Migrants : accord pour… bloquer le flux au sud de la Libye !


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Migrants : accord pour… bloquer le flux au sud de la Libye !
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

Depuis le début de l’année, plus de cent mille migrants ont traversé la Méditerranée dans l’espoir de gagner l’Europe. L’Italie, à elle seule, en a accueilli plus des trois quarts. Les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne ont apporté jeudi leur soutien à un plan d'action de la Commission. Reste à voir si cet accord pourra véritablement soulager les ports italiens.

L'Italie n'en peut plus de supporter quasiment tout le poids du flux migratoire européen. Ces derniers jours, le pays a multiplié les appels à l’aide face à l’arrivée massive de migrants sur ses côtes. Rien qu'entre le 1er et le 3 juillet de cette année, 85.183 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Italie, soit 16% de plus qu'en 2016 à la même période. Mais la réalité est plus interpellante encore puisque la pénisule italienne supporte depuis le début de l’année, 85% des flux migratoires en mer Méditerranée et est devenue, et de loin, le principal point d’arrivée des vagues migratoires. Pourtant, en septembre 2015, les états membres de l’UE s’étaient engagés à relocaliser temporairement quelque 160.000 réfugiés arrivés en Italie ou en Grèce. Près deux ans plus tard, l’objectif est très loin d’avoir été atteint. A la date du 28 juin dernier, 22.841 migrants ont été pris en charge. On est bien loin du compte.

Pourquoi l'Italie fait-elle face à ce problème migratoire? Pour les experts, les routes migratoires changent en fonction de la réponse des pays d’accueil et de l’Union européenne. Ainsi, en 2016, la Grèce a accueilli une écrasante majorité de migrants: 158.527 au 3 juillet. En 2017, durant la même période, elle n’en a accueilli que 9.290 conséquence de l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie. De même, la fermeture de la route des Balkans et les politiques anti-migrants de pays comme la Hongrie ont aussi joué un rôle dissuasif. Les voisins européens de la Grèce ont donc fermé leurs frontières, tout en refusant d’adhérer au système de répartition par quotas fixé par l’Union européenne en septembre 2015. Du coup, les flux migratoires se sont quasi-exclusivement concentrés vers la côte italienne avec une autre conséquence, plus dramatique celle-là: les migrants empruntent un chemin de plus en plus dangereux.

En effet, selon Amnesty international, l'année 2017 pourrait être la plus meurtrière pour ceux qui tentent de fuir la guerre ou la misère en empruntant la Grande Bleue. L'ONG a en effet recensé 2.072 décès de migrants sur les plus de 75.000 personnes qui ont tenté la traversée à partir de la Libye pendant les six premiers mois de l’année. Amnesty a calculé un taux de décès de 2,7%, soit trois fois plus qu’en 2015.

L'Italie bien seule…

Le cri d'alarme de Rome a été entendu par la Commission européenne, qui compte débloquer une enveloppe de quarante-six millions d’euros pour renforcer les capacités des autorités libyennes et une autre de trente-cinq millions d’euros - immédiatement mobilisable - pour augmenter l’aide à l’Italie. C'est ce qu'ont décidé les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, réunis jeudi 6 juillet 2017 à Tallinn en Estonie, et qui ont soutenu le plan d'action proposé en urgence par la Commission. Un plan qui vise notamment à accroître les engagements pris envers la Libye, principal pays de départ et de transit. Or, dans le même temps se tenait à Rome une rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays européens et de certains pays africains pour évoquer des pistes afin de bloquer le flux de migrants au sud de la Libye. La rencontre s’est conclue par des engagements et une déclaration commune d’intentions.

Parmi les propositions avancées, figurent les investissements en faveur des jeunes et des femmes dans les pays d’origine, un soutien aux contrôles dans les pays de transit ou encore une amélioration de la politique des retours, volontaires ou forcés.

De son côté, l'Italie débloquera 10 millions d’euros pour aider la Libye à contrôler ses frontières avec le Niger, le Tchad et le Soudan; 18 millions pour aider l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à organiser en Libye les retours volontaires des migrants vers leur pays d'origine et 3 millions pour les opérations de lutte contre le trafic d'êtres humains.

D’autres pays comme l'Allemagne ont aussi promis des efforts financiers mais pour l’heure seule l’Italie s’est véritablement engagée, chiffres à l’appui. Les signataires ont par ailleurs déclaré vouloir aider le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l'OIM à augmenter leur présence tout au long du parcours des migrants et à alerter dans les pays d'origine sur les dangers du voyage. Les ministres européens se retrouveront en janvier 2018 à Rome pour faire le point sur ces objectifs annoncés.

Mais, pour de nombreux experts, Rome semble bien seule et abandonnée par ses pairs européens. Car, dans les faits, l’Union européenne n’est prête à aider l’Italie qu’à la marge. Et certainement pas en ouvrant ses ports pour désengorger les centres d’accueil de migrants, comme l’avait demandé le ministre italien de l'Intérieur Marco Minniti. "Les gouvernements de l'UE préfèrent privilégier le démantèlement des réseaux de passeurs et empêcher les départs de bateaux depuis la Libye", souligne Amnesty international, qui attire aussi l'attention sur le sort qui est réservé aux migrants que l'on ramène en Libye; notamment de la part des passeurs.

Car, si les chefs d'états de l'UE s'accordent sur la nécessité d'accueillir des réfugiés politiques qui courent un risque réel, ils n'entendent pas réserver le même accueil aux migrants économiques. D'où la reconduite de ceux-ci vers les côtes libyennes, d'autant que les nationalités qui parviennent à fouler le sol italien ne sont pas éligibles au statut de réfugiés politiques. Il s'agit essentiellement de Guinéens, de Nigérians et d'Ivoiriens. Et les migrants syriens ne représentent que 8%, soit 4.161 personnes sur les 101.000 migrants accueillis cette année par l’Italie. Le plan conclu à Tallin semble donc dérisoire et ne tient pas compte des réalités humaines dramatiques qui se cachent derrière chacun de ceux qui risquent leur vie dans l'espoir d'une vie meilleure.

J.J.D. (avec agences)


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