L’eucharistie, pour demeurer dans le Christ


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L’eucharistie, pour demeurer dans le Christ
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
7 min

eucharistieComme le concile Vatican II l’a exprimé dans cette très belle formule, l’eucharistie est "source et sommet de toute la vie chrétienne" (Lumen Gentium, n° 11). Comment comprendre cette expression, qui pourrait sembler paradoxale? Si l’eucharistie achève l’initiation chrétienne, elle est également nourriture de notre vie de foi.

Parmi les sacrements de l’Eglise, l’eucharistie est, avant tout, celui qui achève, accomplit l’initiation chrétienne. Le baptême réalise notre nouvelle naissance dans le Christ, une fois pour toutes. La confirmation opère en nous l’effusion de l’Esprit saint, nous rendant adultes dans la foi, également une fois pour toutes. Quant à l’eucharistie, elle nous permet d’entrer dans la plénitude de notre vie chrétienne, en ce qu’elle nous fait participer à l’événement de la Pâque du Christ, mort et ressuscité pour nous. Non pas une fois pour toutes mais, à partir de notre première communion, tout au long de notre vie de foi.

En ce sens, le baptême et la confirmation sont en quelque sorte orientés vers l’eucharistie comme vers leur sommet… Alors que toute la vie, toutes les paroles et toutes les actions du Christ sont orientées vers le mystère de sa mort et de sa résurrection pour nous, de même toute notre vie de foi est orientée vers notre propre participation à ce mystère. Et cette participation se réalise en particulier dans l’eucharistie, qui nous aide à vivre notre propre Pâque au cours de notre existence.

Nourriture spirituelle

Ainsi, l’eucharistie est également un sacrement-source. Car, si le baptême et la confirmation nous font entrer dans la vie chrétienne, l’eucharistie nous aide à y demeurer, à la faire grandir, à nourrir constamment la vie de Dieu en nous. Le fruit de l’eucharistie, c’est en effet une relation plus profonde avec le Père, par le Christ et dans l’Esprit. Mais c’est aussi une relation d’amour plus profonde et plus concrète avec tous nos frères et sœurs en Christ, et en humanité. Ce qui est le double sens du mot "communion". Autrement dit, l’eucharistie nous aide à vivre en chrétiens, qui est le sens authentique du mot "pratiquer", et ce, non seulement le temps d’une liturgie, mais dans le réel de nos existences.

Comment l’eucharistie nourrit-elle notre vie chrétienne qui est, encore une fois, essentiellement participation à la mort et à la résurrection du Christ? Ou, pour formuler cette question autrement: comment l’eucharistie nous fait-elle participer à ce mystère, qui est le cœur de notre vie dans le Christ?

"Ceci est mon corps", "Ceci est mon sang"

Pour comprendre un tant soit peu ce qui se passe au cours d’une eucharistie, remontons un instant à sa source, à savoir le dernier repas que Jésus a partagé avec ses apôtres, la veille de sa mort. Comme nous le rapportent les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), ce soir là, le peuple d’Israël célèbre le repas pascal, le jeudi précédant la fête de la Pâque. Au cours de ce repas, les Juifs font mémoire de leur fuite d’Egypte, en toute hâte, symbolisée par le pain sans levain qui est alors partagé (voir Deutéronome 8,3). Ce pain qui, dans l’Ancienne Alliance, est également offert à Dieu chaque année, en action de grâce pour la moisson. Quant au vin bu au cours de ce repas, il signifie la joie que le Peuple célébrera lors de la venue du messie et le rétablissement de Jérusalem.

Or, Jésus, qui s’inscrit dans cette tradition, va cependant lui donner une nouvelle signification, manifestant qu’il accomplit, dans sa personne, ce qui était annoncé dans l’Ancien Testament. Voici comment saint Luc raconte ce que Jésus a dit et fait ce soir-là: "Puis, prenant du pain en rendant grâces, il le rompit et le leur donna en disant: ‘ceci est mon corps, qui va être donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi’. Il fit de même pour la coupe après le repas, disant: ‘Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous’."

