Lourdes : Succès pour le pèlerinage des Equipes St-Michel


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Lourdes : Succès pour le pèlerinage des Equipes St-Michel
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
6 min

DSC_0197S’il est de coutume, depuis le P. André Roberti, fondateur des Equipes St-Michel d’affirmer que « cette année, c’était le meilleur », l’édition 2014 confirme largement cette affirmation. En effet, 428 personnes ont participé au 50e pèlerinage des Equipes St-Michel dans la cité mariale.

« La tentation est forte de répéter la formule une fois encore. A croire que l’on ne cesse de progresser. En nombre en tous les cas. Moins de 250 l’année passée, plus de 400 cette année. Cette augmentation est notamment due à de nombreux « anciens », dont deux de 1967, à être revenus », souligne le père Charles Delhez, s.j. Le P. Général des jésuites Adolfo Nicolás, qui était à Bruxelles pour le rassemblement franco-belge « Quid agendum? », a pu saluer les pèlerins lors de leur départ au collège St-Michel. Un pèlerinage dont la coordination a été assurée par trois jeunes de 20 ans, Marie, Géraldine et Matthias et l’animation des moments festifs et des temps spirituels, confiée à une équipe de jeunes de 18-20 ans. Six pères jésuites accompagnaient les pèlerins.

Nées d’un groupe de quelques scouts partant en pèlerinage à Lourdes avec leur aumônier, le P. André Roberti, pour se mettre au service des personnes malades, les Equipes Saint-Michel proposent aux jeunes un pèlerinage annuel, activité à la fois humaine et spirituelle, en solidarité avec des personnes ayant un handicap et d’autres adultes. Au cours de leur histoire, les ESM ont aussi croisé le mouvement Foi et Lumière et hérité de son esprit de partage intense et joyeux entre des personnes ayant un handicap mental et leurs amis. Il s’agit en effet de se laisser interpeller par les personnes en fragilité, de découvrir leurs dons et leur richesse intérieure.

Depuis 1965, des jeunes en solidarité avec des personnes ayant un handicap et des adultes, vont donc à Lourdes, cette ville « magique ». Une expérience hors du commun, organisée par des jeunes pour des jeunes (à partir de 17 ans). Marche de nuit, veillées, ateliers de créativité, démarches de pèlerins, vie en équipe-hôtel, conférences, célébrations, prière… sont au programme. Se laisser interpeller les uns par les autres, valides et moins valides, découvrir les dons et les richesses intérieures de chacun, telle est la philosophie de cette aventure humaine et de foi.

Le moins valide n’est pas celui qu’on croit

Cette année encore, plusieurs familles, avec parfois des enfants en bas âge, étaient de la partie, et parmi celles-ci, certaines tentaient l’expérience pour la première fois. Un jeune papa, témoigne au retour de son premier pèlerinage : « C'est en voyant tout le monde réuni tous ensemble le samedi matin (ndlr : dernier jour du pèlerinage), en sentant cette énergie positive qui débordait du groupe, et en voyant la richesse de ce beau mélange, que je me suis rendu compte que ce n'étaient pas les malades les moins-valides. J'ai été frappé de me rendre compte que c'était moi qui était moins valide de cœur et de foi. Et là, j'ai compris. » Et d’ajouter: « Sainte Vierge Marie, c'est beau que Tu existes! Pèlerinage des équipes Saint-Michel, c'est beau que tu existes. Et chers amis "autrement" valides, que c'est beau que vous existiez! »

Les jeunes étaient aussi plus nombreux cette année à venir pour la première fois ou à revenir. De leur avis, tout en étant très festif, ce pèlerinage a été plus intérieur que d’habitude. Certains n’ont pas hésité à dire qu’ils avaient retrouvé la foi. Même les longues messes leur semblaient courtes! Des moments de silence intense, notamment à l’approche de minuit, sur les hauteurs de Bartrès – la bergerie de Bernadette – après une marche silencieuse de 4 kilomètres, en poussant les voiturettes par des chemins de racines et de roches. « C’est alors que j’ai retrouvé la prière », confie un jeune. Beaucoup retiendront aussi ces longs temps de silence et de prière devant la Grotte, lors de la matinée désert, ou encore en équipe-hôtel, lors du dernier soir.

