Abus sexuels : les évêques belges ont fait le point à la Chambre


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Abus sexuels : les évêques belges ont fait le point à la Chambre
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

08052008_Le_Parlement_05Ce mercredi 10 décembre 2014, des représentants de l’Eglise catholique étaient invités au Parlement fédéral par la commission de suivi des abus sexuels sur mineurs dans une relation d’autorité, en particulier dans l’Eglise catholique, et la Commission Justice de la Chambre des Représentants.

Mgr Jozef De Kesel, évêque de Bruges, ainsi que son vicaire général, Koen Vanhoutte, y avaient été invités avec les deux évêques référendaires sur les abus sexuels, Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers, et Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai. Les trois évêques ont abordé le suivi, par l’Eglise de Belgique, au cours des derniers mois. Ainsi, Mgr Harpigny a parlé des points de contact et Mgr Bonny de questions que les évêques se posent à propos de la procédure à suivre à l’égard des abuseurs présumés. De son côté, Mgr De Kesel a tenu à donner des précisions sur les trois situations délicates connues dans son dioèce et relatées dans les médias. Ces exposés ont été suivis d’un long temps de questions-réponses.

Dans son intervention, Mgr Harpigny a tout d’abord remercié les parlementaires pour le souci qu’ils manifestent pour la manière dont l’Eglise catholique agit à l’égard des victimes et des abuseurs présumés d’abus sexuels sur mineurs, dans une relation pastorale à l’intérieur de l’Eglise. Il a rappelé que l’audition des évêques et des supérieurs religieux en 2010-2011 a ouvert des chemins nouveaux pour rencontrer les victimes d’abus sexuels sur mineurs et pour entamer des procédures à l’égard des abuseurs présumés. Il a aussi précisé que la réflexion menée par les évêques et supérieurs religieux a abouti à la publication d’un document intitulé "Une souffrance cachée. Pour une approche globale des abus sexuels dans l’Eglise", en janvier 2012. "Cette réflexion a abouti à des décisions. La première a été l’acceptation de la demande du Parlement dont le résultat a été la création du Centre d’arbitrage: reconnaissance des victimes; compensation financière; aide", a indiqué l’évêque de Tournai, poursuivant: "La deuxième a été la mise sur pied de dix points de contacts locaux".

Points de contacts et indemnisations

Mgr Harpigny a rappelé aussi que les victimes pouvaient s’adresser au Centre d’arbitrage jusqu’au 31 octobre 2012 et qu’il fallait, par conséquent, donner aux victimes qui avaient appris trop tardivement l’existence du Centre d’arbitrage la possibilité de déposer leur demande au-delà du 31 octobre 2012. "Par ailleurs, il fallait laisser aux victimes qui ne désiraient pas s’adresser au Centre d’arbitrage la possibilité de faire leur demande à une autre institution, dans laquelle l’Eglise catholique pouvait les reconnaître comme victimes, leur apporter une aide et, si elles le demandaient, une compensation financière".

Dix points de contacts ont donc été créés: un dans chacun des huit diocèses; un autre pour les religieux francophones; un autre pour les religieux néerlandophones. Ces points de contacts sont opérationnels depuis janvier 2012. Chaque point de contact est dirigé par un coordinateur qui assure le suivi depuis la première information jusqu’au terme de son traitement. Le coordinateur veille à ce que celui qui a informé, soit mis au courant de ce qu’il est advenu de sa déclaration. Lors de la rencontre nationale de tous les coordinateurs, il est possible d’examiner les suites à donner à des questions qui se posent, afin d’avoir, si possible, une ligne commune pour l’ensemble de l’Eglise catholique en Belgique. Ces points de contact sont financés par les diocèses concernés et par les religieux francophones et néerlandophones. Le point de contact travaille en toute indépendance, mais sous l’autorité de l’évêque. Mgr Harpigny a ensuite précisé qui pouvait s’adresser à ces points de contacts et la procédure.

Mgr Harpigny a également parlé de la Fondation Dignity, créée par Arrêté Royal du 4 mars 2012 afin de verser aux victimes les indemnisations prévues par le Centre d’arbitrage. Cette fondation d’utilité publique a pour objet d’offrir des formes de réparation et d’assurer une coordination des compensations financières allouées aux victimes de faits d’abus sexuels prescrits, commis lors de la minorité de la victime, par un prêtre catholique d’un diocèse belge ou par un membre d’une congrégation ou d’un ordre religieux établi en Belgique, mais aussi l’accompagnement des institutions ecclésiales dans le cadre des procédures introduites par une victime auprès du Centre d’arbitrage en matière d’abus sexuels ainsi que l’assistance à la médiation menée dans le cadre de ces procédures d’arbitrage ou d’autres procédures ou requêtes. Cette fondation verse à la victime ce qui est demandé, et demande à l’évêque ou au supérieur dont dépend le religieux, abuseur présumé, l’équivalent de la somme versée par la Fondation. A ce moment, si l’abuseur présumé est toujours vivant, l’évêque ou le supérieur religieux demande à l’abuseur de verser la même somme au compte de l’évêché ou de l’institut religieux.

L’évêque de Tournai a rappelé que, toujours en 2012 a été créée la Commission interdiocésaine pour la protection des enfants et des jeunes, laquelle a publié le rapport 2012-1013 du travail des points de contacts. Il a livré une série de données chiffrées, comme le fait qu’au total 323 communications ont été faites auprès des 10 points de contacts. Si on compte 628 plaintes pour le Centre d’arbitrage et 323 pour les Points de contacts, cela fait 951 plaintes en tout, précisant par ailleurs que sur les 323 demandes adressées aux points de contacts, 25 sont encore en cours et que, dans 38% des communications résolues, une compensation financière a été reconnue à la victime. "Pour 16% des communications, soit la victime est renvoyée à la Justice, soit une communication est faite à une instance judiciaire. Le but est de communiquer aux instances judiciaires tous les cas où l’abuseur est encore en vie", a déclaré Mgr Harpigny. Il a précisé que la compensation financière la plus fréquemment accordée est celle de 5.000 à 10.000€ (38 personnes); pour 47 personnes, elle est de moins de 5.000€; 41 ont un montant au-delà de 10.000€. Au total, jusqu’en juin 2014, la somme de 1.013.601€ a été payée aux victimes. Pour rappel, sur ordre du Centre d’arbitrage, 2.298.501 € ont été versés aux victimes.

En conclusion, Mgr Guy Harpigny a tenu à dire que c’est de cette manière que l’Eglise catholique a, en plus de sa contribution aux travaux du Centre d’arbitrage, cherché à rejoindre les victimes.

J.J.D. (Avec le diocèse de Tournai)


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