“Minerais de conflit” : un accord européen vidé de sa substance


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“Minerais de conflit” : un accord européen vidé de sa substance
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

Minerai-conflitPour la commission Justice et Paix, l’accord entériné le 15 juin par l’Union européenne n’apportera pas de progrès significatif pour les populations affectées par les conflits engendrés par l'exploitation des minerais rares.

L’Union européenne est parvenue à un accord sur le règlement dit des "minerais de conflits" (appelés aussi "minerais de sang", et dont certains entrent dans la fabrication des téléphones portables), dont l'extraction se fait bien souvent dans des conditions désastreuses pour la sécurité des populations. Malheureusement, pour la commission Justice et Paix, celui-ci est trop peu ambitieux pour espérer une évolution notable sur le terrain, à savoir "rompre les liens entre le commerce des minerais et les conflits".
Le parlement européen avait pourtant laissé des espoirs en votant le 20 mai 2015 un texte ambitieux, demandant l’adoption d’un règlement robuste, en accord total avec les standards internationaux prônés par l’OCDE. Mais les négociateurs du parlement européen se sont retrouvés face à des Etats membres peu enclins à adopter une quelconque législation obligeant toutes les entreprises à vérifier que leurs fournisseurs ne contribuent pas à des conflits sanglants. "C’est une attitude irresponsable qui montre le peu d’intérêt porté aux nombreuses victimes de ces exactions, comme c’est le cas à l’Est de la RD Congo", s’indigne Arnaud Gorgemans, Président de la Commission Justice et Paix.
Certes, une obligation a été introduite pour certains acteurs, comme les fonderies, raffineries et autres entreprises important des minerais bruts, mais ils ne représentent qu’une infime partie du marché. La majorité des importations de l’UE est en effet constituée de minerais déjà transformés et assemblés dans des usines en Asie. Or, ces entreprises ne seront pas soumises à l’obligation et pourront volontairement choisir d’y adhérer.

Manque de courage face aux lobbys

"Il existe déjà des standards internationaux, comme le guide de l’OCDE, qui propose aux entreprises de s’engager dans ce processus de transparence. Pourtant, force est de constater que ces principes ne sont que fort peu suivis", déplore Santiago Fischer, chargé de plaidoyer à Justice et Paix qui estime que demander l’obligation pour toute la chaîne d’approvisionnement des minerais n’est pas une question idéologique, mais plutôt d’efficacité .
Pour Justice et Paix, l’UE rate une occasion unique de défendre les droits humains. "Les Etats membres ont manqué de courage, et ont cédé aux lobbys des entreprises. Notre continent ne peut pas se targuer de défendre les droits humains à travers le monde si elle ne se donne pas les moyens de le faire", conclut l'ONG d'éducation au développement.

P.G.

Catégorie : International

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