Les rois d’Espagne au Vatican


Partager
Les rois d’Espagne au Vatican
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Pour la première fois, le pape François a reçu les nouveaux rois d’Espagne hier au Vatican. Don Felipe VI et doña Letizia effectuaient leur tout premier voyage officiel à l’étranger depuis leur intronisation, le 19 juin. Le Vatican a décrit l’entretien comme "très cordial" et a précisé qu’il s’était déroulé en castillan, langue commune au pape argentin et au coupe royal.

Felipe Letizia pape François

Mais cet entretien de quarante minutes a très probablement abordé la difficile question de la place de l’Eglise en Espagne. Les souverains étaient d'ailleurs accompagnés du ministre espagnol des Affaires étrangères.

Les liens Eglise-Etat: délicats

Au pays des Rois catholiques, l’Eglise n’est plus en odeur de sainteté. Quitte à parfois friser le ridicule. Les acteurs de la laïcité s’en prennent souvent au roi, notamment lorsque celui-ci respecte le protocole en embrassant l’anneau d’un évêque ou, pire, quand il fait un signe de croix en entrant dans une église.

Il faut dire que laïcité et républicanisme sont très liés en Espagne. La raison est historique: les deux régimes républicains qu’a connu l’Espagne (en 1873-1874 et de 1931 à 1936) ont tenté de jouer sur l’anticléricalisme pour asseoir leur pouvoir. La fin de la Seconde République fut d’ailleurs marquée par de nombreux actes dirigés contre le clergé. Ceux-ci augmentèrent en nombre et en violence durant la Guerre civile (1936-1939): assassinats de prêtres et de religieuses, incendie d’églises, destruction de monuments chrétiens, etc.

L’Espagne paraît être une société paisible, mais les rancœurs datant de la période franquiste ne sont pas éteintes. Durant l’après-guerre, la société espagnole a continué à connaître une forte imprégnation du catholicisme… comme dans d’autres pays européens. Mais les liens étroits entre le pouvoir franquiste et l’Eglise ont coûté à cette dernière la confiance de toute une partie de la population. L’omerta des gouvernements successifs sur cette période (avec parfois même, des volontés de réécrire l’Histoire) ne résout pas vraiment le problème.

Ces dernières années, l’Eglise espagnole s’est aussi heurtée plusieurs fois aux projets de lois idéologiques des gouvernements. Et l’opposition catholique au mariage entre personnes homosexuelles ou à la suppression des cours de religion n’a pas été appréciée par tout le monde. Il faut dire que l’archevêque de Madrid, le cardinal Rouco Varela, n’a pas sa langue en poche.

Héritage douloureux de ces crispations historiques: le nouveau roi voit ses droits rabotés. Il n’a pas pu avoir une messe du St-Esprit le jour de son intronisation, ni prêter serment devant un crucifix comme son père en 1975. Cette interdiction avait été imposée par les milieux laïcs, au grand dam des citoyens chrétiens, qui constituent plus de 80% de la population. La visite des rois d’Espagne au Saint Père est peut-être une manière de rassurer la population choquée par cette entrave aux traditions du pays.

Le privilège du blanc: une tradition qui évolue

Les observateurs auront noté que, pour la première fois, la reine Letizia portait une robe-tailleur d’un blanc immaculé. Lors de ses précédentes visites au Vatican, celle qui n’était encore que princesse des Asturies portait toujours une robe sombre. Explication: les reines catholiques ont "le privilège du blanc" tandis que toute autre femme se doit d’être vêtue de sombre (et la tête couverte) en présence du pape. Ainsi, Michelle Obama (épouse du président américain) ou la reine Elisabeth II (de confession anglicane) sont soumises au même dress code.

Mais ce privilège n’était pas donné à tout le monde. Jusqu’il y a peu, les princesses de Monaco n’avaient pas droit de porter la tenue blanche lors de leurs visites au pape. Mais en 2013, le pape Benoît XVI a étendu ce droit à la princesse Charlène… Cependant, Charlène a réservé sa robe blanche pour sa "première" au Vatican, puisqu’elle s’est présentée vêtue de sombre les fois suivantes. Pourtant, les reines catholiques choisissent généralement la couleur blanche, tant pour la tradition que pour s’accorder avec la blancheur éclatante de la soutane du souverain pontife.

Cependant, la reine Letizia ne pourra pas porter sa tenue blanche partout. En Espagne, les cérémonies militaires (auxquelles aucune reine ne peut échapper) sont soumises à un protocole encore plus austère qu’au Vatican. L’épouse du roi devra donc revêtir une longue robe et une mantille noire lors de tout défilé militaire.

M.B.

Crédit photo: www.vanitatis.elconfidencial.com

Catégorie : International

Dans la même catégorie