IMG_8785Mais ce qui apparaît d’abord aux yeux des gens qui ont pu nous croiser, c’est la tendresse entre tous les participants, et particulièrement celle des jeunes à l’égard des personnes moins valides qu’ils accompagnaient et dont ils partageaient la chambre. Même pour les enfants, ce fut une expérience enrichissante. Ainsi Emilie, 4 ans, s’est liée d’amitié avec Benjamin, jeune trisomique qui a fêté ses 27 ans au pèlerinage. Lors de la célébration du Jubilé, dans la cathédrale de verdure de la Cité St-Pierre, « elle a réussi à apprivoiser le différence », explique son papa.

Quelques moments forts

La célébration du 50e pèlerinage à la cathédrale de verdure de la Cité St-Pierre, sur les hauteurs de Lourdes, fut un moment fort, en présence de l’évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Nicolas Brouwet. La pyramide humaine de 50 personnes valides et moins valides fut le sommet de cette célébration de deux heures, véritable bouquet de témoignages des jeunes et moins jeunes anciens. « Lourdes a totalement changé ma vie », a pu clamer Hortense, 23 ans, une ancienne qui revenait… La célébration s’est terminée par un échange de fleurs où chacun pouvait offrir la sienne à quelqu’un d’autre pour lui dire merci. Les fleurs ont été échangées de multiples fois et ont terminé leur ronde au pied de la statue de la Vierge Marie.

Lors du chemin de croix, Bassel, un jeune infirme moteur-cérébral, a pu offrir son témoignage et faire confidence du chemin douloureux qu’il a parcouru, des colères intérieures qu’il a vécues. Il ne contrôle que ses yeux, ses pieds (avec lesquels il a écrit son témoignage lu par un autre jeune), et son sourire.

Etonnant aussi que cette matinée de réconciliation où chacun fait le point sur sa vie: après une introduction par l’Anim (le groupe de jeunes chargé de l’animation), chacun se retire en silence, seul, ou avec une ou deux personnes, ou en rencontrant des « écoutants » ou encore en vivant le sacrement de Réconciliation (confession) avec un prêtre. C’est à des moments comme celui-là que se vérifie de thème d’année donné par Lourdes aux 6 millions de pèlerins annuels: « La joie de la conversion ». Tous ont bien compris que la conversion n’était pas un changement de religion, mais un retour vers le « meilleur de soi-même », une « reprise en main de sa liberté ».

On pourrait croire que c’est un autre monde à Lourdes. En fait, ce sont les pèlerins qui deviennent autres, qui changent leur regard sur le monde. C’est le plus faible qu’ils apprennent à voir en premier lieu et c’est lui qu’ils privilégient. Chacun est bien conscient que c’est ce qu’il leur reste à vivre lors du retour au quotidien. Tel est le défi.

Une adaptation réussie

Les anciens ont pu constater que le pèlerinage 2014 se situait dans la parfaite continuité avec les 49 précédentes éditions « Le pélé n’a pas changé, mais il a évolué », a dit l’un d’eux. « Le trésor est intact, nous pouvons regarder le P. Roberti, notre fondateur, droit dans les yeux », a commenté le père Delhez. En 50 ans, en effet, le monde et, particulièrement, la jeunesse ont bien changé. Le pèlerinage a su s’adapter.

L’ « adieu à la grotte » – premier jour de soleil et dernier jour à Lourdes – fut un feu d’artifice de remerciements. Les personnes handicapées ont fait entendre leur voix (qui n'est parfois compréhensible que par les personnes qui les côtoient avec amour). Désormais, pour ces participants; « formidable » ne fera plus penser d’abord à Stromae, mais à Lourdes 2014.

CD/JJD

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