Présence réelle

Ce texte, bien connu des chrétiens participant à l’eucharistie dominicale, exprime, en des mots simples, toute la signification, toute la profondeur, tout le mystère de ce que nous célébrons et vivons lors de chaque messe. En partageant le pain et le vin à ses apôtres, Jésus en fait les signes de ce qui va se passer lors de sa Pâque, le lendemain: il va livrer son corps aux pécheurs, pour être crucifié, verser son sang et ainsi, par sa mort, vaincre notre péché et notre propre mort.

Or, pour la tradition chrétienne, comme en attestent différents textes des Pères des premiers siècles chrétiens, ces signes du pain et du vin, accompagnés des paroles du Christ qui en donnent le sens, sont plus que de simples symboles. Il sont des symboles "réels", c’est-à-dire qu’ils réalisent ce qu’ils signifient, à l’image des autres sacrements. Cependant, ce sacrement de l’eucharistie, pour les traditions catholique et orthodoxe, possède "quelque chose de plus" que les autres sacrements: il signifie et réalise la présence du Christ, ce que l’on appelle communément, en théologie catholique, la "présence réelle".

Autrement dit, à chaque fois que le prêtre, qui est lui-même comme le sacrement de la personne du Christ, prononce les paroles "ceci est mon corps", "ceci est mon sang", c’est réellement le corps et le sang du Christ qui se rendent présents. Non pas une présence physique, ni une présence seulement symbolique, mais précisément une présence… sacramentelle. Non pas la présence d’un élément matériel inerte, mais la présence de la Personne du Christ, mort et ressuscité. Car, selon la conception biblique du corps, celui-ci ne se comprend jamais sans l’âme, sans le principe spirituel de la personne. Et inversement, l’esprit n’est jamais "là" sans la chair. Et si c’est bien la chair du Christ qui est sacramentellement présente, il s’agit de sa chair ressuscitée, qui nous communique l’Esprit.

Un mémorial vivant

Dans leurs arguments visant à répondre à certains réformateurs qui, tels Zwingli (1484-1531), rejetaient cette interprétation traditionnelle, les théologiens catholiques mettaient en avant ces paroles du Christ instituant l’eucharistie: "Ceci est mon corps livré pour vous". Et non pas: ceci symbolise, ou représente mon corps… Autre aspect: le "faites ceci en mémoire de moi", qui doit être compris au sens biblique fort du terme. A savoir qu’un "mémorial" ne consiste pas seulement à se souvenir d’un événement, mais à le rendre présent, à le rendre actuel, vivant.

En résumé, pour la théologie des sacrements, à chaque célébration eucharistique, c’est l’unique sacrifice du Christ, son don total de soi au Père et à l’humanité qui se rend effectivement présent, pour nous. Non seulement présent, mais également agissant. Autrement dit, lorsque nous communions au pain et au vin consacrés, nous participons réellement à la Pâque du Christ. Lorsque le ministre, le prêtre, offre le pain et le vin en signe d’action de grâce, nous sommes appelés à participer à cette offrande, en nous donnant également nous-même en action de grâce au Père, avec le Christ, dans l’Esprit. Et lorsque le prêtre nous donne le pain et le vin consacrés, nous recevons réellement le Christ mort et ressuscité, qui nous fait participer à son mystère.

Ainsi, lorsque nous communions, nous mangeons et buvons réellement – sacramentellement – la "chair et le sang" du Christ, pour "demeurer en lui et lui en nous", comme l’écrit l’évangile de Jean (6,56), exprimant ainsi le sens de l’eucharistie, dans le "discours sur le pain de vie". Il ajoute ces paroles de Jésus: "De même qu’envoyé par le Père, qui est vivant, moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra lui aussi par moi" (Jean 6,57).

Pastorale

Soulignons un dernier élément, d’ordre pratique. Au début du siècle dernier, le pape saint Pie X a souhaité que les jeunes enfants puissent accéder à la communion. Cette décision s’inscrivait dans un contexte de société chrétienne, où les enfants recevaient une éducation à la foi dès leur plus jeune âge. Mais elle eut pour conséquence de bouleverser la séquence "normale" de l’initiation chrétienne, et de placer la confirmation après la première communion. Or, dans le contexte d’une société sécularisée et pluraliste, l’Eglise est amenée à repenser la pastorale de l’initiation chrétienne, et à replacer les sacrements dans leur ordre originel, à savoir célébrer la confirmation après le baptême et avant la première communion.

Christophe HERINCKX (Fondation Saint-Paul)

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