Ebola : a-t-on le choix d’attendre un vaccin ?


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Ebola : a-t-on le choix d’attendre un vaccin ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

EbolaAlors que le monde a les yeux tournés vers la Terre sainte et l’Irak, il est une autre "guerre" qui fait des victimes: l’épidémie de la maladie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Plus de 1.000 personnes en sont déjà décédées. En filigrane de ce drame, se profile un débat éthique autour d’un traitement expérimental.

Enrayer le virus Ebola est la première des priorités sanitaires, à défaut de pouvoir guérir la maladie. Actuellement, 60% des personnes infectées décèdent. Aux côtés des populations, les médecins, les soignants et les missionnaires et les religieux sont en première ligne. Au risque de leur vie, ils s’activent pour soigner, parfois dans des hôpitaux de fortune, les personnes atteintes de cette fièvre hémorragique. Un courage qui mérite d’être souligné. Ainsi, l’Ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Dieu continue d’assister les patients infectés par le virus. Sur les trois membres de la congrégation présents au Liberia, le frère Patrick Nshamdze est décédé. de son côté, le père Miguel Pajares, d'origine espagnole, a contracté le virus; il vient d’être rapatrié en Espagne. Enfin, le troisième frère présente des symptômes de la maladie.

Avec les religieux, les aides-soignants sont aussi plus exposés qu’aucune autre personne et le risque qu’ils contractent la maladie est grand. Un premier soignant malade, de nationalité américaine, a été rapatrié aux Etats-Unis. Il travaillait pour une organisation protestante.

Etre aux côtés des populations

Un peu partout en Afrique de l’Ouest, dans les pays touchés par l’épidémie, on s’organise pour éviter que l’épidémie se propage davantage. Parfois avec de faibles moyens, mais avec une volonté et un dévouement qui doivent être mis en exergue. Le mot d’ordre est de redonner courage aux populations et d’être à leurs côtés. Ainsi, Caritas a assisté plus de 160.000 personnes en Guinée et en Sierra Léone. La course contre la montre est engagée d’abord sur le plan des mesures d’hygiène à prendre pour éviter une propagation du virus. Caritas a donc distribué du savon, du chlore, des seaux en plastique, aux ménages qui se trouvent près des centres de contagion recensés.

Sur le terrain, une centaine de jeunes Guinéens s’activent pour faire de la prévention au porte-à-porte. Formés sur le tard, ils ont abandonné leur travail et leur famille le temps de ce combat. Ils informent sur la nature du virus, les mesures d’hygiène à observer ou sur l’urgence de réagir dès les premiers symptômes suspects.

Débat éthique?

La fiève hémorragique pouvant se transmettre par simple contact de la peau, via la transpiration, des mesures ont été prises jusque dans les églises, lors des messes. Ainsi, en Sierra Léone, les fidèles doivent se laver les mains avec de l’eau et de la javel avant d’entrer dans l’église et à leur sortie. De même, le rite de la paix, pendant la messe, a été supprimé, afin de réduire les occasions de contact direct et donc les possibles contagions.

Le P. Matthieu Loua, secrétaire général de Caritas Guinée, abonde en son sens: "Certains villages et communautés restent encore réticents face aux agents de sensibilisation. Nous mettons à profit les religieux – imams, pasteurs et prêtres – qui sont considérés comme de véritables leaders d’opinions. Les gens leur font confiance".

Mais, en filigrane de cette bataille, se profile un débat éthique autour d’un traitement expérimental. Actuellement, ce traitement expérimental américain, jamais testé chez l’homme, a été délivré au prêtre espagnol, infecté au Liberia et rapatrié à Madrid, et à deux humanitaires américains, contaminés aussi dans ce pays. Apparemment, le médicament expérimental a permis une amélioration de l’état des patients américains, selon l’hôpital d’Atlanta où ils sont soignés. Malheureusement, le prêtre espagnol est décédé ce mardi.

Dès lors, la question qui se pose est de savoir si, seuls les pays riches pourront avoir accès à ce produit, alors qu’un millier d’Africains ont perdu la vie à la suite de la maladie. Un débat qui, pour certains, a vu le jour lorsque les pays occidentaux ont commencé à avoir peur du virus Ebola. C’est-à-dire, il y a peu. Or l’épidémie sévit depuis plus de six mois en Afrique de l’Ouest.

Bien sûr, il reste à savoir si le produit est efficace. Raison pour laquelle, ce mardi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), après avis de son comité d'éthique, a approuvé l'emploi de traitements non homologués. "Devant les circonstances de l'épidémie et sous réserve que certaines conditions soient remplies, le comité a abouti au consensus estimant qu'il est éthique d'offrir des traitements non homologués dont l'efficacité n'est pas encore connue ainsi que les effets secondaires, comme traitement potentiel ou à titre préventif", a expliqué l'OMS. L'agence va recevoir 5 millions de dollars d'aide du Koweït pour faire face à la propagation de l'épidémie.

Jusqu’ici, aucun patient africain n’a pu en bénéficier. Mais, pour éviter sans doute ce débat éthique entre riches et pauvres, les Etats-Unis ont donné leur accord pour l’envoi de doses de ce sérum expérimental au Liberia. Cette décision fait suite à une demande de la présidente de ce pays auprès de Barack Obama. Normalement un médicament expérimental ne peut être exporté ou mis sur le marché avant d’avoir reçu le feu vert de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine de sécurité alimentaire et sanitaire. Mais, devant les ravages de l’épidémie, cette dernière a donné son accord.

Si le virus Ebola a été découvert en 1976, il n’existe aujourd’hui aucun médicament, ni vaccin homologué sur le marché. La recherche continue et l’espoir d’avoir un vaccin contre la fièvre hémorragique dès 2015, même s’il est faible, est réel.

Concernant le traitement expérimental et les tests faits sur trois personnes à ce jour, les spécialistes estiment que les tests ayant été faits sur trois personnes à ce jour, il est trop tôt pour savoir s’il est efficace. Et, dans un climat de peur, donner de faux espoirs serait catastrophiques. Toutefois, comme le soulignent des spécialistes, lorsqu’on est face à une maladie qui engendre un taux de 60% de mortalité, a-t-on réellement le choix d’attendre ?

J.J.D.


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