En Belgique, réactions émues à la tragédie de Charlie Hebdo


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En Belgique, réactions émues à la tragédie de Charlie Hebdo
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

A la suite du terrible attentat survenu hier dans les locaux de Charlie Hebdo, nombreux sont les pays et les citoyens qui ont manifesté en masse leur solidarité. Tous pleurent les victimes de cet acte d’une violence sauvage et s’unissent à travers le monde pour rendre hommage à la liberté d’expression et à la démocratie. En Belgique, des rassemblements solidaires ont été organisés dans les principales villes du pays.

Rassemblement Charlie HebdoCe jeudi matin, plus de 300 personnes se sont rassemblées sous la pluie sur la place de l'Université, à Louvain-la-Neuve, en hommage aux victimes de l'attentat dans les bureaux de Charlie Hebdo. L'initiative est partie d'un appel lancé mercredi soir, sur les réseaux sociaux. Le rassemblement était composé d'étudiants, d'enseignants, de personnel de l'université et de sympathisants qui avaient fait le déplacement. Le premier échevin ottintois, Cédric du Monceau, était présent. Un autre rassemblement pour le « libre coup de crayon » se déroulait ce midi à Charleroi. Près de 450 personnes, parmi lesquelles le personnel communal et les ouvriers de l'ICDI (Intercommunale de Collecte et de Destruction des Immondices), étaient présentes avec la pancarte « Je suis Charlie ». De nombreux policiers en uniforme et en civil étaient également présents en hommage à leurs deux confrères abattus par les terroristes. Une école de Charleroi avait, elle aussi, envoyé une délégation. D’autres manifestations publiques sont prévues ce soir à Namur (18h), Nivelles (18h15), Wavre (19h)… Les invitations circulent notamment sur les réseaux sociaux.

Des rassemblements spontanés se sont déjà déroulés hier soir à Bruxelles et à Liège. Nés à l'initiative de plusieurs utilisateurs de réseaux sociaux qui se demandaient comment manifester leur soutien, si loin de Paris, ils ont rassemblé des centaines de personnes. A Liège, par exemple, la cartooniste Cécile Bertrand a pris la parole pour témoigner: "Avec Internet, les dessins sont diffusés très rapidement partout et on se dit qu'on peut faire du mal à des gens sans le savoir. Ce qui s'est passé aujourd'hui remet peut-être une couche supplémentaire qui va empêcher les gens de dire ce qu'ils pensent." A Bruxelles, plusieurs témoins soulignaient l'importance de rester unis: "Ce qui me fait peur, c'est l'amalgame, c'est que des communautés soient montées les unes contre les autres, et notamment contre les musulmans."

Se mobiliser pour la paix

De nombreuses déclarations ont été publiées en Belgique depuis ce sinistre mercredi 7 janvier, en parallèle des manifestations de soutien. L’évêque de Liège, Mgr Delville, en lien avec l’Union des mosquées de la province de Liège, exprime son horreur face à la tragédie de Charlie Hebdo: « En agissant de la sorte, les auteurs de cet attentat trahissent les valeurs de l’évangile, de l’islam et des droits de l’homme, en particulier le droit à la vie et à la liberté d’expression. Nous dénonçons pareille trahison et nous appelons chacun à se mobiliser pour le vivre ensemble, dans le respect mutuel et la paix ».

Je suis Charlie au Résidence PalaceSur un plan politique, le Premier ministre belge s’est exprimé hier soir: "La Belgique apportera aux autorités françaises compétentes la collaboration des services belges dans la traque et l’arrestation des auteurs, indique Charles Michel dans son communiqué. La liberté d’expression ainsi que la liberté de la presse doivent être garanties dans notre Etat de droit démocratique. Nous ne pouvons pas tolérer cette attaque brutale contre les libertés constitutionnelles. Le Gouvernement belge condamne fortement cette atrocité."

Au même moment, dans la conférence pour les vœux de Nouvel an, le président du Parti socialiste a rendu hommage aux victimes de cette tuerie de Charlie Hebdo: « L’un des grands combats de notre époque doit être de protéger les intellectuels, les écrivains, les journalistes, les artistes, et bien sûr les dessinateurs de presse, tous ceux qui utilisent leur liberté d’expression sans inciter à la haine ou à la violence. Nous devons leur permettre d’accomplir leur travail sans entrave et sans crainte de représailles. Cela demande du courage et beaucoup de solidarité, mais je suis certain que notre société sera capable d’en témoigner à suffisance. Dans de tels moments, les démocraties doivent faire bloc pour éviter le déshonneur d’une capitulation devant la barbarie. » Elio di Rupo appelait à faire « une minute de silence » puis « une minute de bruit » car « les fanatiques veulent nous faire taire, et nous allons symboliquement leur montrer que leur combat est perdu d’avance ».

Pour montrer l’unité du pays contre cet acte terroriste qui a ravagé le siège de Charlie Hebdo, un collectif d’associations luttant contre les discriminations souligne dans un communiqué commun: « Aucune cause n’est servie par un tel massacre. Pire: toute cause qui serait invoquée pour le justifier serait salie aux yeux du monde. » Ces associations parmi lesquelles Pax Christi, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax), le Collectif contre l'islamophobie en Belgique (CCIB) et l'Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) poursuivent: «Quelles que soient les prétentions des assassins, nous n’avons rien en commun avec les idéologies qui prescrivent de régler les tensions sociales à coup de mitraillette. La lutte pour un monde plus juste est inséparable du plus grand respect pour la vie humaine. Nous ne l’oublions jamais.»

S. Timmermans / A.-F. de Beaudrap

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