Pourquoi des jeunes deviennent-ils jihadistes ?


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Pourquoi des jeunes deviennent-ils jihadistes ?
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

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Depuis la diffusion d'une vidéo montrant la décapitation de 18 soldats syriens par de jeunes jihadistes , le 16 novembre dernier, l'identification présumée de deux jeunes Français, parmi d'autres Européens, constitue un véritable traumatisme pour nos sociétés. Comment des jeunes en apparence "ordinaires" en arrivent-ils à devenir des bourreaux sanguinaires? Et surtout: pourquoi?

En réaction au sentiment d'horreur que provoque en nous ces actes d'une violence incompréhensible, nous pourrions être tentés d'y apporter une réponse seulement répressive et sécuritaire, chez nous et dans les pays directement concernés par cette forme de terrorisme extrême. Nous pourrions également nous contenter de dire: "ce sont des fanatiques", sans chercher à comprendre ce qui peut amener des personnes, en particulier des jeunes, à sombrer dans la spirale du jihadisme.

D'après un rapport émis par le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), les candidats français au jihad ne se recrutent pas principalement parmi des jeunes socialement fragilisés, ou issus de l'immigration, ni même dans des milieux musulmans, contrairement à ce que l'on pourrait penser.

A partir d'un travail effectué sur des données concernant 160 familles, le CPDSI indique que le discours de l'islam radical parvient "à faire autorité sur des jeunes de familles très diverses". Sur les familles ayant appelé pour faire échec à l'endoctrinement d'un enfant, 80% se déclarent athées et seules 10% comportent un grand-parent immigré. Les classes moyennes sont majoritaires (67%), et les milieux populaires (16%) ne sont pas plus représentés que les catégories socioprofessionnelles supérieures (17%).

La tranche d'âge la plus touchée est celle des 15-21 ans (63%), et seules 5% des personnes ont commis des actes de petite délinquance. En revanche, 40% d'entre elles ont connu des épisodes de dépression, ce qui amène les auteurs à "faire l'hypothèse que l'endoctrinement fonctionne plus facilement sur des jeunes 'hyper sensibles', qui se posent des questions sur le sens de leur vie". Dans cette configuration, le passage par la mosquée ne serait "pas systématique".

Pour le psychiatre belge Samuel Leistedt, le phénomène de radicalisation de nombreux jeunes s'apparente au processus d'embrigadement mis en oeuvre par les sectes. Les "recruteurs" s'attachent à modifier la façon dont la personne perçoit le monde qui l'entoure, sans qu'il se rende compte de ce qui se passe, et de façon à ne laisser aucune place pour une remise en question. Il s'agit de convaincre le jeune que l'idéologie proposée est la meilleure qui soit, et de le pousser ensuite à commettre certains actes pour démontrer son allégeance à cette idéologie.

Une quête de sens et d'identité

Ces quelques éléments d'analyse sociologique et psychologies relatifs au processus de radicalisation sont éclairants. Ils tendent à montrer qu'une réflexion doit être menée au-delà de la répression, mais également d'une prévention qui se contenterait d'apporter des solutions immédiates à un problème de fond. Ce problème est celui de l'identité et du sens qu'un adolescent ou un jeune adulte veut donner à son existence. Au cours du 20ème siècle, notre société, notre civilisation occidentale a développé des valeurs qui constituent autant de réels progrès pour l'humanité: liberté de conscience, démocratie et neutralité philosophique de l'Etat, dialogue interculturel et interreligieux, etc.

Ces différentes avancées ont eu pour effet, positif, qu'aucune philosophie ou religion ne peut plus s'imposer à l'ensemble de la société. Mais elles ont également eu pour conséquence de laisser un vide en terme de sens et d'identité. En d'autres termes, si notre société a créé les conditions pour que chacun puisse adhérer librement à l'une ou l'autre conviction philosophique, elle n'est plus elle-même pourvoyeuse de sens, de "contenu" philosophique ou religieux, permettant à l'individu de se réaliser humainement.

S'il ne s'agit certainement pas de revenir à une situation "pré-démocratique", et si chaque groupe philosophique ou religieux devra répondre à cette question à sa façon, cette situation interpelle les chrétiens d'une façon particulière. Du point de vue des règles démocratiques, les chrétiens, pas plus que les autres, ne peuvent imposer leur convictions aux autres. Par contre, en vertu de ce même jeu démocratique, ils ont la pleine liberté de proposer leur vision du sens à l'ensemble de la société. Ce compris leur compréhension spirituelle de l'homme, impliquant que celui-ci ne peut se réaliser pleinement qu’en se référant à une Réalité ultime qui le dépasse : Dieu.

Par n’importe quel Dieu, mais un Dieu qui est en lui-même Amour, et qui invite le chrétien à aimer chacun de ses concitoyens, quelles que soient ses origines, sa situation, son appartenance philosophique ou religieuse.

Christophe Herinckx (Fondation Saint-Paul) (avec AFP et RTL-TVI)

Catégorie : L'actu

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