A Strasbourg, le Pape François s’adresse à l’Europe


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A Strasbourg, le Pape François s’adresse à l’Europe
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

FRANCE-EU-VATICAN-POPE-VISITLors d'une visite éclair de quatre heures au Parlement européen et au Conseil de l'Europe, ce mardi 25 novembre, le Pape François a prononcé successivement deux discours forts, interpellant le "Vieux continent" sur la question des droits de l'homme et des racines chrétiennes de l'Europe, en passant par celles du travail, de l’immigration et de l’écologie.

Un peu avant midi, le Pape François a interpellé longuement les députés européens, réunis en séance plénière, s'adressant ainsi à "plus de 500 millions de citoyens des 28 pays membres" de l’Union européenne. Le Pape a dressé un portrait critique de l'Europe d'aujourd'hui, appelée à s'adapter à un "monde plus complexe, en fort mouvement, toujours plus interconnecté et globalisé". Dans ce nouveau contexte, le continent renvoie une image de "fatigue et de vieillissement", celle "d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante".

15256374583_ff45d84fc2_nPlaçant l’être humain au centre de son discours, le Pape François a rappelé l'importance d'un engagement en faveur de sa dignité, et donc de ses droits inaliénables. A l'heure où "trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, la configuration et l’utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu’ils deviennent faibles, malades ou vieux".

Pour le Souverain Pontife, les droits fondamentaux de la personne ne sauraient dépendre des intérêts économiques et de leur logique consumériste, qui débouchent sur une "culture du déchet": "lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître".

Ce combat en faveur des droits de l'homme doit, selon le Pape, commencer par l’éducation. "A partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société", puis par les institutions éducatives et, enfin, l’emploi, dont les politiques doivent être favorisées, car il est "nécessaire de lui redonner la dignité en garantissant d’adéquates conditions à sa réalisation".

"Une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme"

Le Pape François s’est aussi adressé directement, et à plusieurs reprises, aux eurodéputés, qui l’ont maintes fois applaudi.

Il leur a rappelé les racines chrétiennes de leur continent: "une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui, lentement, risque de perdre son âme, ainsi que cet esprit humaniste qu’elle aime et défend".

François "estime fondamental, non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu’il veut donner, aujourd’hui et dans l’avenir, à sa croissance". Et au Pape de rassurer les quelques eurodéputés qui s'étaient opposés à la visite du Pape: "cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des Etats ni pour l’indépendance des institutions de l’Union, mais au contraire un enrichissement".

"Une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme", a encore indiqué le pape François à ce propos.

Concluant son discours, le Saint-Père a voulu insuffler force et espoir dans ses paroles: "le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi".

Moins incisif et plus institutionnel, le discours du pape François devant le Conseil de l'Europe a, quant à lui, dénoncé "le terrorisme religieux et international qui nourrit un profond mépris pour la vie humaine et fauche sans discernement des victimes innocentes". Il y a également déploré, à nouveau, une Europe "fatiguée et pessimiste, qui se sent assiégée par les nouveautés provenant des autres continents".

Christophe Herinckx (avec Radio Vatican et AFP)

Lire le discours du pape au Parlement européen

Lire le discours intégral du pape au Conseil de l'Europe

Quelques réactions à la visite du pape au Parlement européen

CardinalReinhartMarxPour le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et président de la commission des épiscopats de l’Union européenne (Comece), le discours du pape François devant les parlementaires européens est "une petite encyclique sociale pour l’Europe". Le prélat ajoute: "Certes, il a critiqué l’Europe telle qu’elle est, mais il ne s’est pas arrêté à cette critique. Il a aussi encouragé l’Europe. L’Union européenne est un cadeau pour le monde, a-t-il souligné. Car l’Europe est sans alternative réelle. Nous n’avons pas d’autre choix que la construction européenne. C’est un chemin pour l’avenir. Clairement, il a dit que l’Europe était notre avenir, et que l’Eglise catholique voulait cheminer avec elle. Le pape François n’a pas seulement réveillé l’Europe. Il nous a appelés à ne pas oublier notre vocation européenne. Il a réveillé l’Eglise en rappelant qu’il était nécessaire d’encourager et de soutenir l’Europe."

1e_lamberts-2Le député européen belge Philippe Lamberts, co-président du Groupe des Verts au parlement européen, a été ravi des propos tenus par François, notamment concernant la dignité humaine. Il craint néanmoins que ce discours ne soit pas entendu "par ceux qui dirigent l’Europe". Philippe Lamberts a relevé aussi que le pape a dit aux députés, qu’être élu, "c’est être le garant des plus fragilisés".

Ecoutez le député Ecolo:

 

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