Israël: le pape François demande de continuer à prier “avec insistance”


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Israël: le pape François demande de continuer à prier “avec insistance”
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

armee israelLe bras de fer entre le Hamas et Israël s’intensifie. Ce week-end, 52 Palestiniens ont perdu la vie dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Des milliers de civils fuient, craignant une entrée en guerre des troupes au sol. Et les appels au cessez-le feu restent vains. Après la prière de l'Angélus, dimanche midi place Saint-Pierre, le pape François a lancé un appel pour continuer à prier « avec insistance » pour la paix en Terre Sainte.

Entré dans son septième jour, le conflit entre Israël et le Hamas s’intensifie. Ce week-end, des dizaines de Palestiniens ont péri dans les frappes aériennes de Tsahal, mais les troupes au sol, massées à la frontière, ne sont pas entrées en action alors que l’on s’y attendait car annoncé par le gouvernement de Tel-Aviv. Au-delà des affrontements militaires, ce sont les civils qui font les frais de cette guerre, principalement des femmes et de enfants. Du côté des belligérants, chacun accuse l’autre de prendre les civils, soit pour cible, soit en orage.

On voit mal comment le conflit pourra déboucher sur un cessez-le feu d’abord et un dialogue ensuite. Pourtant, les appels se multiplient tant du côté occidental qu’au Moyen-Orient. L’ancien Premier ministre britannique a rencontré le président égyptien al-Sissi et le ministre allemand des Affaires étrangères est dans la région ce lundi pour tenter une médiation voulue par l’Union européenne, tel que décidé ce week-end à Vienne, en marge des discussions sur le nucléaire iranien. De son côté, la Ligue arabe se réunit ce lundi soir.

"Continuer à prier avec insistance"

Face à l’ampleur du conflit, la pape François a lancé un nouvel appel au cessez-le-feu, dimanche après l’Angélus. Il a tenu à rappeler la rencontre de prière qui avait eu lieu au Vatican le 8 juin avec les présidents israélien et palestinien, et le Patriarche Bartholomée. « On peut penser qu'une telle rencontre ait eu lieu en vain. Alors que non, car la prière nous aide à ne pas laisser vaincre le mal, ni à nous résigner sur le fait que la violence et la haine prennent le dessus sur le dialogue et la réconciliation », a déclaré le souverain pontife. Le Pape a exhorté tous les acteurs, notamment les responsables politiques, à ne pas « économiser leurs prières et les efforts pour faire cesser les hostilités et arriver à la paix désirée pour le bien de tous ».

Après un moment de silence, François a ensuite demandé à chacun de s'unir dans la prière et s'est adressé directement à Dieu: « Maintenant, Seigneur, aide-nous ! Donne-nous la paix, montre-nous la paix, guide-nous vers la paix. Ouvre nos yeux et nos cœurs et donne-nous le courage de dire "Jamais plus la guerre !", "Tout est détruit avec la guerre !". Donne-nous le courage de faire des gestes concrets pour construire la paix... Rends-nous disponibles à écouter le cri de nos habitants qui nous demandent de transformer nos armes en instruments de paix, nos peurs en confiance et nos tensions en pardon ».

De son côté, Mgr Giuseppe Lazzarotto, nonce apostolique en Israël et délégué apostolique pour Jérusalem et la Palestine, a confié son inquiétude au micro de Radio Vatican. A la suite du pape François, il a redit que la paix a besoin de « gestes courageux ».

« Il est indéniable que nous vivons un moment de grande préoccupation, car ce qui s’est passé ces derniers jours et depuis un petit moment déjà, ne fait qu’aggraver une situation qui était déjà assez complexe comme ça. On est inquiet. Il faudrait d’un côté, un peu de bon sens et le sens des limites, je fais allusion surtout aux politiques naturellement, à ceux qui doivent prendre les décisions. D’un autre côté du courage, comme a dit le Saint-Père tant de fois et comme il ne cesse de le répéter : la paix a besoin de gestes courageux, autrement il est difficile de débloquer une situation de conflit qui risque vraiment de dégénérer. », a déclaré le prélat qui estime qu’une « limite » est atteinte ! « Nous devons tous faire des efforts. Je le répète souvent : ici il y a tant de personnes de bonne volonté qui veulent la paix, qui la veulent et s’engagent aussi par des gestes concrets comme le pape François nous a enseigné et continue de nous enseigner. Comme ce grand geste qu’il a eu d’inviter les deux présidents pour prier ensemble, pour réfléchir ensemble, pour donner un message fort. On ne saurait penser que cet événement si récent ait été oublié, ou n’ait servi à rien. Non, ça n’est pas vrai! Ce sont des gestes forts, des messages forts qui ont été lancés et que l’on doit garder à l’esprit et considérer comme des points de référence, car c’est le chemin que nous devons suivre. »

Des appels et des prières que l’on espère être entendus. Depuis le début du conflit, plus de 172 personnes sont décédées et plus mille ont été blessées du côté palestinien. Et selon des chiffres de l'ONU, quelque 120 victimes au moins sont des victimes civiles, dont un sont des femmes et des enfants. Les attaques ont également fait 1.130 blessés, là aussi, en grande majorité des civils.

Le président de l'Autorité palestinienne a, quant à lui, demandé à l'ONU de placer l'Etat de Palestine sous protection internationale. Car, dans ce nouveau conflit, on ne voit pas qui pourrait jouer le rôle de médiateur, comme le faisait auparavant l’Egypte. Celle-ci est en retrait dans la mesure où ses relations avec le Hamas sont tendues, à la suite du renversement par l’armée du président élu Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans (proche du Hamas), par ailleurs poursuivis en justice.

Ce qui complique la mission d’un éventuel médiateur, c’est l’entêtement des parties. Israël et le Hamas se sont mis dos au mur et on peut craindre que les deux protagonistes ne feront pas un geste d’apaisement afin de ne pas perdre la face. Pour en sortir, il faudrait un cessez-le-feu décidé de commun accord, mais on voit mal comment y arriver. La communauté internationale semble bien démunie et même Moscou reste prudente, dans une région déjà déstabilisée par le conflit syrien. En attendant, il y a urgence car chaque jour des civils innocents perdent la vie, des familles sont brisées et des enfants voient leur avenir s’écrouler.

J.J.D.


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