s'en remettent à Dieu… N'est-ce pas respecter vraiment les femmes que de faire primer la beauté intérieure sur la beauté physique ?". Là où le voile ne revêt pas un caractère de contrainte, il prend une signification spirituelle et acquiert, pour ces jeunes femmes, une valeur de vérité.

Aux Etats-Unis, la chaîne Catholic New Service a réalisé un bref reportage sur l'enthousiasme renouvelé pour la mantille chez de plu en plus de jeunes femmes. L'une d'elle y affirme: "Durant la célébration, toutes les choses mystérieuses sont voilées… Quand vous portez la mantille, vous êtes une icône de l'Église, vous représentez l'Epouse du Christ".

Dans l'orthodoxie

Dans les pays de l'Est et spécialement dans les Eglises orthodoxes, le port du voile à l'église, là encore, n'est pas une obligation, plutôt une tradition répandue, comme l'explique le sous-diacre de la chapelle universitaire orthodoxe de Louvain-la-Neuve, Jean Hamblenne. Qu'en est-il dans les églises orthodoxes de Belgique? A l'église orthodoxe russe de la Mère de Dieu Source de Vie, à Seraing, toutes les femmes portent un voile. À Louvain-la-Neuve, Jean Hamblenne explique cependant: "Dans notre paroisse, les jeunes ne le portent pas, ni les personnes orthodoxes d'origine belge converties à l'orthodoxie". Pour ce qui est du voile dans l'orthodoxie, la situation varie donc selon les paroisses et les pays. Selon les statuts et les circonstances également, comme le fait remarquer la journaliste Allison Troy: "Les Matushkas, ou épouses de prêtres, peuvent être tenues de porter des couvre-chefs en présence d'un évêque", affirme-t-elle.

Pour Christa Conrad, convertie à l'orthodoxie, le port du voile est le signe de sa volonté d'obéissance à Dieu: "Le fait de me couvrir la tête ne symbolise pas ou ne signifie pas seulement que j'adhère à l'ordre divin, mais que je m'y soumets volontairement et visiblement", affirme-t-elle[3]. Elizabeth, quant à elle, ajoute qu'avec l'obéissance naît le "sentiment d'être à sa juste place dans l'univers ordonné par Dieu". Mais comme le souligne Jean Hamblenne: "Nulle part, personne je crois ne se verra plus reprocher de ne pas porter de foulard".

En Afrique

Le foulard est porté de longue date par les femmes en Afrique. Là, visuellement, il s'apparente plutôt à un turban. Cette coutume est antérieure à la christianisation, elle précède également l'arrivée de l'islam. Ancré dans les croyances et les cultures traditionnelles, la signification, l'art et la manière de nouer le foulard, là aussi, varient selon les régions. Et son appellation change en fonction des langues locales: au Malawi et au Ghana il est appelé duku, au Zimbabwe dhuku, au Nigéria gele, au Botwana tukwi et chez les Bambaras (un peuple situé principalement au Mali), kouna diala… Chez les Bambaras, ce sont tout particulièrement les jeunes mariées qui portent le kouna diala. Pour ce peuple, "le foulard exprime le passage de la jeune fille au stade de femme accomplie, le mariage étant signe d’accomplissement et d’honneur", explique Alice Grace Malongte pour Monwaih. "Les femmes Bambaras portaient le foulard pour se protéger des mauvais esprits. En effet, selon la croyance populaire, les génies de l’eau et de la brousse avaient de l’attrait pour les jeunes mariées. Le foulard était donc une protection divine contre ces êtres surnaturels", explique-t-elle.

Le christianisme a bien sûr modifié la signification du foulard en la distinguant des croyances anciennes. A propos du Congo et de l'Afrique centrale, le Père Pierre Mastaki note que le foulard a toujours été signe de la dignité de la femme, mais que "le christianisme y a ajouté, en plus, la valeur de consécration". "Cependant au contact de la modernité, ajoute-t-il, la pratique du port du foulard africain se perd". Le Père Mastaki souligne que cette tendance s'observe aussi bien au Congo qu'au sein des communautés africaines de Belgique. Une jeune femme africaine que nous avons rencontrée témoigne dans ce sens: "Je suis catholique et pratiquante. Je comprends la symbolique du voile et je la respecte, mais en ce qui me concerne, je le porte seulement dans mon cœur. Pour moi, le voile est réservé aux religieuses". En Afrique et parmi les communautés africaines de Belgique, la christianisation ne s'est donc pas accompagnée d'un renouveau en ce qui concerne le foulard. Ces dernières décennies, le souhait de s'aligner sur la modernité semble être plus fort.

Alice Grace Malgonete fait remarquer que la situation est très différente en Amérique, où le foulard africain a trouvé une signification particulière à cause du contexte esclavagiste dans les communautés d'origine africaine. A partir de 1786 avec la Tignon law, le port du foulard a été rendu obligatoire pour les femmes de couleur. S'il apparaît alors comme un symbole de servitude, il est devenu un "signe de courage, d'endurance et d'unité", sous l'impulsion des Black Panthers dans les années 60'.

Comment s'habiller (et se voiler) en présence du pape?

En présence du pape, il est recommandé pour les femmes de porter une mantille noire et des vêtements de la même couleur. Seules les reines et les princesses catholiques en exercice bénéficient du "privilège du blanc". Quatre reines sont concernées aujourd'hui: la reine d'Espagne (Letizia Ortiz Rocasolano), la reine de Belgique (notre reine Mathilde d’Udekem d’Acoz), la grande-duchesse du Luxembourg (María Teresa Mestre) et la princesse de Monaco (Charlene Wittstock). Figure également parmi les femmes autorisées à s'habiller en blanc en présence du pape: Marina Ricolfi Doria, princesse de Naples et duchesse de Savoie.

"Pour celles qui ne sont ni reines ni princesses catholiques, une tenue noire assortie d'une mantille de la même couleur est en effet traditionnellement requise", souligne L'Orient. "Néanmoins, depuis la révision du droit canonique en 1983, si cette tenue est toujours préconisée par le service protocolaire du Saint-Siège, il ne s'agit plus d'une obligation".

Lorsque le roi Philippe et la reine Mathilde ont rencontré le pape François, l'année dernière, la reine était vêtue de blanc. En présence du pape, Melania et Ivanka Trump s'étaient quant à elles vêtues de noir, portant une mantille. Des exemples dans la droite ligne du protocole.

Mais l'usage n'est pas toujours respecté avec la même exactitude qu'autrefois, spécialement en ce qui concerne les femmes non-catholiques. En 1989 déjà, Raïssa Gorbatchev s'était présentée devant le pape Saint Jean-Paul II tête nue… et toute vêtue de rouge. Angela Merkel a rencontré le pape à plusieurs reprises sans mantille. Tout comme Mary Robinson, ancienne présidente d'Irlande. Angela Merkel et Mary Robinson sont toutes deux protestantes. Et quant à la reine Rania de Jordanie, elle a rencontré le pape François en 2014 avec un voile blanc (et un voile noire lors de sa rencontre en 1999 avec Jean-Paul II).

MMH

Image: CC-BY-SA-Madeleine-Marie

 

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