Un jour noir


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Un jour noir
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

media_xll_7390938Quels mots peut-on trouver pour décrire ce que tous nous ressentons après l’attentat contre Charlie Hebdo en France? La profession journalistique est en deuil et chaque journaliste, qu’il soit polémiste ou non, a aujourd’hui le cœur lourd et triste. Nos pensées vont à ces confrères qui ont perdu la vie en ne faisant que leur métier, et à leurs proches. Nous pensons aussi à ces policiers, abattus froidement, qui sont là pour défendre les valeurs qui sont les nôtres et la population.

Que l’on aime ou non Charlie Hebdo, qu’on ne partage pas ses idées, ni son sens de la provocation, n’est pas important. Chaque époque a connu ses pamphlétaires, ses polémistes, ses chansonniers qui ont tous, à un moment, caricaturé les excès de leur temps. Sans eux, la démocratie ne se serait pas construite. Sans eux, nous serions moins libres. La liberté de pensée et de s’exprimer est un des acquis fondamentaux de notre société. Souvent, à juste titre, nous nous élevons contre les pratiques qui, dans certaines parties du monde, visent à museler ceux qui osent critiquer et dénoncer les injustices et les exactions de toutes sortes. Lorsque le problème des caricatures du Prophète a tenu le devant de la scène, le débat a fait rage sur l’opportunité ou non, de les publier. Charlie Hebdo l’a fait au nom de cette liberté d’expression, non pour heurter une religion et ses fidèles – même si cela été sans doute un peu le cas – mais parce que la rédaction n’a pas voulu céder aux menaces. Céder aux menaces, c’est faire reculer la démocratie et la justice. Et parfois, hélas, il faut transgresser les règles de courtoisie au nom des principes qui régissent notre société qui cherche à bâtir un monde meilleur.

Au moment d’écrire ces lignes, personne n’a revendiqué l’attentat. Evidemment, les soupçons se portent sur l’extrémisme radical islamique, compte tenu des menaces dont avait fait l’objet l’hebdomadaire satirique et vu le contexte international. Mais, quels que soient les auteurs, la question est de savoir au nom de quelles revendications peut-on justifier l’acte terroriste qui s’est déroulé à Paris? Aucune cause, fût-elle la plus noble, ne justifie le mépris de la vie et la haine de l’autre.

Même si nous ne partageons pas les positions de Charlie Hebdo, il nous faut saluer le courage de la rédaction d’avoir, parfois - c’est vrai - avec excès, dénoncé des injustices, moqué, caricaturé, démontré des abus… Ils ont fait avancer le monde.

Céder aux menaces et au terrorisme, s’autocensurer, serait la meilleure victoire pour ceux qui ont commis l’innommable en ce sombre mercredi.

Au nom de cette liberté pour laquelle nos ancêtres ont combattu, nous sommes tous solidaires. Aujourd’hui, il n’y a pas que la presse qui est en deuil. C’est un jour noir pour la démocratie et pour le monde. Pour chacun d’entre nous.

Jean-Jacques Durré

Légende photo:

"Jesuischarlie": des milliers d'internautes ont exprimé sur les réseaux sociaux leur solidarité avec les victimes de l'attentat meurtrier qui a visé Charlie Hebdo. Par solidarité, nous reprenons aussi ce slogan. La rédaction et le personnel des Médias Catholiques Belges Francophones (mcbf.be) confient les victimes et la souffrance de leurs proches au Seigneur.

Catégorie : L'actu

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